Tricotés serrés, du coeur aux sentiers

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Originaires de la région de Saguenay, Audrey Tremblay et Stephan Perron ont toujours été actifs. De la planche à neige au vélo, en passant par la course, ils se sont donné pour mission de mettre l’activité physique au coeur de leurs routines. D’année en année, les opportunités et les occupations les ont rapprochés de ce qui est, aujourd’hui, une passion qu’ils partagent à plusieurs groupes de gens, soit la famille VO2 dont ils sont les instigateurs, avec quelques ami(e)s. Ils ont notamment sillonné les parcours de l’Ultra trail Harricana, du Québec Méga Trail, de l’Ultra trail Académie et de l’UTMB. D’emblée et de coeur, ils sont     « tricotés serrés ».

Audrey – Force tranquille 

Présente, humble et complètement investie. C’est ce qui me vient lorsque j’écoute Audrey. Son bagage est inspirant et elle entretient ce lien qui la relie à Stephan, à sa famille, à la vie en nature, lesquels transparaissent dans chacun de ses partages. « On a toujours été actifs et on incluait les enfants là-dedans. Moi je me souviens, je partais avec mes gars dans le bébé joggeur, je courais ou on accrochait la poussette sur le vélo et on s’en allait avec les enfants ». Il y a un moment, Audrey n’arrivait pratiquement plus à marcher. La douleur ayant perduré pendant une dizaine d’années l’a conduite sur une table d’opération. On lui a alors posé une hanche artificielle, ce qui a donné un nouveau souffle au parcours actif. Elle avait trente-neuf ans.

« Moi, j’étais plus une cycliste qu’une coureuse. Je trouve ça beaucoup plus facile de faire du vélo que de la course. Puis, un moment donné, Stephan s’est mis à faire des marathons, donc j’ai embarqué aussi. Progressivement, de cinq, dix à demi marathon; je ne faisais pas de marathons dans ce temps-là. On faisait beaucoup de route, puis on s’est retrouvés sur les sentiers. On était un peu sceptiques au départ ».

Audrey a participé à sept éditions du Grand Défi Pierre Lavoie à vélo. Quand même! Elle avait eu l’opportunité d’essayer la course en trail avec un groupe auparavant, mais ne s’y était pas vraiment plongée, démotivée par une fracture de stress. Pour le couple, habitué à naviguer au-travers d’une dizaine de courses par année, le plongeon dans l’univers du trail aura été un beau remède à la récurrence des blessures. Dans l’univers de la course, Audrey se lance des défis. Au demi marathon comme ailleurs, elle s’élance avec beaucoup d’enthousiasme, mais aussi une certaine appréhension : « C’est moi qui me mets de la pression. Je ne suis pas une coureuse rapide, mais je veux améliorer mon temps. On dirait que je me mets de la pression parce que je veux que Stephan soit fier de moi, qu’il soit impressionné…peut-être parce que je veux avoir sa reconnaissance, parce qu’il est tellement incroyable ». Et Stephan de dire qu’elle n’en a absolument pas besoin. L’admiration, le soutien transpire dans cette espace où partager une course est une formidable expérience, malgré tout.

 

Stephan – Instigateur

Stephan occupe deux emplois. Il consacre une grande portion de son temps, en termes de travail, au milieu de l’informatique. Il a également fondé, avec son ami Dominic, la Boutique Vo2, laquelle a contribué à construire cette communauté de la course en sentier à Saguenay et dans les environs. D’emblée, il partage que la course à pied ne faisait autrefois pas partie de ses activités quotidiennes. « C’est Marie-Claude, entraîneure au gymnase où je travaillais qui m’a dit que je devrais faire de la course à pied. Que je me débrouillerais. Suite à ça, j’ai participé à quelques courses, dont un demi marathon, à Ottawa. Au fil d’arrivée, j’ai dit à Audrey que je ne voulais plus jamais en faire ». Trois semaines plus tard, il enchaînait avec un marathon et ne s’est pas arrêté depuis. Éventuellement, Stephan a été ralenti par plusieurs blessures et c’est à l’appel de certains amis, l’ayant invité à venir faire quelques sorties en trail, qu’il a répondu, histoire de changer le mal de place. Aujourd’hui et après avoir notamment couru Montréal (troisième au fil d’arrivée), Ottawa et Boston, il se consacre à la course en sentier. Les groupes de course de sa boutique lui permettent de partager cette passion à l’année, laquelle semble aussi créer un esprit de famille caractéristique. Comme le terrain n’est pas toujours accessible, l’entraînement hivernal implique certaines sorties sur route, question pratique, consacrées aux intervalles. Ils s’offrent de longues sorties en nature les weekends et elles sont précieuses!

Au cours des trois dernières années, Stephan s’est impliqué auprès de la Trail Académie, mise en place par Olivier Le Méner. C’est une collaboration qui s’est avérée enrichissante et qui se perpétue. Qui sait? Peut-être que de nouveaux défis naîtront de ces échanges. À son écoute, la simplicité et cette même complicité qui le relie à Audrey, à la famille et qui leur permet, je crois, de transporter tout un vent d’action, d’activité à l’équipe Vo2, sont palpables.

 

Des projets communs, c’est important – Famille, Boutique Vo2 et groupes de course

L’adoption de jumeaux, Eli et Thomas, puis d’une jeune demoiselle, Noah, auront contribué à construire une famille qui a grandi, comptant aussi, aujourd’hui deux chiens, un lézard, un oiseau. Maintenant âgés de dix-huit et treize ans, les enfants ne suivent pas toujours leurs parents. Au fil des années, l’activité physique est demeurée au centre des préoccupations. À preuve, Audrey et Stephan en ont fait une priorité. À la boutique Vo2, ils sont à même d’échanger avec une clientèle de passionnés en tous genres et de gens qui souhaitent s’initier aux sports tels que la course en sentier, la course sur route, le vélo, le ski, etc. À ce jour, le Club V02 compte une centaine de membres.  Stephan et Audrey ont ainsi installé une routine leur permettant de garder un équilibre tant familial, professionnel que personnel.

La discussion s’oriente vers les choix de course. Audrey est communicative et me semble aussi un peu timide quant à l’exploration de ceux-ci. D’emblée, elle présente cette démarche comme une initiative de Stephan. « C’est Stephan qui va cibler les courses, surtout. On aime ça tous les deux. Moi, je choisis des distances qui peuvent m’aller là-dedans. J’aime ça qu’il y ait de petites distances parce que je ne fais pas d’ultras encore ». Elle a pris part au 42 km de l’UTHC l’an dernier et s’est offert tout un accomplissement. Elle envisage l’expérience du Bromont Ultra (55km) et, à nouveau, de l’UTHC en prenant un départ au 65 km.

« Mon plus grand coup de coeur, ça a été le fait de pouvoir être accompagnatrice sur le parcours du QMT, pour Stephan, l’an dernier. Ça a été une de mes plus belles courses. Je n’avais aucun stress de temps et de performance. J’avais peur de ne pas courir assez vite, mais finalement, ça a super bien été ». Stephan semble sourire au bout du fil. Il partage ce moment où le rythme avait, incontestablement, diminué, où la sensation de courir étaient devenue tout autre. Stephan et Audrey s’esclaffent au rappel de ces souvenirs. Audrey craignait de ne pas pouvoir remplir son rôle en fonction de la vitesse de course habituelle, mais l’ensemble des circonstances et sa volonté ont nourri un espace propice à l’accomplissement. Il s’en dégage une connivence, une complicité remplies de force et de tendresse à la fois. Un partage authentique. Le cadeau, peut-être, de la plus belle équipe à laquelle on puisse aspirer.

En début d’année, les calendriers ne se sont pas remplis, ce qui était inhabituel, mais assumé. Courir avec plaisir et voir ce que les mois apporteraient étaient écrits. Alors que le printemps a quelque peu modifié les plans de tout-un-chacun, c’est réellement ce qui s’est ancré dans la routine. Pas de plan. Sortir, simplement et apprécier le déplacement. « On s’entraîne pour les bonnes raisons, peut-être. On s’entraîne parce qu’on a envie de s’entraîner », partage Stephan. La motivation est commune et elle se partage à deux. Le groupe Vo2, une grande famille, est dispersé, mais on ne l’oublie pas.

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Retour sur l’UTMB

L’été dernier, Stephan prenait part à L’Ultra Trail du Mont Blanc : « Ça a été une expérience incroyable. Si moi j’ai couru pendant trente-neuf heures, Audrey n’a pas dormi non plus pendant trente-neuf heures ». Audrey accompagnait Stephan : « Le premier ravito, quand il est arrivé, j’ai failli lui dire « Arrêtes tout ça là. Je ne l’ai pas fait, mais j’y ai pensé ». Malgré la technicité et la difficulté du parcours, l’expérience semble avoir été grandiose. C’était un rêve, un objectif devenu réalité. Audrey n’a pas pu y courir, mais elle est heureuse d’avoir pu suivre et accompagner son homme. La fierté qui se dégage d’une gestion commune, de cet appui qu’ils s’offrent l’un à l’autre dans ce cadre comme à la vie en général inspirent encore. Au cours de cette aventure, des liens se sont tissés. Stephan raconte l’histoire de son parcours en parlant de cet espagnol avec lequel il est encore en contact aujourd’hui : « On s’est rencontrés pendant la course. Il voulait abandonner. Il avait dit à son ami ‘’Si ce canadien-là arrête, moi j’arrête’’. Moi, je n’arrêtais pas. Je l’ai motivé, sans trop savoir comment j’ai fait. Je lui ai parlé comme dans Les Boys. On s’est serrés dans nos bras et on a pris une bière ensemble après ». Ces rencontres sont uniques et elles nous marquent.

L’un comme et l’autre sont d’accord à ce sujet. Audrey mentionne : « Stephan m’inspire beaucoup. Je le vois aller et je suis tellement fière de lui, de le voir faire de belles réalisations comme ça. Ça rend de bonne humeur, s’entraîner. C’est bon pour nous tous ». Stephan fait le lien avec le dépassement de soi, la gestion du temps, la conciliation travail-famille et le fait de nourrir cet équilibre. « Il y a Pierre Lavoie que je trouve inspirant compte tenu de ce qu’il a traversé avec ses enfants. Il doit avoir six ou sept ans de plus que moi, il est vraiment en forme et il performe encore. Mais au-delà de la performance, c’est de la façon dont il le fait. Sa blonde est à ses côtés, il a toujours une bonne attitude dans les courses, il a le sourire, il respecte les gens sur les ravitos. Pour ce qu’il dégage, c’est un modèle pour moi. C’est un plaisir aussi, la course ». En passant outre la notion de performance, on met l’accent sur l’expérience, sur le plaisir et le dépassement, chacun, chacune à sa façon.

Et pour la suite?

Dans un avenir plus lointain, La Western State Endurance Run (160km) et la Diagonale des fous (165km) sont des pistes pour Stephan. Audrey parle de demi Ironman et d’une course avoisinant la centaine de kilomètres, mais elle croit avoir besoin d’y penser encore. Chose certaine : avant la cinquantaine serait l’objectif. Un cadeau garant de la santé. En attendant, le travail à la boutique Vo2 l’occupe à temps plein et Stephan navigue entre ses deux occupations. L’été s’en vient. Il portera son lot de soleil, on l’espère, au-delà de l’incertitude. Et peut-être quelques nouveaux parcours partagés à deux, en attendant de pouvoir mettre le camion – le West vert –  sur la route de l’aventure.

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Renée Hamel – En sentinelle

En sentinelle

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Posée, présente et passionnée. C’est ce qui se ressent dans le ton de sa voix, dans les images captées lors de ses périples à la course comme à la marche. Renée Hamel évolue dans l’univers du trail depuis plusieurs années déjà. Revenue précipitamment d’un périple au Chili et en Argentine, elle se raconte et raconte cette nature grandiose offrant, à ceux qui la visitent, le cadeau de l’expérience. L’émerveillement. Comme si le temps comportait, après tout, un caractère un peu relatif.

La Patagonie en  sabbatique

Alors que 2020 a pris sa lancée, Renée s’est affairée à ouvrir, à nouveau, une porte sur le Monde. Factrice chez Poste Canada, elle s’est octroyé un congé sabbatique, histoire de transposer la marche en ville en une aventure bien particulière. En mode course, elle s’est plongée au coeur d’espaces ayant attiré son attention au préalable ou encore une fois sur les lieux. Les tracés possibles en vue de réaliser des périples journaliers se sont présentés au fil des rencontres, des conversations, des découvertes. Dans un lieu où tout semble nouveau, les cartes ont été mises sur la table, littéralement, pour tracer les itinéraires.

À la fin de l’année 2019, j’ai eu l’opportunité de discuter avec Renée de ses plans. Elle envisageait parcourir plusieurs régions et s’inspirer de ce qui se faisait pour se donner de nouveaux défis, pour explorer, en solo, l’idée première étant de se donner l’opportunité de se consacrer à la passion qu’elle entretien pour la course à pied dans un cadre différent, en sortant de la routine, en se retrouvant face à elle-même et donc, à ses propres limites. Elle a ainsi fait le choix de débarquer en ville – vol intérieur direct de Punta Arenas, au Chili, pour se diriger vers une campagne assez lointaine : le parc Torres Del Paine. C’est un endroit connu, où l’on peut naviguer, dans les sentiers, sur un trajet d’environ 120 km. On ne peut pas, à l’heure actuelle, franchir cette distance sans réserver plusieurs nuits en hébergement. La réglementation en place exige la preuve des réservations, lesquelles sont normalement vérifiées par chacune des stations de garde sur le terrain en vue de réaliser ce parcours sur une période de huit jours. L’idée de Renée était de compléter le trajet, si possible, en une seule sortie. Elle transportait l’essentiel à même son sac de course. « Tout le long du parcours, c’était magnifique! Ce que j’aimais le plus, c’était d’être toute seule. Je suis arrivée à un glacier et puis j’étais toute seule à le regarder. Apprivoiser la nuit, aussi. J’ai souvent peur de me perdre et là, c’était presque impossible. Mon état d’esprit était vraiment stable. Je n’avais pas peur. Il y avait peut-être des pumas à un endroit, mais comme j’y suis passée de jour, ça allait ».

Établir un record de parcours…avec surprise!

Son deuxième projet a pris son envol à El Chalten, un petit village en Argentine. On peut y parcourir des sentiers à partir de son épicentre. Ayant complété toutes les randonnées d’une journée, elle s’est tournée vers un trajet qui se complète habituellement en un laps de temps plus long. Renée y a vu une ouverture, mais elle ne se sentait pas à l’aise de franchir les rivières et le trajet, moins bien balisé, sans accompagnement. Le campement étant souvent l’occasion de discuter, de rencontrer d’autres aventuriers, l’opportunité s’est présentée : un norvégien, Hans Kristian Smedsrod, expressément venu d’Europe pour réaliser plusieurs tracés au pays, envisageait compléter le trajet du Huemul (70 km) afin de battre le record de parcours précédemment établit. Il y avait fait une reconnaissance, était bien équipé et recherchait une personne pouvait compléter le parcours avec lui, histoire d’assurer une certaine sécurité pour l’un comme pour l’autre.

Au final, ils y auront mis quatorze heures trois minutes, établissant un nouveau record de parcours. « Ça a été magique, vraiment incroyable. À El Chalten, il y a beaucoup moins de monde et beaucoup de possibilités de sentiers, tandis qu’à Torres Del Paine, il n’y a qu’un tracé accessible. C’est peut-être un peu moins majestueux, donc, que Torres Del Paine, mais vraiment beau et tellement magique, avec un dénivelé avoisinant les 3000 m. J’étais contente de le faire avec quelqu’un, parce que je ne voulais pas me perdre et tu sais, la tyrolienne, avec un harnais, je n’avais encore jamais fait ça. J’aurais pu le faire toute seule, mais le courant de l’eau, s’encorder, c’était immense ».

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Traverser la frontière

Deux jours plus tard, Renée a enfilé son gros sac à dos pour traverser la frontière de l’Argentine au Chili à pied, soit en passant par la Careterra Austral, au Chili. Le temps estimé était de onze heures pour une distance de 36 km. Elle en a mis sept et demie, parcourant de trajet en une journée. Arrivée de l’autre côté de la frontière, elle s’est arrêtée et a déposé sa tente pendant deux jours, s’offrant un jeûne de 48 heures au passage. Elle n’avait pas prévu cette expérience au préalable, quelques surprises s’étant pointées à l’horizon, mais elle en a tiré profit et en a aussi relevé quelques apprentissages : « C’était pas tellement une bonne idée de faire un jeûne après sept heures de marche (36 km) et un soixante-dix km en montagne. J’ai vu que je me sentais fatiguée. Je sentais que je n’avais pas d’énergie. Mais je trouve ça intéressant parce que ça n’était pas dangereux, ça n’a pas mal viré et puis ce sont des expériences. Un voyage, c’est toutes sortes d’expériences. J’apprécie de voir comment je vis celles-ci, la façon dont je vais y faire face, comment je vais y réagir. Ce qui est bien quand on voyage tout seul, c’est que l’attention est portée sur soi, sur ce qui se passe vraiment. On est vraiment connecté au moment présent ».

Une semaine plus tard, ayant discuté avec plusieurs voyageurs, elle est parvenue à se rendre sur les lieux d’un nouveau parc afin de compléter un dernier parcours, soit un circuit d’environ 55km, localisé à Cerro Castillo. Il n’y avait pas beaucoup de latitude concernant la fenêtre météo et les accès pour réaliser le trajet dont on lui avait parlé. Le délai, relativement court, entre ses deux projets, la barrière de la langue et une petite fatigue ne l’ont pas empêchée de plonger dans l’aventure. Ayant été accueillie « au milieu de nulle part » – lire : une hutte en plein désert, elle s’est élancée sur un tracé qui s’est avéré, finalement, assez bien balisé. L’idée était de parcourir le sentier en s’y collant, le plus possible, tout en réussissant à voir les lagons, au nombre de trois, dont on lui avait parlé. La journée avancée, après s’être un peu perdue, le dernier d’entre eux lui a offert sa vue. C’était la dernière journée dont elle disposait, le dernier défi. Elle y aura mis onze heures, quelques détours et un grand sourire. « J’ai aimé l’inconnu, vivre avec peu, réaliser que nous n’avons pas besoin de grand chose, que c’est simple. Me rappeler, aussi, que je pouvais prendre soin de moi, bien me traiter, me laisser aller, m’écouter ».

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À chacun ses défis

Au final, elle en retient qu’il est important que chacun respecte ses défis. Qu’on ne peut pas toujours se comparer. Que lorsqu’on entreprend quelque chose, la dimension de plaisir occupe une place importante. « Comme je dis aux gens que j’entraîne, je ramène toujours ça à « est-ce que j’ai du plaisir quand je cours? » Que je fasse cinq ou dix kilomètres en une heure, c’est une question qui se pose. Je cours à une vitesse où je me sens bien. Je fais quelque chose qui me parle. C’est, encore et surtout, de respecter que chacun établit son objectif et que c’est correct. Qu’il n’y en n’a pas un qui soit meilleur que l’autre ». La variété des expériences, que l’on parle de course ou d’autre chose, demeure impressionnante et inspirante, bien entendu, mais son essence se loge dans la façon dont elles résonnent pour chacun et chacune d’entre nous.

Le retour aura été marqué par le choc et le décalage quant aux réactions des gens, à ce qui se dépeignait sur les visages, au passage, à l’aéroport. Des airs désespérés, des yeux à peine exposés alors que le reste est emmitouflé, une chasse aux billets d’avion pour rentrer. Par la présence, virtuelle, aidante et aimante, de son amoureux, lequel était prêt à tout pour qu’elle puisse revenir au pays.  À Québec, les rues étant vides et la quarantaine nécessaire, le temps s’écoule jusqu’au retour au travail et il laisse doucement émerger les pensées, les idées. Le voyage semble déjà loin. Mais il reviendra. Toujours.

Avec le plaisir

Avec l’imprévu

Avec les défis

 

 

Les explorateurs de l’aube

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Photo: courtoisie

Les explorateurs de l’aube

Martine Marois et Danny Landry partagent la vie à la maison comme à la course. Ils ont instauré, à même leur quotidien, une routine qui donne à ce sport un élan et qui leur permet de grandir à travers l’expérience. La complicité qui les unit est palpable. Ils s’offrent un défi comme un plaisir dont on se délecte et dont on se souvient jour après jour en l’intégrant à notre réalité. Derrière eux: la découverte de la course en sentier. Au-devant: le Tor des Géants, à nouveau. Et entre les deux, un moment pour se préparer, mais aussi pour se poser.

Devant une montagne

Leur aventure commune s’est amorcée dans le virage d’un défi sportif encadré par Martine, alors coach chez Esprit de Corps. Tous deux parents monoparentaux, l’entraînement et la montagne ont dévoilé une opportunité qui s’est avérée cruciale dans la suite des événements. Préparation, ascension et covoiturage ont tissé la trame de ce qui allait se construire dans la plus grande ouverture. Le secret? C’est la faute de la Gaspésie. C’est aussi, je crois, l’élan qu’ils insufflent à chacune des expériences qu’ils entreprennent. Ils s’entraînent ensemble aux petites heures, pendant que nombre de gens dorment encore. Le plaisir et la découverte les guident. Ils ont soif de défis qui dépassent l’entendement. On pourra d’ailleurs les considérer, maintenant, comme des habitués du tracé du Tor des Géants, un événement qui en secoue plus d’un.

Au fil des courses

Danny exprime : « On courait déjà tous les deux. Avant qu’on ne se connaisse, je courais un peu. J’avais déjà fait des demi-marathons, des trucs comme ça. Je n’avais jamais fait plus long que ça, mais je courais à toutes les semaines, j’étais très actif. Martine faisait déjà ça, elle aussi, de son côté, alors je pense que lorsqu’on a commencé à être en couple, ça s’est installé tout seul parce qu’on partageait déjà cette passion-là et on l’a développée à deux ». Chacun avait développé une aisance à la course, mais l’élément déclencheur, selon Martine, a bel et bien été la course en sentier.

À l’époque, Martine agissait notamment en tant que coach auprès de groupes de coureurs. Ce qui était, à ce moment-là, la plus longue course en sentier au Québec, l’Ultra trail Harricanna, affichait l’ouverture de ses inscriptions. Ayant été mise au défi par un coureur, Martine s’est engagée à s’inscrire et Danny aussi, motivé par l’idée d’aller explorer ses limites. Le plan initial était de franchir la distance de 65 km. À la suite d’une invitation à intégrer, sans frais supplémentaires, les rangs des partants pour le 80 km, le plan prenait une tangente un peu différente. Dans la conception qu’en avait Danny, courir 65 ou 80 km, c’était du pareil au même. Martine avait plutôt en tête : « Non, mais, c’est parce que tu n’as jamais couru de marathon… ».

En vue de réaliser ce défi de taille pour lequel ils n’avaient aucun comparatif, ils ont pris le départ de l’Ultra trail du Mont Albert afin de compléter le trajet de 42 km. Expériences un et deux en poche, heureux, mais éprouvés, ils n’ont jamais cessé de se lancer des défis en course en sentier depuis. La première année aura été une année de découverte. Danny en dit aussi : « Après ça, on a comme juste augmenté et on a été de plus en plus audacieux, même si on savait qu’on aurait pu juste travailler à améliorer nos temps. On choisissait une distance supérieure et on se disait « On verra où ça va nous mener ».

L’année suivante, quelques abandons lors de longs parcours, en course, ont eu un impact intéressant. Plutôt que de se sentir décontenancés devant le choix de mettre un terme à une expérience en cours, ils ont surtout retenu le plaisir et la joie de pouvoir identifier les points forts tout comme les dimensions à parfaire en vue de retenter le coup, d’entreprendre de nouveaux défis.

Martine a grandi en jouant au basketball, puis en pratiquant la course sur route, principalement. Danny jouait au hockey et s’est tranquillement dirigé vers la course à pied. Ils se sont retrouvés là où les chemins n’existent pas, là où il importe de faire confiance à la nature : dans les sentiers, à flanc de montagne, en se rendant jusqu’aux sommets.

Être contagieux

La course en sentier, pour Martine et Danny, est synonyme d’aventure à vivre en équipe. Ils ont convenu de progresser ensemble, en respectant le rythme propre à chacun. En se retrouvant, inévitablement, quelque part. Martine évoque : « C’est moi qui propose, tout le temps, les plans de fou. C’est moi qui vais chercher la documentation et tout ça. Une fois qu’on est sur la montagne, c’est Danny la sécurité. C’est Danny la sagesse.  On fait une superbe équipe pour explorer ». Danny ajoute qu’il ne voit pas de limites. Il se plaît à trouver des défis qui peuvent sembler insurmontables. Il en dit d’ailleurs : « Parfois, les gens pourraient dire ‘’Ben voyons, c’est complètement malade! T’as pas fait tes classes encore.’’, mais j’ai besoin de me dire

C’est infaisable, ça n’a pas de bon sens? Ok, j’y vais ». Ils sont tous deux d’accord : « C’est l’expérience qu’on va chercher. On est des gens de processus…plus que de performance ». Ils aiment en profiter, parler, aller à la rencontre des gens et rire ensemble, même – et surtout – dans les moments qui s’avèrent exigeants. Le plaisir qu’ils en retirent prend tout son sens dans la satisfaction personnelle, l’accomplissement ressenti plutôt que dans un classement. Ils ont soif d’aventure et parmi celles qui ont capté leur attention, le Tor des Géants en est une. Cette épopée, ils l’ont vécue à plus d’une reprise (une et demie pour Martine, la première se terminant au 192e km, et deux pour Danny). Entre temps, Danny s’est également senti interpellé par le triathlon et a complété un Ironman, une expérience qu’il a adorée, mais la course demeure la piste favorite.

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Les défis à venir

Le temps n’a pas usé leur volonté. Au contraire, elle est encore forte. Forte de ces expériences, forte de ces moments uniques qui peuplent leurs saisons. Martine, Kinésiologue et kinésithérapeute de formation, prépare les plans. Organisation et inspiration sont au rendez-vous afin de construire ce qui les mènera sur le parcours, jusqu’à la ligne d’arrivée, si tout va comme prévu. Ils se connaissent. Ils savent de quoi ils ont besoin. À ce propos, il y a quelques années, Martine a été diagnostiquée coéliaque. C’est un des facteurs qui auront véritablement remodelé l’entraînement ainsi que la préparation, comme la gestion de l’alimentation – un élément d’ores et déjà crucial – lors d’un événement.  Ils se préparent en courant à la frontale, aux petites heures du matin, ou encore au retour du travail. Pendant la semaine, Martine court davantage alors que Danny s’entraîne à vélo. Les weekends se construisent autour de sorties dans les Montagnes Blanches, un vaste terrain de jeu et d’entraînement.

Encore cette année, le Québec Méga Trail risque d’être à l’horaire avant l’objectif Tor des Géants. « Ma vision en lien avec cette course commence vraiment à se placer. Je sais quel est l’effort que j’ai mis et ce que j’ai à mettre de plus pour améliorer mon temps. Je suis déjà entrain de faire ce travail psychologique de préparation mentale ». Danny ajoute : « Il y a deux choses qui vont aider à ton succès : tu as l’expérience du terrain et tu as aussi une équipe de soutien ». Car, lors de cette édition, Danny agira en tant qu’équipe pour venir en aide à Martine. De son côté, il envisage compléter un défi différent, où elle l’accompagnerait, à son tour. On sent que la ligne directrice est claire et que l’énergie investie est entière. Aucune ambiguïté. Et même si le doute se levait, il irait probablement boire une tisane en attendant le prochain train. L’inspiration se lève, je crois, et elle irradie de la détermination qu’on peut ressentir dans la communication partagée par cette équipe. La complémentarité offre une latitude qui semble permettre à chacun de rayonner, d’y trouver son compte et de terminer, ici ou ailleurs, tout près de l’autre.

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Photo: courtoisie

Entre la route et la montagne

De Montréal à la Gaspésie, les années ont passé. Ils se sont rencontrés une première fois, un projet de montagne en tête et ils ont eu, je crois, cette opportunité de faire grandir un rendez-vous qui se renouvelle avec la grandeur de l’expérience, du partage qu’ils en font, des apprentissages qu’ils en retirent. Martine continue de proposer des « plans fous » et Danny s’y investi avec coeur, y trouvant sa douce vêtue d’une grande force, mais aussi en traçant son chemin avec cette passion qu’est la course en sentier. Dans la lignée, des projets tels que le Tor des Glaciers sont dans l’air. Mais d’abord, place au moment. En souhaitant vivement que l’été soit synonyme d’ouverture, d’instants qui se multiplient, conduisant aux montagnes d’aujourd’hui et de demain, plein soleil.

Jessica Lange et Olivier Le Méner: une équipe de choc

Une équipe de choc

Photo: Courtoisie Jessica et Olivier

Leur rire est contagieux. Échanger un moment avec Olivier Le Méner et Jessica Lange, c’est prendre le temps de plonger au coeur d’une équipe à toute épreuve, d’un noyau qui se transpose, dans le temps, avec une constance et une volonté qui impressionnent. Ils ont chacun leur bagage et pourtant, leurs expériences de vie se fondent en un seul trésor, bien ancrées dans le quotidien.

Les débuts

Jessica a grandi dans un village où pratiquer la course à pied était plutôt marginal. « J’ai toujours été une passionnée de course à pied, dès mon plus jeune âge. Dans le secteur où j’habitais, j’étais la seule à courir. C’était comme pas le sport, en plus, à ce moment-là, qui était connu et reconnu. Mais moi j’aimais ça. À travers les années, ça a été un petit peu comme un dancing. Parfois je reprenais la course. Parfois j’arrêtais ». Se remettant tout d’abord à courir pour accompagner Olivier alors qu’ils venaient de s’installer au Québec, elle ne s’est jamais arrêtée depuis.  À la base, elle a toujours aimé la vitesse. « Après, j’ai commencé à faire un peu plus de longue distance en accompagnant Olivier en trail. J’ai toujours fait de la course sur route. Le trail était donc très, très nouveau pour moi. J’ai commencé à le suivre un petit peu et il est vrai que j’aime beaucoup l’environnement et c’est de là que j’ai commencé à faire un petit peu plus de longue distances ».

Olivier, à grands renforts de confiance, relate son expérience de vie en tant que militaire : « J’ai réussi à entrer dans l’armée – j’avais emmené Jessica, je lui avais fait quitter son travail. J’étais persuadé que j’allais entrer dans la marine et en fait, j’étais entrain d’échouer à mes tests de course. J’avais un 8 km à faire en trail et arrivé à cette sortie, je me suis foulé la cheville le long d’une rivière ». À ce moment-là, Olivier croyait s’être perdu le long du parcours. Puis un ami est arrivé, derrière lui, et lui a offert de l’aide en portant son sac. Il ajoute : « Tu sais, ça pesait 15 kilos. Et là, j’ai allumé. Le cerveau a dû déconnecter. J’ai oublié ma douleur, je l’ai suivi, j’ai avancé, puis il m’a redonné mon sac. On a fini ensemble et j’ai réussi à être pris dans ces classes-là, à suivre la formation que je voulais tant suivre ». Il s’est toujours entraîné depuis. L’entraînement a fait partie de son quotidien et c’est ce qu’il s’applique à transmettre, jour après jour, auprès de ses clients, des athlètes, de ses collègues, de sa famille.

Ce qui les relie

À l’écoute de Jessica et d’Olivier, je me sens attendrie par la force de la communication qu’ils entretiennent et par la façon dont ils en font un langage commun. On peut sentir que les chemins les ont fait grandir et qu’ils ont en main tout un bagage pour courir à travers la vie. Outre trois beaux enfants, tout aussi éveillés, curieux et actifs qu’eux, ils ont donné vie à une passion qui s’est construite au fil des défis.

Originaires de France, ils sont arrivés au Canada avec le désir de s’y installer. La transition aura été un moment bien particulier, comme Olivier était pris par le travail…et la poutine! Reprendre du mieux, physiquement parlant et garder la forme ont été des facteurs déterminants pour la suite, pour le rythme qu’a adopté la famille, pour pouvoir accompagner Jessica dans ses projets, elle qui s’était aussi remise à la course entre temps, histoire de retrouver son homme et de le suivre dans sa routine. Olivier, qui se décrit comme un coureur social, évolue dans le monde de la course en appréciant particulièrement soutenir des gens, les aider à atteindre leur plein potentiel. C’est un peu ce qu’il vit maintenant avec Jessica, en prenant soin de l’épauler dans sa démarche et de la suivre, peu importe le rythme qu’elle choisira d’adopter. Il exprime : « Je serai toujours à ses côtés. Quand on a des sorties ensemble, c’est vraiment, pour moi, une sortie ensemble. Je la consacre à ce que Jessica soit à son rythme. Qu’on puisse discuter si elle en a envie. Ou alors si elle me dit « On force un peu plus aujourd’hui« , on y va. C’est d’ailleurs pour ça que je m’entraîne fort. Pour pouvoir accompagner tout le monde dans différents types de sorties ».

Les défis qui suivront

À l’heure actuelle, Olivier et Jessica courent surtout en mode endurance. Olivier ajoute : « On est plus en mode discussion. C’est comme une réunion de couple, ces sorties, maintenant. On refait et on discute de nos projets. En fait, on passe du temps de couple de qualité quand on prend ces temps de sortie alors qu’avant, justement, le fractionné et tout…courir avec la montre…On poussait plus la machine, alors on avait moins de temps pour nous deux ». Ce sont des moments qu’ils partagent parfois aussi avec leurs filles et ceux-ci revêtent un caractère tout spécial. Il s’agit d’une conception différente de la course, centrée sur les moments agréables et actifs qui peuvent être partagés.

Au fil des sorties, les projets sont nombreux et ils émergent de ces discussions qu’ils partagent. La course les amène plus loin. Elle transporte la réflexion et nourrissent les rêves qui deviennent des objectifs. Plus ils cheminent, plus leurs chemins semblent se rapprocher. Olivier gère l’Ultra Trail Académie et développe les tuques Owl Active alors que Jessica construit à partir de ce qu’elle souhaite transmettre sur les plans psychologique et physique.

De fil en aiguille

Inspirés par de nombreuses personnes, par ce mode de transport qu’est la course, ils tissent leur avenir. Olivier parle de Florent Bouguin : « Il me pose plein de questions, notamment à propos de mon avenir professionnel…tout ça en courant. Il m’encourage énormément dans ce que je fais, dans les projets que je monte pour le trail. C’est important aussi pour lui, la communauté. On a des valeurs qui sont assez proches, donc je pense que c’est pour ça qu’on se retrouve assez souvent ». Jessica, de son côté, pense à Serge Girard : « C’est un français qui s’est mis à la couse à pied vers l’âge de quarante-cinq ans. En fait, il a fait le tour du monde en courant. C’est un grand inspirateur, avec beaucoup d’humilité. Il m’a raconté son histoire. C’est important pour lui de ne pas donner de conseils. Il m’a raconté sa façon de faire, qui m’a d’ailleurs beaucoup aidée pour mes vingt-six marathons ».

L’année qui se dessine apporte avec elle ses projets qui appellent à être développés et dévoilés. Pour l’équipe de choc, la course transforme le quotidien et les place dans une dimension où l’action prédomine. « On est dangereusement ambitieux! », ajoute Jessica. De ces dix à quinze heures consacrées à la course, un bouquet de créativité et de précieux échanges voient le jour. Ce sont ces moments qui contribuent à créer autant de souvenirs qu’un avenir où tout peut être possible.

Ces couples qui courent – Anne Bouchard et Sylvain Rioux

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Photo, courtoisie, Anne Bouchard et Sylvain Rioux

Anne Bouchard et Sylvain Rioux font partie de ces personnes que l’on croise et dont on se souvient. La CCC, l’UTMB, le North Face Endurance Challenge, le QMT et la Gaspésia 100 font partie des courses qui les ont vu courir, gagner, supporter et former une équipe incomparable.

« Je me disais que pour la séduire, je devais la faire rire.  Mais à chaque fois qu’elle riait, c’est moi qui tombait amoureux ».

Tommaso Maria Ferrari (1649, 1716)

Au bout du fil, Anne et Sylvain parlent en voix complices. Ils ont pris un moment, un vendredi soir, afin de discuter à propos de course et de couple. L’ouverture et la simplicité, dans la communication, sont désarmantes.  D’entrée de jeu, Anne confie qu’il y a des zones qu’ils partagent et d’autres qu’ils ne partagent pas. Les routines semblent établies pour durer. C’est d’ailleurs ce qui se dégage de leur union. L’ultramarathonienne et le duathlète ont trouvé une recette qui résonne pour eux.

La course et son noyau

Près de treize ans après leur première rencontre, Anne et Sylvain, respectivement âgés de 45 et 46 ans, construisent encore en conciliant les entraînements, la vie de couple et la vie de famille. Leurs deux enfants font partie de cette équipe de choc. Ils apprennent en suivant leur propre voie, entourés de parents qui sortent de l’ordinaire et qui se permettent de vivre ce qui les passionne. Anne introduit le sujet en mentionnant : « Je n’étais pas une sportive du tout. Je n’avais jamais fait de sport d’endurance. C’est Sylvain l’athlète, le coureur en fait. C’est un duathlète, il a fait six championnats du monde et la course à pied, il connait ça. Moi, je suis un fille de montagne. Je viens du milieu de l’escalade. Et quand j’ai découvert le trail running, c’est devenu mon nouveau défi ».

La flamme de la course en sentier avait été allumée. Anne l’exprime de façon convaincue en mentionnant que pour Sylvain, le déclic n’avait pas été si soudain. Il le dit d’ailleurs en rapatriant ses souvenirs : « J’ai grandi en Abitibi. Mon père est un travailleur forestier. Il partait travailler en chantier et quand il revenait, il était super en forme. Il gardait sa forme en allant courir, comme il courait des 10 km quand il avait une ou deux semaines à la maison. Mon père, c’était mon idole, mon modèle. J’allais courir de temps en temps avec lui et c’est comme ça que j’ai accroché à ce sport-là ». Pour Sylvain, le parcours s’est tissé, de fil en aiguille, depuis l’école, avec ses olympiades, suivi de l’athlétisme, en passant par une ouverture vers la course sur route, laquelle lui a permis de gravir des marches et d’acquérir de l’expérience dans la discipline du duathlon (course et vélo). Le duathlon aura fait figure d’aventure s’échelonnant sur une dizaine d’années, période pendant laquelle Anne s’est éventuellement mise à la course en sentier.

Nouveaux défis, nouveaux chapitres

« Quand j’ai fini mon duathlon, je m’étais dit : je ne fais plus de compétition. Je me tiens en forme pour le reste de ma vie. C’est tout. Mais, très rapidement, j’ai vu qu’il y avait un espèce de gros vide. C’est Anne qui a ouvert le chemin du trail, puis je me suis aventuré. J’y ai vraiment pris plaisir ».

Alors que la discussion va bon train, Anne souligne que leur expérience de la course est distincte, même s’ils s’y retrouvent. Ils en parlent d’ailleurs chacun à leur tour et adressent leur vécu individuel antant que commun avec lucidité. Anne mentionne : « C’est pas une zone de grande entente, entre Sylvain et moi, la course. Tranquillement, on s’en vient sur un terrain d’entente parce qu’on a deux attitudes totalement opposées par rapport au sport. Sylvain est un gars performant. Moi, je suis une fille de bonheur ». Pas toujours facile de partager des moments d’entraînement, en course à pied, quand les optiques et les perceptions divergent!

Elle ajoute : « Depuis que j’ai un nouveau coach, j’ai cette zone de performance-là à aller toucher et c’est Sylvain qui m’amène dedans. On se rejoint. C’est limite encore et ce sont des entraînements isolés,  mais on ne va pas faire quatre heures de course ensemble ». Sylvain s’entraîne en semaine, au coeur de Montréal, dans le secteur du Mont-Royal, en sillonnant les rues qui jalonnent son parcours. Il ne sort pas beaucoup en forêt, mais y arrive en participant à différentes courses. De son côté, Anne se concentre exclusivement sur les parcours d’entraînement en sentier..ou presque! Elle court pour se rendre au Mont-Royal, pour additionner les kilomètres et fréquente la montagne, à l’extérieur de la ville, le weekend. Travaillant en collaboration avec un nouveau coach, elle applique les modifications au plan d’entraînement, lesquelle implique de marteler un peu plus fréquemment le sol des rues de ville. Chose aisée, tant pour elle que pour Sylvain, comme la petite famille est logée au coeur de la Métropole.

Conciliation, le mot magique…non sans effort!

Qui dit famille, couple et entraînement soutenu dit conciliation. C’est là que se pointe la routine. Anne explique qu’elle s’entraîne deux fois par jour. Elle se lève à 04 :30, s’entraîne, revient à la maison et s’occupe des boites à lunch avant le départ pour l’école et le boulot. Son deuxième entraînement se fait à l’heure du midi. Sylvain, quant à lui, insère ses plages d’entraînement dans son horaire de travailleur autonome : « J’essaie de bloquer deux heures à tous les jours. Ça représente un défi et des sacrifices. Entre 8h et 17h, je concilie le travail, l’entraînement et tout ce que j’ai à faire personnellement ». Le mercredi est une journée de course partagée, comme Anne et Sylvain vont s’entraîner ensemble sur piste au Centre Claude Robillard. Ces moments ont un caractère bien spécial, comme l’explique Anne : « Sur la piste, Sylvain me sort de ma zone de confort. Ces moments-là sont devenus aussi un meeting familial. Pendant le vingt minutes de réchauffement, on jase de notre planning familial, de nos enfants, de nos défis. On se fait vraiment un conseil de famille. Cet entraînement-là est devenu presque essentiel dans la conciliation de tout ça. Ça nous permet d’enfin échanger sur nos réflexion, de faire avancer le bateau de la famille ». Tous deux s’accordent pour dire que ces moments sont d’une qualité exceptionnelle.

 

Un mode de vie

Courir, pour Anne et Sylvain, fait partie d’une hygiène de vie et d’une façon de l’appliquer qui modèlent le quotidien, mais aussi la vision de ce qui suivra. D’un défi qui devait marquer la fin du parcours en course (la CCC), Anne en est venue à cibler de nouveaux objectifs : « Maintenant, les défis, je les veux, je les garde et c’est essentiel. Dans ce mode de vie-là, je ne suis tellement pas rendue encore au bout des réflexions que ça m’apporte et des réflexions que ça me fait faire en tant qu’être humain ». La course est un vecteur d’énergie et alimente les journées. Sylvain, lui, se positionne comme « un athlète réserviste ». Il s’entraîne pour se sentir vraiment en forme et choisi ses défis en fonction des possibilités, des ouvertures relativement au plan qu’Anne aura dressé pour sa saison. Tous deux estiment que son rôle de soutien en est un qui est capital et cela fait partie de ce qui cimente l’équipe. Parce qu’Anne et Sylvain travaillent ensemble lors des courses auxquelles elle participe. Ici ou ailleurs, il lui prête main forte et l’assiste, que ce soit en personne ou de façon virtuelle. L’efficacité s’allie à la complicité. Ils en ont notamment fait l’expérience alors qu’Anne se joignait à un camp d’entraînement relevé, en Europe, l’été dernier. 2020 apporte son lot de nouveaux défis et de vacances aussi. En famille, ils prennent soin de distinguer les deux. Cet été, la Canadian Dead Race et la Sinister Seven feront partie des courses auxquelles Anne participera, entourée de ses enfants, précieusement aidée par Sylvain.

Enfin…

La force d’un couple repose entre autres sur ce qui se construit et ce , dès le tout début. À l’origine de leur rencontre, les mots suivant ont été partagés par Sylvain: « Belle, brillante, sensible, extravertie, rayonnante, authentique, aventurière, talentueuse…toutes ces qualités me sont apparues lorsque j’ai rencontré Anne dans un souper d’amis communs où elle racontait des histoires de vie quotidienne et où elle m’a fait tellement rire. La femme de mes rêves était apparue. C’était un ressenti très fort, inexplicable. Quelques années plus tard, nos chemins se sont recroisés et l’aventure a commencé. Premier rendez-vous…à courir au Mont-Royal. Le coq, à son apogée athlétique, se rend compte qu’Anne suit le rythme avec aisance pendant 50 minutes alors qu’elle n’est pas coureuse du tout! Treize ans plus tard, cette même fougue, profondément humaine, ne la lâche pas et j’adore »! De l’un à l’autre, la foulée s’est allongée. La confiance s’est installée, avec les défis, les projets. Et ils courent encore.

Un grand et doux merci à Anne, à Sylvain et aux enfants pour le partage et pour l’inspiration. Quatre plumes en mouvement qui en inspireront encore bien d’autres!