Quand les plans A, B, C et D ne fonctionnent pas…!  When A,B, C and D plans are not the right ones…!

(English version below)

 

Samedi le 29 juin, 3:45.  Départ de la navette ayant pour mission de nous conduire en bord de mer.  Nous sommes quelques-uns à prendre l’autobus, à cette heure bien matinale.  À 4:45, les maisons colorées, l’air de la mer et la route asphaltée nous annoncent l’arrivée au point de départ.  Nous sommes près de trois cent, apparemment assez réveillés, à heurter le sol avec nos pieds bien chaussés.  C’est un matin relativement chaud et même si une petite pluie tombe, j’ai déjà l’impression que l’imperméable, aussi léger soit-il, sera superflu.  Je prends le temps d’aller me dégourdir un peu, accompagnée de mon amie Anne et je croise plusieurs visages familiers.  Les sourires de gens que je ne connais pas me font sourire en retour et je sens bien que c’est une aventure qui se prépare.  Depuis bien longtemps pour certains.  Pour l’heure, je me sens bien.  J’ai choisi, en ce samedi un tantinet grisonnant, de prendre le départ du 110km…huit jours après une petite commotion cérébrale.

 

Le départ est donné à cinq heures tapants.  J’ai perdu Anne de vue.  Du fond du coeur, je lui en souhaite toute une.  C’est le genre de défi pour lequel on s’élance avec détermination, bien entendu, mais aussi avec la conscience que nos prédispositions en tous sens ont leur importance.  À ce moment-là, je ne pense pas du tout au fait que je me sens fatiguée.  Je me souviens avoir peu dormi au cours des derniers jours, mais je me rassure en me disant que ça arrive souvent, avant une course.  J’ai hâte.  Même si un départ sur route ne me semble pas palpitant, je meurs d’envie de découvrir « la trail », les sections typiques de cet environnement, les passages que je n’aurais peut-être pas empruntés autrement.  C’est aussi le Championnat Canadien de course en montagne, ce qui implique une forme de « thrill », une belle occasion d’aller tâter ce qu’on peut donner, ce qu’on peut pousser.  J’avoue avoir eu une crainte, considérant mon état, dans la semaine précédant la course, mais je me suis dit qu’avec ma nouvelle casquette, les bâtons de Luc et la montre qu’Anne m’avait remise, tout irait bien.  Plusieurs personnes m’encourageaient, en pensée et un collègue coureur m’avait même remis du miel d’acacia, trésor de France.   J’en avais vu d’autres.  Alors pourquoi pas?

 

En chemin

Les quelques kilomètres de route s’écoulent, ma foi, assez rapidement.  L’entrée dans le sentier ascendant se fait de façon dynamique.  Le focus: ma respiration et, surtout, trouver ma cadence.  Pas celle des voisins.  De ceux qui sont devant ou derrière.  Mon monde.  À moi.  Il arrive que ce soit un exercice laborieux, mais je me débrouille plutôt bien aujourd’hui.  La montée ne me paraît pas si longue et c’est avec vigueur que les quinze premiers kilomètres passent.  Je sais que je ne cours pas au maximum de ma capacité, mais j’estime que c’est, déjà, un rythme qui me permettra de moduler et de tenir la route. J’arrive au premier ravitaillement avec une sensation de nausée qui se gère.  Je me prépare à entamer la suite en avalant quelques quartiers d’orange.  Je croise Blaise et Caroline, ce qui me fait parler et sourire un peu, puis je repars.  À peine cinq cent mètres plus loin, je prends la décision de ranger mes bâtons pour la journée et de rattacher mes souliers, car la boue se fait jasante.  En d’autres mots, elle aspire l’une de mes chaussures et semble me dire qu’il y en aura bien d’autres.  Les sentiers sont magnifiques, même maquillés en brun.  La végétation est aérée et tout semble vert, en hauteur.  C’est une zone différente de mon habituel secteur d’entraînement et je l’apprécie.  J’ai peu de souvenir du deuxième ravitaillement, comme quoi les choses vont bon train.  Je parviens à accélérer et à m’émerveiller de ce que la mécanique corporelle, alliée à la pensée, peuvent créer. Comme les autres coureurs, j’avale les kilomètres avec plusieurs pelletées de boue, en alternance avec de l’eau.  Chaque cours d’eau est une belle occasion de m’asperger et de repartir, rafraîchie.  Les haut-le-coeur persistent, mais je fais l’effort de mâchouiller quelque chose avec régularité. Ça m’ennuie.  Le motto: y aller un moment à la fois et trouver, toujours, une raison de sourire.  Mes jambes vont bien. Je croise, par moments, de petits groupes de coureurs et je gère mon eau juste comme il le faut.  Je peux respirer, je découvre la nature et je pourrais même, en d’autres circonstances, me faire un masque de boue si l’envie m’en prenais!  Il n’y avait pas de quoi se plaindre.

 

 

42,4 km. Troisième ravitaillement

Les patates me sauvent la vie.  J’ai toujours aimé manger des patates, mais là, je me dis que c’est vraiment cool de pouvoir y avoir accès en pleine forêt.  Je pense à mon ami Alex, qui m’a fait découvrir ces légumes en boites, l’an dernier, et je me dis que vraiment, j’aurais pu découvrir ça avant mes quarante ans!  J’en mets même dans mon petit ziploc de biscuits écrasés, en souhaitant que le tout ne se mélange pas trop en cours de route.  En d’autres temps, j’aurais dit « ouache », mais là, ça n’a aucune importance.  Le seul point, c’est que je puisse continuer de tempérer les maux de coeur et d’avancer à mon goût.  Direction: le ravito quatre, première station où rejoindre un dropbag (sac dans lequel on dépose du matériel et/ou des denrées voués à être utilisés à partir de ce point).  C’est une section qui se complète assez efficacement et je rencontre encore plusieurs coureurs.  Dans mon souvenir, je crois que nous commencions tous à être plus concis dans nos conversations.  Mais peut-être aussi ai-je plus longuement couru seule, à ce moment-là. À quelques kilomètres du quatrième ravito, j’entends une voix derrière moi.  Première croisée de filles depuis mon départ.  Je l’encourage.  Elle semble bien sérieuse.  Je crois que le fait de voir mon dossard bleu la rassure – le sien est orange – et j’en déduis qu’elle a choisi de ralentir, car bien vite, je n’entends plus son pas.  Le chemin est large.  Éventuellement, je vois quelques personnes groupées de l’autre côté de ce qui me semble être une grande route.  Je suis perplexe et je me demande comment faire pour traverser et les rejoindre.  Puis, je vois un Monsieur qui me fait des signes en pointant vers la droite.  Il faut descendre.  Oh, yeah!  Et oh! Surprise: mes souliers, recouverts de brun, se retrouvent plongés dans un tunnel d’eau et de roches.  Il fait assez sombre, mais la fraîcheur de l’eau est salvatrice.  Je m’en lance un peu partout, en continuant d’avancer.  Puis je débouche sur une petite montée où je croise le regard d’Amélie, une coureuse avec qui j’ai eu la chance d’échanger quelques fois.  Quand elle me demande si ça va, je m’entends dire quelque chose qui ressemble à « pas tant que ça »; trente secondes plus tard, alors que j’ai déjà filé, je réalise ce que je viens de dire et je me concentre sur la découverte du ravito, la rencontre avec mon sac, tout en espérant ne pas lui avoir fait peur.  Mes choix alimentaires et pratiques effectués, je quitte rapidement la place, en marchant jusqu’à l’arche.  En reprenant le pas de course, je sens que le mélange du melon d’eau avec de la soupe poulet et nouilles, au soleil, c’est plus ou moins winner.

 

Petit train va loin

Plein soleil, je longe la route en pensant au fait que la terre est bien sèche et que le passage est fort dégagé.  Mon ami David m’avait prévenu, avant la course, en me disant qu’il avait trouvé cette section assez longue, mentalement parlant, l’an dernier.  Je gère ma présence, ma respiration et je remercie la vie de sentir mes jambes en bon état.  Pour la première fois de ma vie, en course, je ressens clairement que c’est le haut de mon corps qui est hypothéqué (je pense aux blagues à propos des joueurs de hockey…).  Mais bon, j’en étais consciente au départ et je savais très bien que j’aurais aussi pu choisir de ne pas participer.  J’en avais trop envie.  Entre autres parce que ça me faisait peur.  Alors je l’assume.  Jusqu’au bout.  Je discute un peu avec un coureur anglophone fort sympathique, qui semble bien apprécier le trajet et les québécois.  Je ne connais pas son nom et je ne sais pas d’où il vient, mais j’apprends, en l’écoutant, qu’il est barbu, qu’il a cinquante ans et que ses amis le trouvent un peu fou de courir comme ça.  Ça me fait rire.  Éventuellement, il passe devant et trois autres gars, discutant de tout et de rien, forment un train avec moi pour les deux prochaines sections.  J’ai l’habitude de courir seule et je ne me sens pas toujours confortable par le fait d’être entourée, mais leur présence, là, est assez réconfortante.  Ils sont drôles et semblent vraiment apprécier leur parcours.  Il pleut, la Mestashibo nous montre son visage et les escaliers se multiplient, mais c’est plaisant.  On enjambe des arbres, des rochers, des rives (trois incroyables passerelles, je crois) et on avance.  J’aime ça, même si j’ai mal.  Je déplace mon attention et le temps passe.  C’est particulier, surtout en ce moment.  Les quelques kilomètres qui précéderont notre arrivée au ravito du Mont Saint-Anne – deuxième drop bag – me font penser à mon amie Anne, qui y finira son 80 km, comme l’un des gars qui court alors derrière moi.  Je me dis que c’est un passage bien spécial.  Presque la fin, pour eux.  J’encourage tout le monde, en pensée, en souhaitant que les ondes naviguent aussi bien que la pluie.

 

Au pied de la montagne

79,5 km. Le troisième coureur de notre train s’en va vers sa ligne d’arrivée en me souhaitant une bonne fin de course et sa gentillesse me surprend, momentanément. Je me répète encore que tout ira bien.  Sac de matériel (le fameux drop bag), fruits, chips, pacers et hamburgers. J’hésite quelques minutes à savoir si je tenterai ou pas de manger un hamburger.  Puis, comme la cuisson tarde, je décide d’entreprendre l’ascension.  Je n’ai pas de pacer – d’accompagnateur – alors j’y vais avec mes bâtons et beaucoup, beaucoup de moustiques.  Je trouve étrange qu’ils soient aussi insistants malgré le fait que je ne sente pas bon du tout. Et puis, alors que je monte, je me souviens que j’ai une petite bouteille de baume pour les muscles, fabriqué par mon amie Chantale, naturopathe expérimentée.  J’en profite pour m’en mettre sur les genoux, sur les bras, dans le visage et dans le cou.  C’est miraculeux pour moi et dramatique pour les bébittes; elles disparaissent instantanément.  Une petite victoire!  J’arrive au sommet de la Crête.  Tout en reprenant un pas de course, je repense aux différents plans que j’avais élaboré.  Je me dis que malgré les difficultés, je serais vraiment heureuse de pouvoir être arrivée pour 20h30.  Le moins bon scénario élaboré, selon ma préparation, me ferait dix-sept heures de course, et donc, une arrivée prévue pour 22h.  J’étais prête, selon moi, à toute éventualité.  Curieusement, à partir de là, j’ai un peu l’impression de perdre le fil de mon estomac.  Boire et manger deviennent vraiment une tâche en soi.  Je ne sais plus trop quoi tenter, alors j’y vais avec parcimonie.  Je me rends compte qu’il me faudra travailler là-dessus dans les prochains mois, car la gestion de cet aspect n’est pas irréprochable!  Au septième ravitaillement (87,5 km), j’ai l’impression d’avoir oublié une montée sur le dessin du parcours que je me suis fait sur le bras.  Ça fait rire les gars du ravito.  Je reprends la course en ayant découvert le gingembre confit sur la table (une première de la journée pour moi).  Ça calme un peu mon envie de vomir.  Pour l’instant.

 

Entre deux abrupts

Les paysages sont magnifiques.  Je revois les encouragements reçus, les pensées, mes enfants et je me dis que j’ai besoin de finir cette course-là.  Pour eux et pour moi aussi.   Je me dis que je me suis déjà retrouvée sur des parcours au dénivelé et à la distance plus imposants.  Pourtant, là, là, celui-ci me semble beaucoup plus difficile.  Je monte, je descends, je remonte et je redescends en me demandant combien de fois j’aurai encore à le faire.  Je décide de lâcher prise sur mon temps d’arrivée, tout en me faisant la réflexion que l’organisation d’un tel trajet comporte quelque chose de masochiste.  Je me dis aussi que c’est la faute à Jean Fortier, ce qui me fait rire un peu.  J’avance.

Les sentiers commencent à se faire plus sombres et j’envisage de sortir ma lampe frontale.  Au bout d’un moment, je dois me rendre à la conclusion que celle-ci ne fonctionne pas.  J’avance donc un certain temps dans la pénombre, puis je m’arrête en tentant de la faire fonctionner.  Elle refuse, plus têtue que moi!   Alors que j’ai vraiment besoin de m’arrêter pour profiter d’un arrêt toilette en forêt, quelqu’un apparaît.  Je profite de l’offre d’un lift lumineux et je suis ce coureur-éclaireur tout en tentant de repérer l’essentiel avec la lumière de mon téléphone cellulaire (je ne le vanterai pas nécessairement à mes jeunes, mais oui, ça peut servir en forêt)!  J’ai l’impression que nous sommes tous deux fatigués, ce qui me paraît relativement normal, outre les pépins de la journée, vu l’heure depuis laquelle on est en chemin.  Le bleu-gris du ciel devient noir et la nature se fait calme.  On entend nos pas et parfois, on croise une autre lampe frontale.  Un autre coureur, lui aussi privé de lumière, se joint à nous.  Éventuellement, il sera rejoint par sa conjointe, apparition soudaine en plein coeur de la forêt.  Il est derrière moi et pourtant je ressens l’émotion lorsqu’il lui dit:  »give me a hug ».  Je continue avec mon éclaireur et le dernier ravito, vraiment bien éclairé, se présente à nous.  C’est un peu magique.  Plus que dix kilomètres.  On va y arriver.  By the way, mon éclaireur me fait réaliser qu’on ne s’est pas présentés.  Poignée de main de Sylvain à Isabelle et d’Isabelle à Sylvain.  Good to go, après quelques Bretzels.  C’est parti!

 

Noir longtemps

Dernière section du parcours, derniers moments pour me demander si j’ai encore envie de faire ça.  C’est aussi la première fois que j’y pense, en course.  Je crois qu’en cette journée bien spéciale, la fatigue accumulée des derniers mois, le manque de sommeil et la commotion des derniers jours commençaient à me faire peur.  J’ai l’impression que Sylvain est un ange.  On file, tranquillement.  Je m’en veux un peu de ne pas pouvoir gambader dans les zones de single track comme je les adore, faute de lumière.  Parce que rendue là, même si le coeur me lève et qu’une partie de moi trouve que ça n’a aucun bon sens, j’ai envie de finir en beauté.  Résilience.  C’est le mot qu’emploie alors Sylvain pour parler de cette expérience.  Ça me fait vraiment, vraiment sourire, parce que c’est un terme qui ressort beaucoup, dernièrement, quand je discute avec des gens.  Dans la vie, je me dis toujours que je m’adapte.  Ça me tient.  C’est ce qui fait que je suis encore là. Alors j’imagine que c’est valide pour la course aussi.  Un pas devant l’autre.  Selon mon compagnon de trail, on sera arrivés pour minuit.  C’est bien largement dépassé toutes les éventualités envisagées au préalable, mais c’est la réalité.  Le bon point: on va y arriver…dans le noir, les pieds mouillés et perdus pendant quelques secondes, parfois.  Les kilomètres avancent.  Je reconnais les sections du parcours de 50 km d’il y a deux ans.  Je me rappelle du son de l’eau.  J’avais oublié, par contre, les petites montées, mais c’est peut-être une bonne chose!  Ça serpente.  Sylvain trouve que ça tourne longtemps.  On y est presque.  Les deux pieds dans le courant d’eau,  on traverse. Puis, peu après, on retraverse.  On grimpe là où il ne faut pas; on redescend, pour prendre le bon chemin.  Il me semblait que c’était dangereux, aussi!  Un coureur nous indique la bonne voie.  Alleluia: moins de trois kilomètres!

 

Chemin pavé

Juste avant d’emprunter la petite colline qui nous mènera à la ligne d’arrivée, on débouche sur un chemin/ponceau pavé qui m’est familier.  Il n’a rien d’exotique ou de bien exaltant, mais il y a quelque chose de symbolique dans le fait de le fouler, encore une fois, à la course.  J’ai l’impression que la fin est porteuse d’émotion.  Je nous encourage.  Son pronostic était vraiment bon: minuit approche, d’ici quelques minutes.  On entend des voix au micro.  J’ai un petit trémolo.  Momentanément, je ne sens plus la douleur; ce qui me paraissait comme interminable vient de fondre, dans l’immédiat.  Je n’ai jamais franchi une ligne d’arrivée à deux.  J’entends Anne, Sébastien et l’animateur.  L’arche et le tapis sont là.  Je soupire.  Sur le coup de minuit.  J’ai une immense gratitude pour Sylvain, qui m’a proposé de le suivre, jusqu’au bout.  Pour Anne et Sophie, qui étaient encore au fil d’arrivée, à cette heure tardive.  Pour Chantale et Richard, qui m’ont préparé un lit juste au pied de la montagne. QMT 110km: une course comme je ne l’avais absolument pas planifiée, mais qui m’aura beaucoup, beaucoup appris.  Enfin, Jean Fortier, tu avais raison: un pacer peut être une excellente idée!

 

…presque prête à recommencer, maintenant. Après ma visite à l’hôpital!

 

Isabelle

QMT, Championnat canadien de course en montagne, 5e femme overall

La Clinique du Coureur

Les Guerriers du Grand Raid

 

Bravo à tous ceux et celles qui ont pris l’un des départs du Québec Méga Trail 2019. À ceux qui l’ont terminé, comme à ceux qui ont été contraints d’arrêter en chemin.  Ce weekend, c’était toute une épopée!

Merci à mes collègues, à mes enfants, à mes amis, à tous ceux et celles qui me supportent.  Je me sens choyée, encore une fois.  Quelle famille!

When A,B, C and D plans are not the right ones…!

 

Saturday, June 29th, 3:45 am.  Shuttle departure to carry us all the way to the coastline.  We are quite a few to hop on the bus at that early time.  At 4:45, colorful houses, marine breeze and the black asphalt route announce our arrival to destination.  Starting point.  We are about three hundreds, pretty much awaken, to touch ground with our willing shoes.  It’s a warm morning, even if a little rain is pouring down, and I can sort of feel that my raincoat might already be unnecessary.  Talking with my friend Anne, I put myself into action to jog and warm up around the place.  We encouter familiar faces and smiles of people I don’t know yet are making me smile in return.  it is palpable: an adventure is on its way.  It has already been for quite some time to many runners.  At the moment, I feel ok.  I chose, on that Saturday morning, to take part to a 110 km run…eight days after experiencing a cerebral commotion.

 

The horn sets time at five am sharp.  I’ve lost, from sight, Anne.  I wish for her to enjoy the race.  It is the kind of challenge that needs us to hop on with willingness and consciousness about what we might be able to put into it.  It has its power. It’s quite something to remind ourselves about it.  By that time, I’m not thinking about the fact that I feel tired.  I recall a lack of sleep in the previous days, but I’m comforting myself, thinking about the fact that it is frequent when race day’s around.  I feel excited.  Going for a starting line sitting right on the street, on a covered black and hard soil, isn’t a thrill in itself, as my heart burns for a new trail discovery experience, to find those places I wouldn’t have seen in other times.  Today is also the Canadian Mountain Running Championship, which adds a little spicy touch to the adventure, the current goal and what runners can push on it.  I must admit I had some sort of weir feeling, considering my state of health, a week before then, but it got cleared by the thought of my special cap, Luc’s poles and Anne’s watch, running with me on this special trajectory.  Many people were encouraging me, in thoughts, and a running colleague had given me acacia honey, some France treasure.  And, most of all, I’d gone through other challenges.  So, why not?

 

On the way

The few km on the road are quickly passing by .  The entrance in the path for the first ascent is showing up and preparing ourselves for a dynamic run/walk.  I’m focusing on my breath and, most of all, finding my own pace.  Not others pace.  The pace of runners in front or behind me.  My world.  My own.  Sometimes, it happens to be a demanding exercice, but today, I am fairly well getting into it.  Going up doesn’t appear like too long and I can sort of feel strength in those first fifteen km.  I know I’m not running at my best, but it feels safe for now and it seems ok as it allows me to gage how I will go forward during the day.  I get to the first feeding zone with a strong, but manageable, nausea. I’m getting ready to go, accepting a couple of orange pieces on the way.  Encountering Caroline and Blaise, I make it to talk a little bit, smile and move.  About five hundred meters away, I choose to put my poles back in my bag, to squeeze my shoe laces as mud seems to speak loud.  In other words, it swallows one of my shoes and seem to say something like there might be more spots of hers on the way.  Paths are magnificent, even when wearing brownish make up.  Nature, trees and leaves around breathe and everything appears like a green alive piece, up there.  It is a different space.  Something else; comparable to what I’m used to see.  I appreciate it. I don’t remember very well the second feed zone, so I guess things are going alright.  I tend to accelerate and to feel astonished by what our bodies mechanic, coupled with our thought, can create.  As other runners, I « eat » distance and time with shovels of mud, mixed or followed by watery spaces. Every watercourse is a great occasion to  refresh myself and to get back on the track, feeling a little more awake.  Nausea is still calling, but I’m focusing on regularly chewing something.  It bothers me.  My motto: going for one step at the time; finding, always, a reason to smile.  My legs feel good.  On the trail, I meet little groups or runners and my water bottles are just enough.  Basic priorities.  I can breathe, I discover Nature and I could even, in other circumstances, make myself a clay mask face if I felt for it!  There was nothing to complain about.

 

 

42,4 km. Third feeding zone

Potatoes are life savers.  I always loved to eat potatoes, but here and now, I’m telling myself it’s extremely cool to be able to find some in the woods.  I think about my friend Alex, who had me discover, last summer, those canned veggies and my conclusion is: I could have found out before I was forty!  I dump some pieces of those potatoes in a small Ziploc bag, already half filled with crunched cookies, wishing for a cohabitation that will not make me regret it.  In other times, I’d spontaneously say « ark », but then, it seems such an unimportant detail. The only thing that matters to me is to be able to go through my nauseous feelings and to move forward as I like it.  Goal: reaching the fourth feeding zone, first station where a drop bag is awaiting for me.  The section is going well and many other runners  fly around.  Thinking about it, it seems we were starting to lower down on our speaking skills.  But I might also have been on a solo run around that time.  As the feeding zone is getting closer, I can hear a voice behind me.  First girl seen around since the race started.  I’m cheering her up.  She has no smile.  I’m telling myself that, maybe, the sight of my blue bib reassure her – she has an orange one – deducing that she chose to slow down as I cannot hear her feet pounding on the ground anymore.  The path is getting wider.  Eventually, I can see faces appearing from what seems to be far away, on the other side of a big road. I’m wondering about how to reach that place.  Then, a man is waving his hands and shows me a path on his right.  It goes down.  Oh, yeah!  Surprise: my shoes, previously covered with mud, are moving underwater, juggling with the rocks underneath and all over the place. The space is quite dark, but calmness and freshness are palpable. I’m spraying my head with water as I go through the tunnel.  Then the light shows up and a little hill needs to be climbed on.  Amelie, a runner I met shortly before, is standing right there.  She’s asking me if I’m ok and I can hear myself saying something like « not that much ». Thirty seconds later, as I’m already reaching the feeding zone tables, I realize what I just said.  Quick mind switch: taking care of my appetite – or need to eat, drink and see if I need something else in my drop bag.  I wish I didn’t scare Amélie.  My food and drinks choices made, I quit, walking to the arch.  Back on the track at a slow pace, I feel that watermelon and Lipton chicken and noodles soup, on a sunny, warm day, might not be exactly what we call the perfect match.

 

Little train goes far away

The Sun is high.  I run close to the road, thinking about the fact that the ground is pretty dry and the area, opened.  My friend David told me, few weeks before the race, that he’d found, mentally, this section quite long last year.  I’m working on managing my ability to feel present, stable and I breathe, giving thanks to my legs because they are fine.  For the first time of my life, during a race, I can clearly feel that my upper body is in trouble (and then I recall jokes about hockey players)…Well, I was conscious about it when I took on the challenge, at 5 am and I know I could have chosen not to attend to it.  I wanted to be there.  I was burning to run. Partly because it scared me.  I assume.  To the end.  I get into a short conversation with an anglophone runner, coming from somewhere not really close from Quebec city, I think.  He’s telling me how he appreciate the place and the people around.  I have no idea about his name or anything else, but I learn, listening to him, as he runs behind me, that he has a beard, is fifty years old and that his friends keep telling him it has something crazy to do things like that and to love the run for the whole trip.  It makes me laugh.  Eventually, he steps forward and three other guys, discussing in a very relax manner, join me on the run for the two next sections.  I’m used to run on my own and I do not always feel comfortable about having people around, but their presence, here, has something great.  It reassures me.   They are funny and seem to really enjoy the moment they spend together. Rain is pouring, the Mestashibo shows us her face and stairs are multipying, but it is nice.  We are going across trees, rocks, shores (tree very pretty footbridges, I think) and we are moving forward.  I love it, even if I can feel pain.  I’m playing with my attention and moves it to a different space; time goes by.  It is peculiar, especially now.  There are only few km left before we get to the Mont St-Anne’s feeding zone – second, and last, drop bag.  I think of my friend Anne, who will touch ground at that place to mark the end of her 80km race, as one of the guys running behind me.  I’m thinking of the feeling it can give someone and how special it can be.  In thoughts, I encourage everyone, wishing for vibes to navigate all around as well as the rain.

 

Mountain Base camp

79,5 km.  One third of the guys train is leaving us to run down to the Finish Line, wishing us a great end of race.  His kindness surprises me, momentarily.  I keep telling myself that everything will be ok.  Bags full of stuff (THE dropbag), fruits, chips, pacers and hamburgers. I’m hesitating, whether or not to have a hamburger, and as the cooking takes much time, I choose to go for the mountain top.  I don’t have any pacer to run along with, so I leave with my poles and many, many mosquitoes around.  The more I go up, the more they show up.  Strangely, they keep hustling me…even if I really don’t smell good.  I suddenly remember I’ve got a little bottle of my friend’s Chantale lotion called « muscle ».  Her naturopath creativity serves me well, as I decide to put some on my knees, on my arms, in my face and on my neck.  It’s miraculous for me and dramatic for insects: they disappear in a second: victory!  Meanwhile, I get to the top, called « la crête ».  As I put myself back into a running pace, I think about the scenarios I had considered prior to the race.  I’m telling myself that I’d be very happy to be going through the Finish Line by 20:30, despite difficulties and hard-to-tolerate body sensations.  When I worked on planning the race day, the worst scenario had me going down the mountain by 22:00.  I thought I was ready for everything.  Curiously, from now on, I’ve got the feeling to loose  – completely – control over my stomach.  To drink or to eat become a real challenge in itself.  I’m not sure about what I should try, so I’m making it   »one bite » at the time.  I realize it is more than important to work on that aspect in the following months, as I know it’s one of our primary needs here.  Arriving at the seventh feeding zone (87,5km), established high up, I’ve got the feeling I forgot one hill on the path I drew on my arm, to remind me with a bigger view of the race I was on.  Guys serving at the feeding zone laugh about it.   I get back on track with a handful of ginger chew.  I slows down the vomit underground wave.  For now.

 

In between…two hills

Surroundings and landscapes are magnificent! Encouragements, thoughts, my children are passing before my eyes and I’m telling myself that this adventure will end at the Finish Line.  Not before. Fro them and for myself as well. I already went through paths and places where the elevation and the lines were bigger, harder.  But here and now, it seems more, steep and pretty tough to me.   I’m going up and down, asking myself how much more I will have to do.  I decide to let go of my expectations regarding arrival timing, chewing on the thought that organizing such a race has a little masochist flavor.  I’m smiling, seeing Jean Fortier’s face in my imagination, telling myself that it might be his fault.  Filled with laughter, I keep going.  Paths are getting darker and I think about using by head lamp.  After a while, I must admit that I cannot light it on.  My head lamp is more stubborn than I am!  Then, someone appears as I really, really need to stop to find a « natural bathroom spot ».  I take advantage of a « luminous lift » and I follow this light-on-the-way-runner, trying to put some light down the path my my cell-phone flash-light ( I will not necessarily tell the youngsters, but it can be useful in the woods)!  It feels like we are both tired, which would be quite logical as the race has been on for many hours now.  The blue-grey sky becomes black and everything/everyone around seems quiet.  We can hear our feet and, sometimes, we cross another head lamp.  We meet another without-light runner on the way and he joins us.  He will eventually leave us, reached by his wive, suddenly – mysteriously –  showing up in the forests blackness.  He’s right behind me and I can feel the emotion as he asks his wife to give him a hug.  Me and my light-on-two-legs are still in motion and the last feeding zone, all lighten up, is now right in front of us.  It has something magic.  Only 10k to go.  We’ll make it.  By the way, my colleague makes me realize we haven’t introduced ourselves one to the other.  Hand shake from Sylvain to Isabelle and from Isabelle to Sylvain.  Good to go, few Bretzels later.  Back on track!

 

Dark and darker

Last section of the race, last moments to ask myself if I really feel and want to do that.  It is also the first time, during a race, that I have such a thought.  On this very special day, I think that the lasts monts fatigue, the lack of sleep and the commotion of the week before were starting to feed some sort of fear (or consciousness) inside me.  I feel like Sylvain is an angel.  We are slowly moving forward.  I feel kind of upset about the fact that I cannot run fast in those single tracks spots I normally love to let myself on on, as I cannot see very well what is around and on the ground.  It is partly fed by the idea that, even if my stomach could pour my heart out in a second and event if a little part of me is saying it makes no sense, I’d like to end that trip on a beautiful note.  Resilience.  That’s the work spoken by Sylvain to talk about the current experience.  It makes me smile, as this same word is often showing up in the past months, when discussing with others.  In the day-to-day life, I am often telling myself I’m in an adaptative mode.  I keeps me on track.  It is part of the reasons why I am still here.  So I can figure out it applies to running.  One foot after the other.  Sylvain tells me we should arrive by midnight.  It’s much more time than all the plans I imagined would count, but it is part of our actual reality.  Good thing: we will make it…in the dark, our feet completely wet, losts for few seconds on the way.  Kilometers are passing by.  I can recognize parts of the 50km race, which I ran two years ago.  I remember the sound of water, in the area.  But I had forgot about the little ups and downs, which is probably a good thing.  It is a windy path.  Sylvain finds it winds a lot.  Almost there.  Both feet (our four feet) in the water, we cross the river.  Running a little more.  Crossing a river once more.  We climb up somewhere we shouldn’t and, realizing it, we go back.  I knew it was getting tricky and a little akward!  A runner, in the dark, speaks to show us the right way.  Alleluia: less than tree km to go!

 

Paved road

Right before we go on the little hill which will lead us to the Finish Line, a paved road, familiar to me, opens up before us.  There is nothing exotic or exhilarating about it, but there is a symbolic value in the picture, as we put our feet on it to run it all.  I feed with emotion has the end gets closer.   Cheering up for us.  Sylvain’s pronostic was really good: midnight is almost there, few minutes only to go.  Voices are travelling in the space, amplified by the mic.  Little tremolo.  I do not feel pain anymore; what felt like too, too long is melting in the moment.  I never went through a Finish Line with someone else.  I can hear Anne, Sébastien and the man calling the shots with his loud voice.  The arch is there.  Mats too. Giving a sigh, I go with Sylvain.  At midnight.  My heart is filled with gratitude for him, has he really helped me out to the end, for Anne and Sophie, still waiting for me at the Finish Line,  late at night.  For Chantale and Richard, who kept me an amazing bed right at the Base.  QMT 110km: a race like I had absolutely not planned, which will have taught me a lot, really.  Finally, Jean Fortier, you were right: a pacer can be an excellent idea!

 

…almost ready to go, now.  After visiting the hospital!

 

Isabelle

QMT, Canadian Ultrarunning Championship, 5th Female Overall

The Running Clinic

Les Guerriers du Grand Raid

 

Congratulations to all the runners who took part to the event, Quebec Mega Trail 2019.  To all those crossing the Finish Line as to all who might have ended the race earlier without planning it.  That weekend was quite something!

Thanks to my colleagues, my children, my friends, and to people supporting me.  Once more, I feel cherished.  What a family!

 

 

 

 

 

 

 

2 réflexions sur « Quand les plans A, B, C et D ne fonctionnent pas…!  When A,B, C and D plans are not the right ones…! »

  1. Quel beau récit de cette magnifique aventure! J’ai l’impression de vous suivre sur votre épaule et tout voir en même temps que vous avancez! Félicitations!!

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