Petit novembre

by isabellebernierconnexion

Crédit photo: Anne Le Mat

Entre deux saisons, il existe une adaptation.  D’un instant à l’autre, on se laisse surprendre parce qu’on ne se souvient pas toujours de ce qui se produit, ici, intérieurement et extérieurement. L’approche de l’hiver, c’est comme choisir de faire le pas avant le grand saut.

Novembre

Novembre et l’entraînement s’entremêlent.  Novembre, c’est explorer le territoire d’un autre oeil, prendre le temps de s’adapter au changement de température.  Sortir et être bercé par une lumière bleutée.  Se dire qu’il est bon, parfois, de se donner un temps de répit.  Rigoler encore parce qu’on a oublié de mettre des crampons et qu’on glisse sur les rochers comme si on faisait de la luge. C’est aussi chercher une deuxième paire de gants ou des souliers qui ne soient pas trempés: une mission qui s’avère bien délicate!  Ce qu’on appelle, en d’autres mots, “Heading for Winter” et que je traduirais par “une ascension vers l’hiver”.

Il semblerait, ces jours-ci, que le soleil joue à cache-cache.  Que la nature oeuvre au ralenti, comme si elle nous invitait à en faire de même.  J’ai l’impression que le fait de jouer dehors, de prendre le temps de respirer un peu encourage la synchronisation avec ce rythme.  Et pourtant, c’est aussi un temps où les projets pointent le nez, où on envisage tout ce qui pourrait être pondu à l’approche du prochain printemps.  À l’image d’une vague qui semble se cristalliser, la vie fourmille en dessous.  L’engourdissement s’en porte garant.  Et c’est temporaire, parce qu’on se réchauffe bien vite, une fois le nouveau rythme adopté.  Alors que l’heure change et que nos corps se réajustent, il se passe quelque chose.

Je ne peux m’empêcher de repenser aux moments forts de ces derniers mois, à tous ces instants où j’ai eu chaud pendant l’entraînement, où les intervalles m’ont semblé passer si vite.  À tous ces gens qui ont pris leur courage à deux mains, qui ont voulu s’amuser, qui sont sortis pour profiter de ce que nos forêts, nos montagnes, nos lacs et nos routes avaient à offrir.  À ces lignes d’arrivées (Finish Lines) qui ont enveloppé tout le chemin parcouru – et partagé – au cours des saisons chaudes.  À tous ceux et celles qui m’ont accompagnée.  Ça remue.

Retracer ces instants où les objectifs ont été déposés sur la table, où je me suis penchée pour me dire que j’aimerais vraiment voir pousser un rêve, une ligne, une direction, ça fait l’effet d’un cadeau qu’on s’offre et qu’on ouvre comme un enfant, à Noël.  Avec étonnement, avec émerveillement et avec une certaine dose d’innocence aussi.

Les projets

Quand un projet de course se lance dans mon imagination, on dirait qu’une histoire commence à s’écrire.  C’est, chaque fois, peu importe le choix et la distance, une idée, avec des ailes et des racines, qui prend forme et qui me dit qu’il y a toujours une façon de dessiner une opportunité pour aller vers ce qui m’interpelle.  Et surtout, que ça peut être simple.  Parce que ça commence au moment où, chaque jour, je franchis la porte et que je décide d’y aller. Moi, je mets mes chaussures, mais certains y vont même nu-pieds (bon, peut-être pas tellement en hiver, mais ça se fait).  L’important, c’est d’avancer.  Et, notion de circonstance, d’être bien habillée, mais pas trop non plus.

Je trépigne d’impatience.  Je sais que le repos est nécessaire, mais je ne peux pas m’empêcher de penser à tous ces trajets que j’aimerais entreprendre – et compléter – avec un féroce appétit de découverte.  Ce qu’on esquisse et travaille à faire grandir peut mener à un sentiment d’accomplissement.  La vie aussi.  J’ai déjà mentionné que je me sentais heureuse du simple fait de pouvoir marcher et courir sur mes deux jambes, de pouvoir sortir dehors et de respirer l’air qui m’entoure.  Alors quand je me lance dans l’action, dans la course, dans la montagne, j’ai l’impression que tout est possible.  Il y a une espèce d’intemporalité – je ne vois pas le temps passer – dans le fait de bouger, d’être pleinement dans l’action et de pouvoir observer ce qui se développe au-devant de soi.

La liste et le tableau – les semis pour le jardin de la prochaine saison – sont en cours de réalisation. Cultiver ce qui mènera aux prochains longs kilomètres alimente et passionne.  Il y a aussi la famille, les amis, le ski, le patin et les surprises. Le défi, j’ai l’impression, est de parvenir à donner un souffle à ce qui vibre fort, fort et de s’en envelopper, jusqu’au bout.  Je crois qu’il peut s’agir d’un défi parce que ce qui vibre ne  parle pas toujours tout haut.  Tout le monde ne l’entendra peut-être pas, à priori.

La fréquence

Parfois, ça murmure.  Parfois, ça ronronne.  Moi, c’est ce qui me tiens au chaud.  C’est ce qui te tiens peut-être au chaud aussi, mais à ta façon à toi. Prendre le temps de l’entendre et de l’écouter, c’est tracer sa carte. Celle qui compte.  Celle que l’on a envie d’ouvrir comme ce cadeau, à Noël.  Celle qui permet de se fixer des objectifs, de construire ses rêves et de se sentir prêt ou encore complètement vulnérable, face à ce qui s’en vient.

Le temps passe vite…

Et je cours encore.

Alors, quelle sera ta prochaine course, toi?!