Journée mondiale de la course à pied

by isabellebernierconnexion

Photo: Relais du Mont Bellevue

J’ai longtemps à la fois trouvé difficile et vraiment aimé courir. Les contradictions font partie de notre humanité et je n’y fait pas exception. Parallèlement, observer le beau, le magnifique sur le même écran que tout ce qui me paraît insensé et inhumain l’illustre bien. Je cours par choix et parce que j’aime cette pratique et pourtant, je sais que l’entraînement et l’événement nous propulsent souvent à même un voyage de douleurs et de souffrances qui s’étalent sur de multiples plans. À quoi ai-je pris l’habitude de penser lorsque je cours en montagne, à trente degrés Celcius, en plein soleil? Au rêve d’une immersion dans un plan d’eau, d’un verre d’eau pétillante et d’un Mr Freeze. À chacun sa gratification, sa promesse…

Les souvenirs me permettent de revisiter certains moments où je m’aventurais sur les routes pour compléter un trajet utilitaire ou rejoindre un amoureux et des amis à des kilomètres et des kilomètres. Je me souviens aussi de ceux qui nous faisaient respirer par la lentille du test de paliers (Léger-Boucher), encore pratiqué en milieu scolaire, de grands moments de doute et d’insécurité quant à ma capacité d’entreprendre ou de compléter un projet, un trajet. Que l’on parle d’enjeux sur les plans de la santé physique, de la santé mentale ou d’autres dimensions de nos réalités, je crois avoir continué de renouer avec la course, au fil des années, parce qu’elle me permettait aussi de me relier à une profondeur, de transposer, de part et d’autres, les apprentissages qui pouvaient en découler.

En ce qui me concerne, la course ne correspond pas à un temps spécifique, même si j’ai bien conscience de sa valeur en fonction des circonstances. M’accrocher au temps, dans la vie comme à la course, ne m’apporte pas satisfaction. J’éprouve un besoin viscéral de me plonger dans l’expérience et de m’y investir complètement pour en retirer les bénéfices. De lâcher prise aussi. Lorsque je navigue dans ma tête et que je pense trop à la montre, lorsque je me concentre sur l’issu alors que je suis en plein travail (en pleine aventure), lorsque je me compare à d’autres, la sensation d’être dissociée de ce qui se passe vraiment prend le dessus. On parle beaucoup de moment présent, mais à mes yeux, il s’agit peut-être ou surtout de se laisser aller à être pleinement conscient. À accueillir. À habiter l’instant de toutes nos fibres.

Certaines journées, certaines semaines m’innondent d’incertitudes et il m’arrive de me demander si j’arriverai à me réveiller, à mettre le pied dehors, à cesser de ressentir le fardeau de stress et de fatigues récurrents. Il m’arrive de me demander si je devrais tout simplement laisser tomber, m’asseoir et méditer, pour de bon. Prendre le rythme de mon char-Bouddha (Satsuki) et m’étirer sans chercher à faire davantage. Il m’est arrivé d’entendre que mon corps n’en pouvait plus. De penser à ma mère, coincée dans son logis, à mon père, qui peine à bouger sans entrave en songeant que je n’avais pas mille ans pour prendre soin de moi. Qu’aucune garantie ne nous était offerte.

Alors j’ai accepté de marcher à nouveau, d’arrêter pour prendre des photos et de m’ouvrir encore à ce qui me permet de me sentir plus habitée. J’ai repris le Qi Gong, le Reiki, la méditation autrement. Un moment à la fois. Cinq ou cinquante minutes, peu importe, mais petit à petit. En transposant cette conscience dans mon expérience de la course. En consultant des collègues, des amis et des gens en soutien, j’ai apposé quelques dates à mon calendrier, les juxtaposant à des objectifs, des projets sportifs, créatifs, de vie. Je n’ai, encore une fois, aucune certitude. Et je repense à cette amie qui m’a demandé, à l’approche d’un nouveau déménagement, si c’était temporaire. Je n’ai pas pu lui répondre clairement, pas plus que toutes les autres fois. En lui disant aurevoir, j’ai enfin réalisé que l’impermanence était un caractère immanent de ma réalité. Aujourd’hui, je cours avec l’impermanence. Aujourd’hui, je me repose avec l’impermanence. Et demain, l’impermanence existera toujours. Peut-être est-ce l’une des seules réelles certitudes. Et encore…

Aujourd’hui, le deux juin, fenêtre de la Journée mondiale de la course à pied, journée d’impermanence. Journée de vie. Journée pour respirer et saluer ce qui nous habite comme ce qui nous entoure. Aujourd’hui, pleinement, à tous les temps.

Jusqu’à tous les demain

Isabelle

xxxyz

Le trajet parallèle, ouvrage disponible à l’achat