Le message et son envol

Se questionner quant aux messages que nous communiquons.

Lorsque nous créons du contenu, lorsque nous publions, partageons et communiquons, nous faisons le choix de mettre de l’avant des idées, des valeurs, des pensées, des désirs, etc.

Prenons-nous soin de nous questionner? Que ferons-nous pour donner suite à ce que nous avançons? De quelle façon contribuerons-nous à améliorer les choses (ou à les empirer, c’est selon)? Qu’est-ce que le message que nous partageons apporte au monde, à notre communauté, à ceux et celles que nous souhaitons rejoindre?

Pour aller un peu plus loin:

-Faisons-nous acte de bienveillance, de compassion, d’empathie envers l’autre (les autres)?

-Avons-nous l’intention de jouer un rôle qui puisse faire avancer les choses en lien avec ce dont il est question?

-Qu’offrons-nous au monde, ce faisant?

-Quel est le réel message que nous souhaitons faire circuler?

-De quelle façon nous relions-nous au monde?

-Qu’aimerait-on que les gens retiennent?


Et enfin:

Qu’est-ce qui compte?

Qu’est-ce qui compte vraiment?

Quel est le sens du message que nous contribuons à mettre en circulation?

Photo: A.A.B.

En tant qu’individu, en tant que femme et en tant que mère, je choisis de communiquer. Je choisis de parler, d’écrire et de courir avec le souhait de contribuer à briser les silences, les tabous et la conscience qu’il y a encore beaucoup à faire.

Caracoler dans les Barrancas Del Cobre

L’Ultra Run Raramuri est une course regroupant une trentaine de coureurs expérimentés sur un parcours totalisant près de 200km, dans la région des Barrancas Del Cobre, dans l’état de Chihuahua, au Mexique. Quinze d’entre eux proviennent de la tribu des Tarahumaras, douze autres de l’Europe et trois du Canada. Sa complexité tient de l’atitude (2400 mètres en moyenne), de la chaleur (40 degrés Celsius au thermomètre), de son dénivelé (10 000 mètres en positif seulement) ainsi que la nécessité de parcourir son trajet en autonomie sous la barre des soixante heures.

Introspection pré-départ

Entreprendre une aventure peut s’apparenter au fait de tracer le chemin d’une vie: on en revient inévitablement transformé, pleinement connecté à son coeur, à tous les messages que l’Univers et lui nous envoient, comme aux chemins des possibles. Ceux auxquels nous faisons peut-être la sourde oreille lorsque la marée du quotidien va et vient. Le périple qui vient de se terminer n’y fait pas exception.

Loger chez Lolita, dans la région des Barrancas Del Cobre, au Mexique, après avoir atteri à Chihuahua, nous enveloppe à quelques 2400 mètres d’altitude. Le petit groupe que nous constituons se complète avec l’arrivée de treize coureurs Raramuris et c’est en trois langues (français, anglais et espagnol) que nous assistons à la rencontre d’avant-course. Ce qui nous attend: quelques 190 kilomètres à parcourir en altitude et en zones semi désertiques, un tracé où il faut être en mesure de bien naviguer (déceler le parcours à vue), 40 degrés Celcius au thermomètre (ressenti: bien davantage), un maximum de 60 heures pour compléter le trajet et une gestion de course principalement en autonomie.

Celui ou celle qui s’apprête à courir héberge en son sein des attentes, des anticipations, des appréhensions, mais aussi quelques espoirs, accompagnés de désirs, à la veille d’un départ. L’opportunité de nous côtoyer les uns les autres et de partager un moment unique amplifie la résonnance, comme la portée de ce qui nous tient, j’en suis certaine. Chacun semble prêt à composer avec ce qui se dessine. J’éprouve une certaine fébrilité, à quelques heures d’une nouvelle journée. Les sacs ont été mis en circulation. Je n’ai pas de montre qui affiche le tracé et mes chaussures d’ultra ont été égarées pendant le vol d’avion. Convaincue que ça ira, je fais l’éloge de la paire qui m’accompagnait dans la cabine des passagers, en transport.

Partir entre deux souffles

Notre départ me paraît festif et bien que l’anxiété et/ou l’effet de l’altitude se ressentent au cours des premiers kilomètres parcourus, j’ai le sourire aux lèvres. Je me suis tellement demandé si j’arriverais à y être que ce moment se vit tel un rêve éveillé. Nous n’avons eu qu’une journée d’acclimatation avant de nous élancer, mais qu’à cela ne tienne: c’est ici et maintenant que les ailes s’ouvrent. L’anxiété, puis la tête fragile font place à l’amorce de descentes et de montées qui s’alterneront pendant des dizaines de kilomètres. Dans un moment d’hébétude, je réalise que nous avons entraîné avec nous trois des cabots du village. Je cours en compagnie de Jean-Philippe, empruntant des tracés qui ne font pas partie du trajet. Quelques ascensions improbables (parois rocheuses) nous demandent un temps précieux et je m’étonne, chaque fois, de voir la petite troupe nous suivre avec autant d’enthousiasme.

Au détour d’une zone très touffue, Jean-Philippe n’est plus visible. Je lance quelques indications en souhaitant qu’il puisse trouver le bon embranchement et je poursuis rapidement, car le besoin en eau est criant. L’arrivée au premier point de contrôle se fait en catimini. Une petite zone dégagée, où se trouvent quelques membres de l’organisations, quelques bénévoles et mon sac de provisions, m’offre un moment de ressourcement avant de repartir, repas en main, pour la suite. Dix minutes suffiront avant que je ne m’égare à nouveau. Les chiens semblent m’indiquer où aller et c’est avec leur flair que je finis par retrouver la trace qu’il convient d’emprunter. En chemin vers les canyons, je recroise éventuellement Jean-Philippe, lequel semble avoir pris la mauvaise direction. Nous poursuivons en équipe et c’est dans cette veine, avec une chaleur assez intense, que nous parcourons le tracé jusqu’au pied des canyons, le cours d’eau tant attendu. Dans un espace où l’eau se fait rare, toute source pure m’apparait comme un miracle. Nous débouchons sur les lieux et rejoignons le cours d’eau pour remplir nos gourdes, mouiller nos vêtements, puis laisser les chiens se baigner. Vaches et chèvres de montagne trouvent aussi le chemin de l’eau. Le débit es faible, mais sa fraîcheur, comme l’hydratation qu’elle nous offre, sont salvateurs. Au-devant, Olivia, une autre coureuse du groupe, est en train de se rafraîchir. Nous entamons bientôt la traversée en sa compagnie. Une nouvelle ascension se dessine et nous savons qu’elle risque de s’avérer corsée. Bon point: le jour se fatigue, ce qui nous permet de bénéficier d’une atmosphère plus agréable. À six- trois humains et trois chiens – nous gravirons donc le cayons jusqu’au deuxième point de contrôle.

Du deuxième au troisième point de contrôle

Nous croisons, à proximité du sommet, Vanessa et Jérôme. Là haut, le village est endormi, mais l’un des bâtiments laisse filtrer la lumière de même que le son de quelques voix. Les chiens s’affaissent à la porte et nous entrons pour y retrouver Thierry, un autre coureur, malade. Jean-Philippe choisis de tenter le sommeil alors que je repars avec Olivia, repue, dans la presque fraîcheur de la nuit. Le sentier qui nous conduit au PC3 est parsemé de cactus et la descente me fait sourire. J’y perds pratiquement ma frontale, accrochée aux extensions de l’un d’entre eux. Nous croisons ponctuellement un groupe de quatre à six coureurs Raramuris, parfois allongés, parfois assis, souffrant de malaises et de fatigue. L’ascension s’avère longue et ardue, compte tenu de l’heure avancée. Au petit matin, l’arrivée au PC3 me fait soupirer. L’un des chiens nous suit encore, ce qui me sidère, et je lui offre une barre protéinée avant de demander à l’équipe du PC de lui remettre un bol d’eau. Nous nous assoyons, puis nous allongeons brièvement dans la maison d’ainés de la communauté, encore endormis à même l’unique lit sur pattes de la pièce, tout habillés. Je n’ai plus trop idée du temps qui passe, ni de l’état de mes pieds (j’ai décidé de nier la douleur qui s’en va croissante). Je refuse d’ailleurs que l’on m’enlève mes souliers. Nous repartons avec la lumière du jour. Le rythme est lent.

Entre le PC3 et le PC5

Naviguer entre le PC3 et le PC4 est une histoire de grande chaleur, encore une fois. Chaque petite flaque d’eau stagnante est un prétexte pour inviter le chien qui nous suit encore à y plonger. Éventuellement, je constate qu’il s’arrête chaque fois qu’une zone d’ombre se présente devant nous. Le sentier devient une route carrossable où les véhicules passent très rapidement. Je valide le trajet avec les informations que j’ai en poche, puis la carte logée sur mon téléphone cellulaire. Nous approchons du lieu d’arrêt. Quelques habitant nous saluent, ici et là, le long du trajet et nous achetons un jus frais au passage. À ce stade, notre compagnon canin refuse de boire et sursaute quand je l’asperge. L’arrivée au PC4 se fait en catimini (urgence toilette). Le plan: laisser le chien au repos et repartir en douce. Nous avons parcouru plus de 100 km avec lui et j’espère, de tout coeur, qu’il ne tentera pas de nous suivre plus loin. Repartir est synonyme d’entreprendre une bonne portion de route, de terre d’abord et bétonnée ensuite. La chaleur en est à son point culminant de la journée. La douleur ressentie au contact de mes pieds sur le sol aussi. J’ai la confirmation que les ampoules sont nombreuses. Une à une, elles se mettent à exploser et me font figer un instant. Olivia avance en ligne droite ou enfin, en suivant les courbes alors que j’ai l’impression de sautiller de tous les côtés, en tordant mes pieds, pour laisser la brûlure passer lorsqu’elle m’envahit. Il m’arrive de prendre du retard en tentant de panser temporairement l’un ou l’autre et je reprends service en clopinant pour avancer vers l’espoir de zones ombragées.

Entre les PC 4 et 5, les surfaces d’eau sont quasi inexistantes. Notre seule opportunité de faire un remplissage et de nous rafraichir un peu est l’atteinte de l’embranchement appelé « El Churro », où un lac s’étend. Peu avant celui-ci, Olivia n’en peut plus et nous nous allongeons quelques minutes en bord de route. Pendant qu’elle ronfle, je jette un oeil à mes pieds et je me demande s’il ne vaudrait pas mieux poursuivre sans mes chaussures, idée réfutée en songeant aux déchets, aux scorpions, aux araignées et autres présents au sol. Nous repartons vers El Churro avec ma carte, car je suis déterminée à franchir les kilomètres qui nous sortirons de la route pour nous engager dans ce qui ressemble à un passage plus rural. Le lac apparaît, avec ses déchets, ses moisissures et autres. Je choisis de ne pas prendre le risque de boire cette eau, ce qui signifie gérer un seuil critique de déshydratation. Après avoir parcouru tout ce chemin sans trop boire, l’une des seules explications qui me vienne en ce qui concerne ma capacité à poursuivre avec presque rien se relie au supplément consommé (les gels Spark nutrition) et je me dis qu’ils contiennent vraiment quelque chose de magique.

Les massifs rocheux impressionnent. Le jour tombe à nouveau et le terrain se fait plus vivant. Éventuellement, mes yeux se referment d’eux-mêmes, ce qui me porte à m’allonger brièvement, peu de temps après avoir croisé un scorpion. Nous repartons positivement vers le haut. Je ne sais pas s’il est question d’heures ou de minutes, mes yeux s’ouvrant et se refermant sans que j’arrive vraiment à les contrôler, mais je constate que la route se peuple de formes de vie qui n’existent pas vraiment. Je penche inconsciemment d’un côté comme de l’autre et Olivia semble affectée de la même tendance. Nous avançons, sans relâche. Éventuellement, de réelles lumières apparaissent au loin. Il me semble voir passer une éternité avant d’arriver au PC5, en pleine nuit.

Pit stop et départ pour décrocher le PC 6, puis la finale

L’arrêt au PC 5 est bref, car il y fait très froid. Une buche auprès du feu, quelques nouilles en boite, les restes d’un sac de ravitaillement bouffé par les chiens du village (ils ont goûté à tous les sacs) et un café plus tard, nous entamons l’avant-dernière portion. Surprise: un géant noir se met à nous suivre, la queue ballotant dans les airs. Ses yeux brillent et il me fait l’impression d’un ange. Quoi que je lui dise, il refuse de rebrousser chemin. Nous continuons donc à trois, le vent dans les voiles et les cuisses glacées par le froid. Cette portions de parcours me paraît interminable, probablement en raison de la température, de mes attentes, de l’état de mes pieds et du fait que je sais qu’il s’agit du dernier point avant l’arrivée. Déboucher sur deux petites tentes, auxquelles est accolé un feu qu’entretiennent une dame vêtue de ses habits traditionnels colorés et sa fille, sourire aux lèvres, constitue un bel accueil. Le chien et moi mangeons peu; Olivia hérite donc d’une double portion de nouilles. Nous repartons d’une traite vers notre dernier objectif et je me sens confiante que le trajet sera bouclé lorsque se lèvera la troisième journée, d’ici quelques heures.

Malgré la douleur persistante, je m’accroche à l’euphorie du sentiment de proximité et nous gambadons tous trois sur le tracé, entre nature et ville, puis sur la voie ferrée. Je sautille en observant le chien avancer avec grâce et Olivier cheminer de façon déterminée. J’ai confiance. Et puis le jour tourne. J’ai mal évalué l’étendue du terrain qu’il nous reste à parcourir. La chaleur revient lentement, mais sûrement, et Olivia semble envahie par le découragement, prostrée au soleil. À ce moment, je me demande si elle choisira d’abandonner ou de poursuivre. J’ai la sensation qu’il nous faut monter encore, alors j’attends. Accompagnée de trois enfants, elle, moi et le chien prenons le petit chemin qui nous conduit plus haut. Nous consultons nos cartes à tour de rôle, puis je prends les devants, mue par un désir de compléter le trajet sans erreur supplémentaire (à nous deux, nous en avons commis quelques-unes). Le soleil plombe, nos gourdes sont pratiquement vides et nous ne mangeons à peu près plus. Ne laissant aucune place au doute et à l’hésitation, j’avance. Je n’ai aucune idée de l’endroit où nous déboucherons, mais j’ai décidé d’avoir confiance et de l’imaginer comme on nous l’a décrit. Pour nous trois.

Mon téléphone affiche une mention de surchauffe à l’instant précis où nous croisons un caméraman et un bénévole à l’intersection de ce qui semble être l’un des sentiers du village. Je cherche la direction à prendre et on me pointe, en me tendant un tube d’eau, le trajet. C’est ce qu’on appelle un « go » sans concession. Olivia boit aussi, le chien est toujours vivant et nous plongeons vers la fin comme deux guerrières ou survivantes, c’est selon, bien conscientes que les barrières horaires estimées ont largement été transgressées, mais heureuses d’arriver enfin à la bannière de fin de parcours. Franchir le fil d’arrivée me permet d’imaginer ce que vivent les raideurs lorsqu’ils complètent une aventure en autonomie, en s’orientant par eux-mêmes, en zone inconnue. Nous l’avons fait. Envers et contre tout

Photo: Théo Schmitt

Partager quelques accolades, m’asseoir et découvrir que j’ai encore deux pieds font partie des joies qui suivent le cours des choses. En répondant aux questions de ceux qui m’entourent, je réalise que je me sens accomplie malgré tout, même si je n’ai pas réussi à parcourir le trajet tel que je l’aurais voulu. L’aventure me nourrit. Tous trois au repos, cabot inclus, nous profitons de l’instant. Je sais bien, en observant au-dehors, tout autour, comme au-dedans, que cette histoire m’aura transformée. Que son oeuvre est à peine entamée. Il y a tant à raconter. Et même si j’ai pensé, quelques fois, ne plus jamais courir, je sais pertinemment que j’ai envie d’explorer encore, de découvrir à nouveau. Je croyais avoir compris ce que représentait l’ancrage depuis un petit moment, pourtant, en cet instant précis, je ressens qu’il s’agit de beaucoup, beaucoup plus que ce que je pouvais concevoir. Ressentir la Terre, si grande et si petite à la fois, m’offre un cadeau inouï: celui de perspectives et d’histoires que je n’avais pas encore devinées.

Le géant noir au repos

Constats:

1- J’ai choisi l’aventure humaine – et animale – avant la performance et je l’ai fait de façon 100% assumée.

2- Même si je m’étais entraînée à la chaleur, au Québec, je n’étais pas prête à un écart de température de près de 50 degrés.

3- J’ai encore besoin d’entraînement en altitude.

4-Expérience ultra concluante en ce qui concerne ma stratégie alimentaire, ce qui est exceptionnel en soit.

5-Je me demandais, dernièrement, s’il ne vaudrait pas mieux cesser de courir pendant un certain temps, compte tenu de ma condition, mais il semble que j’aie encore beaucoup à vivre en ce domaine!

6- Voyager pour partir à l’aventure fait partie de mes essentiels.

*À suivre et à découvrir plus amplement dans le cadre d’un ouvrage consacré entre autres à ce périple.

**Un merci cosmique à tous les membres du groupe:

L’ensemble des participants: la quinzaine de coureurs Raramuris, dont Celestino et ses aînés, Vanessa Moralès, Julien Chorier, Christophe Dain, Jérôme Chauvin, Olivia Durocher, Jean-Philippe Lefief, Thierry et Isabelle Corbarieu, Théo Schmitt, Pavel Panloncy, Johan Steen, Gérard Segui, Bernard Monin, Anne Genest et Joan Roch.

Les membres de l’organisation et leurs collègues: Jean-François Tantin, Romain Granjon, Simon Guignard, Paul BW, Octavio, Chouille, Rafaela, les ambulanciers, Lolita et sa famille, nos chauffeurs enflammés.

***Et merci enfin à tous ceux et celles qui ont contribué à faire de cette aventure une réalité: Marianne, Chantale, Izna, Arielle, Linda, Jean-Paul, Josée, Bastien, les chats de la maison. C’était tout un défi en soit!

Être soi-même

Oser être soi pour avancer en adéquation avec les réalités qui sont perchées, ancrées, déposées, peut-être, un peu partout sur nos planètes.

Être soi-même, out of the box, comme on le dit si bien chez nous, c’est accepter que les cadres, les étiquettes qui sont les culturellement et socialement les nôtres risquent de ne pas correspondre à celui ou celle que nous sommes. Que nous sommes vraiment.

Les rôles que nous jouons et les fonctions que nous exerçons nous composent. Sans eux, nous existons, simplement et peut-être de façon plus tangible, contrairement à ce qu’il nous est donné de croire. On peut reconnaître des parties de ce que nous sommes à travers les autres, mais il n’existera toujours qu’un seul être humain, parmi des milliards, constitué comme nous le sommes, habitant des mystères dont nous ne saurons peut-être rien, des facultés, des aptitudes, une propension à développer l’être au-delà de la conception que nous en avons. Nous observons, nous imitons pour tranquillement construire notre unicité, notre oeuvre. La construire ou la reconnaître, puisqu’elle semble avoir toujours été.

Notre environnement, nos expériences et nos choix contribuent à déterminer qui nous sommes aux yeux des autres, et bien souvent, à nos propres yeux. Parfois, les cases semblent plus faciles à cocher. Parfois encore, la façon dont nous nous sommes construits, les cordes à nos arcs, nos réalités, nos identités ne cadrent pas, ne collent pas. Apprendre à se connaître et accueillir l’être que nous sommes n’est possible qu’en plongeant au coeur de soi, en se permettant de découvrir et de dévoiler ce que nous sommes prêts à partager. À sa façon, chaque personne fera des pas dans cette direction. On peut ainsi être témoin et s’émerveiller de l’audace avec laquelle certains osent offrir au monde une partie du cadeau de leur unicité. L’exposer simplement, la rendre spectaculaire, en faire le flambeau qui éclaire un ou des milliers, voire des millions de chemins. Il nous appartient d’être à l’écoute pour nous inspirer, peut-être, de ceux et de celles qui osent. Pour reconnaître la lumière qui est la nôtre.

Oser être soi pour avancer en adéquation avec les réalités qui sont perchées, ancrées, déposées, peut-être, un peu partout sur nos planètes. En posant un regard bienveillant sur soi, sur l’autre, il est possible que ceux et celles qui suivront se donnent la permission d’en faire de même.

Règle générale, les exigences ne sont pas négociables. Qu’en est-il de l’être? Nous nous adaptons, nous nous camouflons, nous nous fondons. Et nous en retirons quelques bénéfices, assurément, puisqu’on peut considérer cette propension à agir de la sorte comme des qualités ou des attitudes primées dans les milieux où nous évoluons. Et si nous étions pleinement nous-mêmes, en faisant fi de la peur du jugement, en choisissant de nous incarner complètement, en nous ancrant dans cette présence qui ne peut être que la nôtre? Qu’apporterions-nous au monde? Que serions-nous en mesure de cultiver et de faire grandir pour contribuer aux univers que nous peuplons? Que risquerions-nous de perdre? De gagner?

Sortir de sa zone de confort est un terme populaire. Et si, en fait, il s’agissait plutôt d’entrer pleinement, dans l’ouverture, en soi-même pour que se dissolve la zone, le cadre, l’étiquette correspondant à ce confort? Ce faisant, peut-être nous sentirions-nous reliés.es autrement, connectés.es au flot vibratoire, le flow, cet espace où il est possible d’observer, de ressentir qu’en fait, malgré les milliards de profils différents, en vertu de nos milliards d’unicités, nous nous complétons. Être connecté.e, se relier au monde, c’est respirer la vie. C’est aussi créer.

Out of the box

Comme la nature

La nature sauvage

« La véritable appartenance ne se résume cependant pas à un dos fort et un devant doux. Une fois que nous avons trouvé le courage de rester seuls, de dire ce que nous croyons et de faire ce qui nous semble juste malgré les critiques et la peur, nous pouvons quitter la nature sauvage, mais la nature sauvage a marqué nos coeurs. Cela ne signifie pas que vivre sa nature sauvage n’est plus difficile, mais qu’une fois que nous l’aurons bravée seuls, nous serons douloureusement conscients de nos choix pour l’avenir. Nous pouvons passer toute notre vie à nous trahir et à rester seuls. Mais une fois que nous nous sommes défendus et que nous avons défendu nos convictions, la barre est plus haute. » (Brené Brown, traduction libre)

La sensibilité / Sensitivity

Prendre le pouls de sa sensibilité pour y laisser atterrir sa présence et respirer ce qui a besoin de faire son chemin avant d’émerger, de se couler dans la terre, de s’ancrer ou peut-être encore de s’envoler.

Souligner la valeur d’un moment qui n’existe qu’une fois, en de multiples dimensions, et croire qu’on peut lui offrir la dignité, le respect et l’attention qu’il mérite pour qu’il soit, tout simplement, avec soi.

Peu importent les croyances, peu importent les absences ou les divergences

Tracer une voie, dans la simplicité, et cultiver son jardin intérieur pour, peut-être, donner naissance à la reconstruction de celui qui nous entoure, de tous ces petits et plus vastes mondes qui attendent une conscience à laquelle nous ne nous sentons pas toujours reliés.

En saisir l’occasion, c’est aussi se poser. Ne serait-ce que pour l’un de ces instants. Les modalités nous permettant de développer nos aptitudes en ce sens semblent s’être multipliées au cours des dernières décennies, alors que nombre d’entre elles existaient déjà, dans un espace de secret relatif. Peut-être ne nous paraissent-elles que plus accessibles maintenant qu’il y a cent, deux cent ou même mille ans. Nos voies de communication en ont facilité l’accès. Tout comme les bouleversements, qui nous remuent parfois au point de considérer, comme on le ferait en cas de crise, de traumatisme, de passage, des avenues que nous n’emprunterions pas à première vue.

Il y a plus de vingt ans, j’ai plongé: des arts visuels au Falun Dafa (image) en tendant la perche vers le QI Gong, du Reiki aux Kirtans dans un ashram, en passant par la méditation pleine conscience, la respiration, le travail de vision et de connexion, pour renouer avec la danse, la course, etc. L’ultime source de rappel à la vie, en ce qui me concerne, demeure la nature, l’environnement sauvage, le calme des espaces où la conversation se fait autrement. C’est en partie ce qui m’a permis de reprendre le fil d’une conversation avec cette vie, de communiquer au-delà des silences, d’étendre ce désir que j’ai de dire, de faire lumière, d’encourager la clarté, l’authenticité, la transparence. Oui, il arrive que ce soit inconfortable. Oui, ça peut déranger. Des portes se ferment, d’autres s’ouvrent et les coins d’ombre propices à dissimuler disparaissent peu à peu. Soit.

Choisir de vivre, à mes yeux, implique de s’habiter pleinement pour soi-même, d’apprendre à grandir avec chaque rite de passage, de faire amende honorable, en toute humilité. Choisir de vivre, c’est faire l’offrande de soi au monde, à sa façon, afin que nous puissions construire encore. Prendre soin, générer la communication, prendre conscience de nos jugements, développer, faire face aux tabous, entendre et écouter, accueillir, être, aussi pleinement que possible en la circonstance.

Je tomberai, nous tomberons encore.

Et nous nous relèverons. Dans mon imagination, avec des racines, avec des ailes, pour témoigner à notre monde la gratitude d’exister dont il nous a fait cadeau. Dans mon imagination, le cœur grand ouvert et les yeux empreints de cette profondeur qui nous permet de naviguer plus loin.

Ici, ailleurs

Abitibi, à 27 ans, photo: J. Audy

To take the pulse of our sensitivity in order to let a presence land there and breathe in what needs to make its way before emerging, to sink into the earth, to ground with it or perhaps to fly away.

To underline the value of a moment that exists only once, in multiple dimensions, and to believe that we can offer it the dignity, the respect and the attention it deserves so that it is, quite simply, with us.

No matter the beliefs, no matter the absence or divergence of them

To trace a path, in simplicity, and to cultivate our inner garden in order, perhaps, to give birth to the reconstruction of that which surrounds us, of all those small and larger worlds awaiting a consciousness to which we do not always feel connected.

Seizing the opportunity is also about taking a break. If only for a glimpse, a tiny bit of these moments. The modalities allowing us to develop our aptitudes in this regard seem to have multiplied during the last decades, whereas many of them already existed, in a space of relative secrecy. Perhaps they only appear as more accessible to us now than a hundred, two hundred or even a thousand years ago. Our means of communication have facilitated their access. Just like the upheavals, which sometimes move us to the point of considering, as one would in the case of a crisis, a trauma, a passage, avenues that we would not take at first sight.

Over twenty years ago, I dove from visual arts to Falun Dafa (image) to QI Gong, from Reiki to Kirtans in an ashram, to mindfulness meditation, to breathing practices, vision and connection work, dance, running, etc. The ultimate reminder of life, as far as I’m concerned, remains nature, the wilderness, the quiet of spaces where conversation happens differently. This is part of what has allowed me to pick up the thread of a conversation with this life, to communicate beyond the silences, to expand this desire I have to say, to shed light, to encourage clarity, authenticity, transparency. Yes, it can be uncomfortable. Yes, it can be disturbing. Doors close, others open and the shadowy corners that are conducive to concealment disappear, little by little. So be it.

As I see it, choosing to live, implies living fully for oneself, learning to grow with each rite of passage, making amends, with humility. To choose to live is to offer ourselves to the world, in our very own way, so that we can build again. To care, engage communication, become aware of our judgments, develop, face taboos, hear and listen, welcome, be, as fully as possible in the circumstance.

I will fall, we will fall again.

And we will rise, somehow, too. In my imagination, with roots, with wings, to show our world the gratitude for having been given a life to grow. In my imagination, with our hearts wide open and our eyes filled with the depth that allows us to sail further.

Here and everywhere else

L’émerveillement / Wonder

« If I had influence with the good fairy who is supposed to preside over the christening of all children, I should ask that her gift to each child in the world be a sense of wonder so indestructible that it would last throughout life, as an unfailing antidote against the boredom and disanchentments of later years, the sterile preoccupation with things that are artificial, the alienation from the sources of our strength. »

« Si j’avais de l’influence auprès de la bonne fée qui est censée présider au baptême de tous les enfants, je demanderais que son cadeau à chaque enfant du monde soit un sens de l’émerveillement si indestructible qu’il durerait toute la vie, comme un antidote infaillible contre l’ennui et les désenchantements des dernières années, la préoccupation stérile pour les choses artificielles, l’aliénation des sources de notre force. » Rachel Carson, Le sens de l’émerveillement… »

Rachel Carson, The Sense of Wonder…Free translation

Chaque seconde est remplie d’opportunités de s’éveiller à l’émerveillement qui papillonne sur la planète comme ailleurs. Un nombre incalculable de chemins, de destinations et de scénarios susceptibles de se manifester pour chacun et chacune d’entre nous. Toutes les voies, toutes les avenues ont leur propre teinte et se tiennent prêtes à nous proposer ce périple qui pourrait nôtre. Une multitude de souffles, de soupirs, de respirations qui s’étendent d’un monde à l’autre nous traversent, nous remplissent et nous inspirent, peut-être, pour nous donner le courage d’y ouvrir les yeux, l’audace de les saisir, le délice de les découvrir. Nous n’inventons pas ce qui se trame, à mon avis, mais répondons simplement à ce qui est là, quelque part, dans l’univers.

Y prêter attention, redessiner la vie et construire à nouveau, c’est nourrir l’ouverture, donner à l’émerveillement le droit d’habiter chacune de nos cellules, de les faire renaître un peu – ou beaucoup – mieux, de les voir fleurir jusqu’à ce que vibrent nos corps. Marcher avec la sensation de s’habiter, de s’appartenir pleinement pour ainsi redonner à l’autre, à l’ailleurs, un soupçon de cette lumière, de cette magie qui pourra, elle aussi, être décuplée au contact de tout ce qui vit. De ce qui existe.

Un instant comme une éternité pour laisser naître un sourire

Des idées en parapluie, des étreintes douces et fortes à la fois

Une chaleur qui se dégage comme une onde perceptible à des mille à la ronde

Un ciel qui s’éclaircit, habillé de flocons dont les formes brillent et pétillent

Des regards remplis de sollicitude, de présence, de velours

Un toucher humain, franc, sécurisant

Fébrile, peut-être, mais plein, plein de vie, plein de soi, plein de l’autre

Dessiner un passage, entre les rives

Souhaiter

S’émerveiller en donnant le droit à nos magies de prendre le relais là où la réflexion s’endort

Lui chanter une berceuse en murmurant pour qu’elle grandisse, à son réveil, avec la force et la fragilité de tous les possibles

Imaginer le beau, le bon, le vrai pour soi, en écho à l’autre

Et relier les mots, nouvelles trajectoires, pour visiter les mondes.

Every second is filled with opportunities to awaken to the wonder that exists on and off the planet. Countless paths, destinations and scenarios to unveil for each and every one of us. All paths, all avenues possess a unique imprint and move around, ready to propose to us a journey, maybe ours. A multitude of breaths, sighs, and movements stretching from a world to another a crossing our way, fill us and inspire us, perhaps, to give us the courage to open our eyes, the audacity to seize them, the delight to discover. We’re no author of what is going on here, in my opinion, but simply responding to what is out there, somewhere, in the universe.

Opening our eyes, redrawing life and building again, is to nourish openness, to give wonder the right to inhabit every one of our own cells, to make them come a little – or a lot – better alive, to see them bloom until our bodies vibrate. To walk with the sensation of inhabiting ourselves, fully belonging to ourselves, in order to give back to the other, to everything, a hint of this light, of this magic meant to be tenfold multiplied to the contact of every living thing. Every single existing matter.

A moment like an eternity to let a smile be born

Umbrella ideas, soft and strong hugs at the same time

Emerging warmths like a wave, perceptible from a mile away

A clearer sky, dressed in flakes whose shapes shine and sparkle

Looks filled with solicitude, presence, velvet alike

A human, frank, reassuring touch

Febrile, perhaps, but full, full of life, full of self, full of the other

Drawing a passage, between the shores

Wishing

Wondering by allowing our magics to take over where thinking falls asleep

Sing a lullaby in a whisper so that when it wakes, it will grow up with the strength and fragility of all possibilities

Imagine the beautiful, the good, the true for oneself, echoing the other

And connect words, new trajectories, to visit multiple worlds.