Le paradoxe entre être visible et être caché ou le secret qu’on se fait à soi-même

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Le paradoxe entre être visible et être caché ou le secret qu’on se fait à soi-même.

Un plaisir ou un défi? Quand on est petit, on adore jouer à disparaître et à réapparaître, le temps d’un éclair.  Cela peut être un plaisir – tel qu’en témoigne la photo ci-haut –  lorsqu’on s’y adonne en compagnie d’enfants.  Une table de cuisine devient une forteresse aux coins et recoins imaginaires et l’on trouve des espaces-cachettes spontanés, peu convaincants et qui pourtant, nous font sourire.

Cela peut encore revêtir l’aspect d’un défi dans l’éventualité où l’on n’arrive pas à envisager la perspective d’être vu et de faire comme si ça n’était pas le cas.  Ou encore, si l’on transpose ceci à une situation courante de la vie adulte, le défi de s’afficher tel que l’on est, intègre et transparent, dans les sentiers de notre quotidien.  Qu’il s’agisse de la ruelle en bordure notre habitation, des passages piétons, des aires publiques, du lieu de travail ou de l’école, il demeure que de se présenter ainsi, faisant fi des cachettes et des secrets (autant que possible), représente beaucoup.

Qu’entend-on par là? Il appert que d’être soi-même, d’accepter que les autres nous regardent, qu’il nous jugent peut-être, qu’ils nous dénigrent ou qu’ils s’inspirent de ce que nous présentons constitue une charge avec ses conséquences.  On peut en retirer le plaisir de s’être permis d’être vrai.  La joie d’éviter de chercher à cacher le lot de nos réalités.  La tristesse de ne pouvoir offrir davantage aux yeux des autres. Le désarroi de ne pas leur convenir.  La colère de faire face, de temps à autres, aux atours de l’artifice, ce qui peut paraître ridicule et aberrant.  On s’y ajuste en fonction de nos valeurs, de nos choix de vie, de notre culture.

Quoi qu’il en soit, se cacher et maintenir les choses (les faits, les situations) en vase clos ne semble pas apporter de satisfaction et de solidité à long terme.   Il est fort probable qu’un jour ou l’autre, les secrets s’effondrent avec l’illusion de bien paraître, faisant ressortir les blessures qu’il n’a pas été possible d’exprimer. Et, inévitablement, ce que l’on croyait invisible devient visible.  Le miroir de nos fuites, des espaces cachés, des secrets de famille et des cachoteries qu’on se faisait à soi-même occupent désormais une place proéminente.  Ces moments où l’on a tenté de se convaincre qu’il n’était pas possible ou pertinent de s’observer véritablement, tout cru, de même que ceux où il nous répugnait que les autres nous voient vraiment nous rattrapent.

Aussi, les questions suivantes se posent: est-il nécessaire de jouer le jeu du paraître ou de l’invisibilité en sachant que chacun porte en soi – et dans la vie – un rôle et que sa tâche, bien que parfois ambiguë, relève notamment d’accomplir son propre plan de match en tant qu’individu? Et, plus que tout, est-il pertinent de passer la majeure partie de son existence à se cacher derrière soi-même? Derrière sa famille? Derrière des valeurs que l’on a adoptées, sans y poser regard, parce que d’autres, autour de nous, ont choisi de les véhiculer?

Finalement, serait-il vraiment embarrassant d’incarner ce que nous sommes le jour, la nuit et dans l’entre-deux?  Il y a là matière à réflexion.  Dans l’éventualité où l’on oserait se pencher davantage sur le sujet, on pourrait peut-être conclure qu’il vaut la peine de s’habiter, de se matérialiser et de rayonner de sa personne.  Et peut-être encore pourrait-on prétendre communiquer simplement,  en aspirant à être complet, plein et vide à la fois, en chemin vers une vie à soi. Une vie heureuse.

Note: Quant à l’image ci-haut, lorsque l’adulte se décida à sortir d’en dessous de la table, elle se maria et réalisa beaucoup, beaucoup de projets.  Comme quoi les contes de fées continuent d’être utiles, surtout quand on grandit!

3 réflexions sur « Le paradoxe entre être visible et être caché ou le secret qu’on se fait à soi-même »

  1. Votre texte me touche énormément. On peut passer des années à cacher ce que l’on est vraiment, à être victime, par choix, de ce que les autres pensent de nous. Tout cela, nous mène nulle part. Pour se réaliser, nous devons agir selon nos convictions profondes et avoir la force d’assumer ce que nous sommes vraiment et ce, au delà de tout jugement d’autrui. Pas facile, mais essentiel pour arriver à aspirer à une vie harmonieuse. Excellent texte!

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