Le manteau de vastitude

“La pensée tout est possible est techniquement fausse – nous avons tous et des contraintes, ne serait-ce que la gravité et l’impôt.  Mais le sentiment de vastitude qu’elle évoque est la vérité.

J’aime vous imaginer déclarer votre souveraineté et vous démontrer, par vos pensées et vos actions, que vous avez choisi d’avoir foi en vous.  Foi en la beauté.  J’aime vous imaginer accueillir les petites parties de vous toutes agitées qui rêvent de grandeur sans jamais y croire, et ensuite lever calmement les yeux vers le ciel étoilé, malgré le bruit autour.  Car c’est votre véritable “chez vous”.  Au-delà de tout, vous êtes un enfant de l’infini.  Et quels que soient les messages que vous recevez ou interprétez, ou les arguments qui pourraient vous traverser l’esprit, vous n’avez absolument jamais à vous rapetisser pour votre vie”.

Marie- Pierre Charron

Jiangshang Station – Chine

Je me suis réveillée, ce matin, en réalisant à quel point l’idée de courir – et de marcher – en montagne m’est précieuse. J’en ai une soif infinie.  Il s’agit d’un rêve et d’un besoin qui se sont transformés en objectifs.  Je m’y sens vivante.  Comme je me plais à osciller entre les valons et les cours d’eau, j’ai aussi besoin de cet équilibre entre la base et le sommet.  Rien que d’y penser, mon souffle se régule. Il y a de ces moments qui nous portent du centre de la Terre jusqu’au ciel, littéralement.  Je n’ai pas envie de planer sur ces perles de temps; j’ai envie de les ancrer, au quotidien, et de les partager.

L’hiver s’amène.  Les surprises abondent et m’incitent à continuer d’avancer.  L’idée de reprendre part à une sortie, une aventure, une course ou une expédition m’alimente.  C’est le temps des récapitulations de l’année, des retours sur la saison.  Des regards qu’on projette vers l’avant.  C’est surtout ce qui capte mon attention.  Ce qui me fait trépigner.  Parce qu’il me semble qu’on a tellement, tellement à vivre et à découvrir encore.  Peu importent les parcours, peu importe l’âge de chacun, il y a quelque chose de vraiment particulier à imaginer qu’on se construit, toujours, davantage.  Que ça ne se termine pas.  Qu’il est impossible d’avoir tout vu et tout vécu.  Bref, quand je m’assois pour écrire ou illustrer les idées et les projets qui me viennent en tête, j’ai l’impression que ça prendrait dix cahiers, une toile bien  plus grande que ma maison, tant de mots et d’images que j’en perds mon latin!  Le rappel: toujours un pas à la fois.  Une étape.  Cette année encore, l’impatience me gagne parfois autant que l’excitation.  Les deux pieds au sol, je repense à tous ces moments où j’ai pu me sentir pleinement ancrée et heureuse, en toute simplicité.  Et tous, ils parlent de nature, de connexion avec sa végétation, avec les gens, petits et grands, avec la beauté de ce qu’on ne peut pas prévoir.

Aujourd’hui, le discours intérieur que je me tiens me demande de faire preuve de patience et de confiance.  Je ne sais pas exactement comment je vais parvenir à réaliser chacun des projets que j’ai en tête, tout en me construisant un nouveau cheminement de carrière, en prenant soin de mes deux grandes (plus chat et cochon d’Inde) et en côtoyant tous ces gens que j’aime, mais j’ai la certitude que je vais y arriver, que “ça va le faire”, comme dit mon amie Jessy. Je sais qu’il y a une voie, un chemin et qu’il est crucial que j’aie confiance. Que je m’y investisse, à fond.  Doucement, par moment, avec présence, bien sûr, mais complètement.  Peut-être que l’aube de la quarantaine y est pour quelque chose.  Peut-être pas.  Je sais pertinemment que je me connais chaque jour davantage et que ce que je construis ne ressemble pas au voisin, mais bien à ce que je découvre à mon sujet.  J’apprends à écouter autrement et à rendre hommage à tout ce qui se passe, parce que c’est sensé…même lorsque le tout semble dénué de sens!

Je ne crois pas que ces phrases se formeront en un long, long texte ici.  Je veux agir.  Bouger.  Faire avancer les choses.  Me retrouver sur le terrain, pour en faire naître, ensuite, des mots et des images.  Et surtout, surtout remercier ces femmes, ces hommes et ces enfants qui y croient un peu, qui encouragent, célèbrent, communiquent, puis échangent tout ce lot d’expériences, chacune et chacun à leur façon. Je crois que je ne remercierai jamais assez ceux et celles qui m’ont adressé un sourire, qui m’ont encouragée à continuer, qui ont souligné l’importance d’un instant dont, parfois, je n’avais pas pris conscience moi-même.  Je ne me sens pas toujours fière de ce que j’ai accompli, mais je me sens fière d’être ici, d’être en vie et de vous avoir rencontrés, tous et toutes.  Je me sens fière d’avoir deux filles extraordinaires et de ces valeurs avec lesquelles on se construit.  Je me sens fière, enfin, d’être moi et de me dire que ça en vaut la peine.  Chaque jour.

Ainsi, pour  l’année qui s’en vient, j’ai quelques montagnes à aller rencontrer, plusieurs trajets à découvrir, un nouvel emploi qui se profile et qui sait, sûrement quelques imprévus au calendrier!  De nombreux choix à faire, une panoplie de couleurs et des saisons à travers le monde entier.  Enfin, c’est ce que je souhaite.  C’est ce que je nous souhaite. “Parce que c’est notre lumière et non notre ombre, qui nous effraie le plus…et quand nous laissons notre propre lumière briller, nous permettons, inconsciemment, aux autres de faire de même”. (Coach Carter)

On ne rapetisse pas, donc, on grandit. Moi, je porterais volontiers le manteau de la vastitude, même en été.

Je vous en souhaite une belle!

Village au creux des montagnes du Sud de la Chine