Septembre, au passage – As September Went By…

Septembre, au passage

Septembre prend son souffle pour être prêt, car l’automne s’en vient.  Chez nous, il précède l’hiver.  Ses journées sont remplies et elles surprennent, parfois, parce que les visites du soleil se font plus rares et surtout, plus brèves.  Les opportunités pour profiter de sa présence se déploient et elles font du bien, car elles nous rappellent un peu à l’été.  À la chaleur. Je me suis laissée portée par ce mouvement. Et c’est ainsi que l’histoire a commencé…


TOUR DU LAC EN SOLO
J’avais encore en tête le trajet du tour du lac Memphrémagog, dans mon petit coin de pays.  Il s’étend le long des terres, longe les territoires remplis de buttes et de petits monts comme un paysage bucolique, une ode à l’entre-deux, la campagne en ville ou la ville en campagne, pour certains.  Aussi, au début de ce grand septembre, j’ai pris mes vieux souliers et me suis élancée, avec la pluie, accompagnée de courageuses cyclistes, dans les chemins environnants en vue de compléter un parcours de 123 km. 123 km de route asphaltée et de chemins de gravier.  Ma région d’adoption, celle que j’apprends encore à connaître, me surprend toujours. Même lorsque j’anticipe sa faune, sa flore et ses cambrures.  Même sous une pluie diluvienne, elle me paraît magnifique.  Elle respire et moi aussi.  Nous sommes bien entourées. J’ai partagé ce moment avec des gens incroyables.  On m’a d’ailleurs déjà lancé l’invitation, informelle, à recommencer l’an prochain.  Qui sait?  Le vent m’y portera peut-être.


HARRICANA
Puis, une semaine passée, le temps est venu de sauter à pieds joints, en tant que bénévole, dans l’aventure Harricana.  Je n’avais pas eu la chance de me libérer pour m’y rendre, auparavant, alors j’ai saisi l’occasion.  J’avais découvert les paysages saisissants du secteur lors d’une escapade pour accompagner d’excellents coureurs, Matthieu et René, en juillet.  Il aura fallu l’aplomb et la force de persuasion de mon amie Anne pour me convaincre d’y plonger. J’ai retrouvé ces montagnes et ces rochers avec émotion.   Quand on a l’habitude de courir, offrir sa présence à un événement, pour venir en aide, est une belle façon de redonner.  Ça donne l’occasion de vivre l’expérience dans une autre optique.  De voir l’envers du décor.  On investi tellement de temps, de ressources et d’amour dans l’organisation d’un événement qu’il est assez unique de pouvoir y contribuer.  Je me sentais curieuse, mais aussi avide d’encourager ceux qui prenaient part aux différentes épreuves et de faire de bonnes pensées pour chacun, un geste de présence.  La rencontre d’une belle équipe de bénévoles, au ravito de la Marmotte, aura été l’un de mes coups de coeur.  Lorsque j’y suis arrivée, tous dormaient à poing fermé, emmitouflés dans leurs sacs de couchage.  Et j’avais ma place, parmi eux, à l’étage, avant que trois heures du matin ne sonnent, pour que l’on se prépare à accueillir les coureurs.  J’ai été témoin, par la bande, des succès de ce beau groupe de Québec, duquel faisaient entre autres partie Matthieu et René, Guillaume et sa douce, Marjorie, Dominic, Amélie, Jasmin, Anne et les enfants.  Je crois qu’il n’y a pas de magie plus grande que de voir l’émotion, qui est partagée, sur les visages.  De ressentir que, pour chacun et chacune, il s’est passé quelque chose.  Le dimanche, en fin de journée, j’en suis repartie avec une sensation étrange, témoin lointain, mais aussi un peu conquise par les lieux.  Réchauffée par le plaisir d’un café et d’une chocolatine partagés avec les athlètes.

Photo: AdventureMag, RIG

RAID INTERNATIONAL GASPÉSIE
La deuxième semaine de septembre était arrivée comme un paquebot enflammé, à grands renforts de signaux gaspésiens.  J’avais vingt-quatre heures pour refaire ma valise, rassembler le nécessaire en vue de passer beaucoup de temps dehors, sur la route, sur la montagne, dans les bois et dans l’eau. Vingt-quatre heures pour serrer mes enfants dans mes bras et oser partir, le coeur rempli d’espoir, vers le Raid International de Gaspésie. Espaces sauvages et cartographie étaient au menu.  Mardi matin, alors que le soleil venait de se lever, mon équipier était passer me prendre.  L’auto remplie de nos projets, nous nous sommes rendus à Carleton-sur-Mer, où l’ensemble de l’équipe d’Endurance Aventure, l’organisation, était basée. Dans mon coeur, j’avais l’impression de rentrer à la maison. Je ne sais pas si j’ai trouvé, à ce jour, les mots pour bien exprimer ce qui m’a habité pendant cette semaine-là, mais je l’espère.  Sans exagérer, je crois que chacune des minutes où j’ai pris part à l’aventure du Raid, entourée de mes collègues, aura été marquante, non seulement parce que tout semblait unique, mais parce que je m’y suis retrouvée, complètement.  J’ai pris soin de savourer ces instants, dans un milieu de travail qui me correspondait, avec toute la richesse et les apprentissages qu’il pouvait m’apporter.  Pouvoir donner de sa personne et oeuvrer à même un lieu, aussi sauvage soit-il, avec tout le plaisir du monde, est un cadeau immense.  C’est d’ailleurs l’un des grands moments de cette année, au même titre que certaines expériences en course ou ces moments ultras spéciaux avec mes enfants.  Là, les deux pieds dans l’eau et dans la boue, absorbée par les bruits de la nature, séduite par la beauté et la rusticité du moment, je me sentais bien.  J’avais envie d’être dehors.  Encore et encore.  Même la fenêtre de ma chambre, celle dont ma colocataire, Julie, m’avait fait don, projetais un paysage immensément beau.  J’avais soif d’aventure.  Je me sentais à ma place.  Même en pleine noirceur, seule en forêt, alors que les seuls bruissements perceptibles semblaient être ceux de mon walkie-talkie, me rappelant que d’autres travaillaient encore, eux-aussi à l’écoute.  J’en suis revenue remplie du ressac du fleuve, des sourires des athlètes participants, des rires de mes collègues, du son des éoliennes, au sommet, du silence dans les bois, comme dans la chapelle de l’Oratoire du Mont Saint-Joseph, du courage de chacun, du plaisir relié à tous ces moments et bien encore.

Photo: triamax.com, RIG

AU FOND
Point tournant dans la vision de la routine, chose que j’ai toujours trouvée difficile.  Je crois qu’une partie de moi a vraiment tenté de créer un cadre plus neutre avec la venue des enfants, avec le rôle de maman monoparentale à temps plein et autres considérations.  Au retour de la Gaspésie et en fonction de tout le chemin parcouru dans la dernière année, je me suis sentie comme si toute cette enveloppe avait définitivement éclaté. Comme si je m’étais enfin donné le droit de retrouver le sourire au quotidien, en travaillant, en étant là où j’avais à être, plus concrètement.  Je suis une femme de terrain, une aventurière.  Une maman, une coureuse, une crayonneuse d’images et une jongleuse avec les mots aussi, bien entendu, mais j’avais besoin de faire la paix avec certains aspects de moi-même ou plutôt, de leur redonner l’espace qu’ils réclamaient depuis longtemps.  J’ai eu peur, tellement peur depuis quinze ans, de ne pas être présente pour mes filles en choisissant d’être, entièrement.  C’était peut-être partiellement justifié.  Mais, ce que je sais, c’est que nos rapports, au quotidien, bénéficient d’une qualité et d’une simplicité remarquables quand je me donne ce droit, d’être toute juste ce que je suis et de laisser chacun(e) être, à sa façon.  Nous ne sommes pas parfaits, nous, les parents.  Mais nous sommes tellement plus complets en ces circonstances!  Le monde est magnifique, même avec ses bobos, avec les nôtres aussi.  Collaborer, plonger, aimer et s’envoler, tout à la fois.  Le temps passe vite.  Mon Izna et mon Arielle, accompagnées par Marie-Josée, me le rappellent de plus en plus.  Je vous ai remerciées, souvent, souvent, pour m’avoir permis d’y être et j’y pense encore, de tout coeur.

       

LE RELAIS MEMPHRÉMAGOG
Septembre filait et la troisième semaine avançait.  En Estrie, on se préparait pour la course à relais autour du Lac Memphrémagog, le Relais de la Fondation Christian Vachon. C’est , chaque fois, l’occasion de partager une journée de course en équipe pour une précieuse cause, celle des enfants en besoin. Comme chaque année, nous étions deux cent équipes à prendre le départ à heures variables, histoire d’assurer une certaine fluidité sur le parcours, celui-là même que j’avais sillonné au début du mois.   123 km toujours uniques, où nous étions reliés par ce fil d’entraide, sourires aux lèvres du petit matin au soir…ou enfin, la plupart du temps.  Certaines portions corsées du parcours, alliées à une chaleur extrême, ont demandé aux coureurs un effort considérables.  Certains ont franchi la ligne d’arrivée avec les derniers rayons du soleil alors que d’autres sont arrivés au flambeau. Dans tous les cas, c’est un trajet qui représente beaucoup.  Par ce qu’il véhicule, ce à quoi il contribue et les raisons pour lesquelles tous choisissent d’y participer.  Une course, qu’elle soit associée à une cause ou pas, représente toujours un défi.  Et il est fascinant de voir tous ces gens, de gabarits, d’expériences et de milieux différents, s’unir dans le cadre de ce genre d’événement.  De relever un défi pour lequel on peut se sentir plus ou moins prêt ou préparé, parce que ça nous interpelle.  C’est une démarche très rationnelle et, en même temps, émotive.  Je me suis sentie choyée de pouvoir en faire partie encore cette année.  Entourée de Marianne, Micheline, Louis-Philippe, Samuel et Emmanuel, j’ai vu les points de contrôle défiler avec la joie des équipes en mouvement.  J’ai terminé cette troisième semaine en bouclant une période d’entraînement assez soutenue, nourrie par le projet de course qui gagnait du terrain: la Diagonale des Fous.  J’avais mal au ventre…et un peu aux cuisses aussi!

LA DIAGONALE
Septembre s’en est allé et octobre est arrivé avec son rideau de pluie.  Trois journées de migraine et de problèmes intestinaux m’ont visitée pour me rappeler, peut-être, que le moment le plus important est celui que l’on vit alors qu’il se présente.  Pas demain, pas dans trois semaines et pas en fonction de ce que je n’ai pas encore réussi à résoudre.  Le temps de prendre l’avion et de me fondre dans les montagnes, les cirques de la Réunion, l’unicité de cette expérience approchent.  J’ai réalisé que j’allais partir plus longtemps qu’à l’habitude.  Que je m’apprêtais à vivre une chose pour laquelle je m’étais préparée, mais dont je ne pouvais pas anticiper les surprises, les imprévus.  Comme dans la vie.  Comme dans l’aventure.  Au-delà de la migraine, je me suis sentie envahie par la sensation du plongeon, celui qui implique qu’on ne peut pas revenir en arrière.  C’est un go.  Complet et vibrant.  Il ne s’agit que de 165km de course et pourtant, j’ai l’impression qu’une carte beaucoup plus vaste, beaucoup plus large est entrain de se dessiner.  Peut-être que j’aurai envie de pondre un roman ou une toile.  Peut-être que j’en aurai assez.  Peut-être que je me sentirai remplie de cette autre forme de nature.  Peut-être que le désir de repartir à l’aventure se fera encore plus pressant.  Un moment à la fois, avec les conseils de Chantale, la migraine s’est estompée.  Je l’ai laissée s’évaporer en forêt, sur le petit toit du monde du Mont Chauve, un instant vêtu de soleil. Ouf!

Octobre s’est découvert et je cligne des yeux devant mon écran.  Le sommeil me gagne.  Mes enfants respirent doucement et je peux les entendre, dans l’écho que répand le toit cathédrale, accompagné de la musique pianotée par un Iphone encore en service.  Je me suis assoupie deux fois déjà.  Portée par l’excitation comme par l’incertitude, je compose cette phrase.  Et doucement, je me dis qu’il est temps d’y aller.  Une nouvelle journée attend, cachée derrière les nuages.  Octobre, fais-nous rêver éveillées.

À tout de suite,

Isabelle

As September Went By…

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