Quand on parle du Diable

by isabellebernierconnexion

Je suis arrivée sur le site, en vue de participer à l’une des courses endiablées du weekend, juste à temps pour entendre l’ondée d’applaudissements et les voix qui célébraient le départ du 80km.  Il était cinq heures am.  L’un des passagers de la navette que j’avais empruntée en était sorti en trombe, se précipitant dans le sentier pour rejoindre le groupe, car il s’agissait de son départ.  Pas de doute : il avait le diable au corps!

Faire une expédition en Mauricie, à St-Mathieu-du-Parc tout particulièrement, avait une connotation bien spéciale pour moi.  J’y ai partiellement grandi et mes premiers souvenirs de nature sauvage s’y trouvent.  Ça me fait l’effet d’un pèlerinage (ou enfin, de l’idée que j’en ai).  Quand on m’avait demandé, dans l’autobus qui nous conduisait au départ du parcours de 50km, ce que j’en pensais, j’avais répondu que c’était superbe et qu’on sentait à peine le dénivelé positif.  Je crois bien avoir parlé des stations de ravitaillement ainsi que de l’accueil coloré et vraiment agréable des bénévoles.  J’avais été marquée, l’an dernier, par la générosité de tous, par la magie des lieux, et par l’aspect particulier du sentier.  J’ai encore vu juste  sur ce dernier point, par contre, concernant le dénivelé positif, j’ai eu l’impression d’y avoir été un peu légèrement.  Je m’excuse d’ailleurs auprès de mon collègue d’autobus, devant lequel j’ai tenu un discours minimisant l’aspect côteux (escarpé)!

Au moment de m’inscrire pour la course, j’avais hésité entre le 50 et le 80km.  Au terme du trajet, en voyant apparaître, un à un, les gens de chez nous enregistrés à ce deuxième tracé – le plus long, je me suis dit que j’avais fait un choix sage…pour cette année.  On en retient de belles sections linéaires, entrecoupées de roches allant de haut en bas, d’arbres tombés et de bifurcations où il était important de bien regarder.  Flèches, ‘’X’’ et bandes de ruban au sol m’ont évité de nombreux détours.  J’ai pu voir passer les long runners en cours de route (nous croisions les participants du 80km) et partager, momentanément, des encouragements en écho.  Aussi, sur le parcours, je crois que nous avons été plusieurs à courir en solo et ce, pendant de nombreuses heures.  J’en ai fait une expérience méditative.  Et j’en ai aussi été bouleversée.

Au milieu de la forêt, là où l’on ne s’attend généralement pas à voir des gens, se trouvait l’un des ravitaillements qui redonnait du pep.  Quelques ‘’bonjour’’ m’étaient venus à l’oreille et j’avais levé les yeux, identifiant ce que j’allais saisir au passage, saluant en même temps les bénévoles en place.  Puis, j’avais entendu mon nom.  Une connaissance de longue date était sur place, Pierre-Luc, me rappelant à mes souvenirs.  J’étais repartie, Coca Cola en bouche – l’une de mes découvertes inusitées de l’été – ragaillardie.

Plus la distance parcourue augmentait, parsemée de coureurs croisés, plus l’émotion prenait sa place.  J’avais entrepris la course avec l’intention de la terminer en respectant la fatigue et les blessures qui subsistaient (depuis la dernière aventure, deux semaines auparavant).  J’éprouvais de la gratitude pour tous ceux et celles qui m’avaient encouragée à y être, de la gratitude de pouvoir courir sur mes deux pieds et de regarder en avant.  Je remerciais tout ce que je voyais et qui pouvait exister.  Comme on nous l’avait décrit, après la descente en enfer et le purgatoire, on remontait au Paradis.  Il s’agissait d’une section abrupte et rocheuse, au terme de laquelle de nombreux anges, portant des pichets de limonade, nous attendaient – p.s. : je ne délire pas; c’était littéralement le cas!  Je ne vendrai pas tous les punchs, pour vous encourager à vous y rendre, cependant, je peux vous dire que c’était un arrêt fort apprécié de tous et de toutes.  Ici encore, j’ai croisé Geneviève, avec qui j’ai partagé cinq années d’école secondaire, laquelle avait un sourire éclatant et, ma foi, fort réconfortant.

Quelque chose me paraissait alors curieux:  l’un de mes plaisirs lorsque je cours en forêt, est de me laisser aller complètement au moment.  Être là, dans les pas.  Lire le sentier en mode instantané.  Pourtant, cette fois, il me semblait que les impressions du passé allaient et venaient : les fins de semaine avec les cadets de l’armée (lac en Croix), mon frère et ma sœur (jeunes et maintenant décédés), Pierre-Luc (leur ami) et Geneviève (impliquée dans l’organisation).  À près de deux kilomètres de la fin du parcours, dans une belle descente peuplée de cailloux, les larmes avaient fait leur chemin.  J’ai atteint le fil d’arrivée avec la voix résonnante de l’annonceur, les sourires de mon père et de sa conjointe, exceptionnellement présents.  Les heures passant, j’ai vu les coureurs de mon actuel coin de pays – l’Estrie – arriver, épuisés d’un 80km bien relevé, mais heureux d’y être enfin.   Les coureurs du 35, du 50 et du 80km se succédaient sous l’arche.  C’était beau.  J’ai enfin été touchée et fort remuée par l’arrivée d’une participante du 35km.  Elle avait entrepris sa course au nom du Centre de prévention suicide local, amassant près de 4000$ pour la cause.

Je me souviendrai de cette journée du 2 septembre comme de celle où les synchronicités se multiplient pour faire la paix avec le passé…en faisant ce que j’aime tout particulièrement : courir.  C’était un 50km aux paysages uniques, bordé de rochers et d’incroyables bénévoles. Tout compte fait, je l’ai bien vécu comme un pèlerinage.  D’autres diront que c’est une belle ‘’ride’’ entre l’Enfer et le Paradis…en passant par la Chute du Diable😉!

 

Merci à tous ceux qui ont contribué à organiser cet événement, aux restaurateurs, aux bénévoles, aux amis, à Jean-Paul, Josée, Izna et Arielle, ainsi qu’à tous ceux et celles qui m’ont soutenue par le biais de la campagne Makeachamp!  Vous m’avez touchée.

Quelques collègues du 80km (Anne et Geneviève au podium, Luc à la photo)!