Caracoler dans les Barrancas Del Cobre

L’Ultra Run Raramuri est une course regroupant une trentaine de coureurs expérimentés sur un parcours totalisant près de 200km, dans la région des Barrancas Del Cobre, dans l’état de Chihuahua, au Mexique. Quinze d’entre eux proviennent de la tribu des Tarahumaras, douze autres de l’Europe et trois du Canada. Sa complexité tient de l’atitude (2400 mètres en moyenne), de la chaleur (40 degrés Celsius au thermomètre), de son dénivelé (10 000 mètres en positif seulement) ainsi que la nécessité de parcourir son trajet en autonomie sous la barre des soixante heures.

Introspection pré-départ

Entreprendre une aventure peut s’apparenter au fait de tracer le chemin d’une vie: on en revient inévitablement transformé, pleinement connecté à son coeur, à tous les messages que l’Univers et lui nous envoient, comme aux chemins des possibles. Ceux auxquels nous faisons peut-être la sourde oreille lorsque la marée du quotidien va et vient. Le périple qui vient de se terminer n’y fait pas exception.

Loger chez Lolita, dans la région des Barrancas Del Cobre, au Mexique, après avoir atteri à Chihuahua, nous enveloppe à quelques 2400 mètres d’altitude. Le petit groupe que nous constituons se complète avec l’arrivée de treize coureurs Raramuris et c’est en trois langues (français, anglais et espagnol) que nous assistons à la rencontre d’avant-course. Ce qui nous attend: quelques 190 kilomètres à parcourir en altitude et en zones semi désertiques, un tracé où il faut être en mesure de bien naviguer (déceler le parcours à vue), 40 degrés Celcius au thermomètre (ressenti: bien davantage), un maximum de 60 heures pour compléter le trajet et une gestion de course principalement en autonomie.

Celui ou celle qui s’apprête à courir héberge en son sein des attentes, des anticipations, des appréhensions, mais aussi quelques espoirs, accompagnés de désirs, à la veille d’un départ. L’opportunité de nous côtoyer les uns les autres et de partager un moment unique amplifie la résonnance, comme la portée de ce qui nous tient, j’en suis certaine. Chacun semble prêt à composer avec ce qui se dessine. J’éprouve une certaine fébrilité, à quelques heures d’une nouvelle journée. Les sacs ont été mis en circulation. Je n’ai pas de montre qui affiche le tracé et mes chaussures d’ultra ont été égarées pendant le vol d’avion. Convaincue que ça ira, je fais l’éloge de la paire qui m’accompagnait dans la cabine des passagers, en transport.

Partir entre deux souffles

Notre départ me paraît festif et bien que l’anxiété et/ou l’effet de l’altitude se ressentent au cours des premiers kilomètres parcourus, j’ai le sourire aux lèvres. Je me suis tellement demandé si j’arriverais à y être que ce moment se vit tel un rêve éveillé. Nous n’avons eu qu’une journée d’acclimatation avant de nous élancer, mais qu’à cela ne tienne: c’est ici et maintenant que les ailes s’ouvrent. L’anxiété, puis la tête fragile font place à l’amorce de descentes et de montées qui s’alterneront pendant des dizaines de kilomètres. Dans un moment d’hébétude, je réalise que nous avons entraîné avec nous trois des cabots du village. Je cours en compagnie de Jean-Philippe, empruntant des tracés qui ne font pas partie du trajet. Quelques ascensions improbables (parois rocheuses) nous demandent un temps précieux et je m’étonne, chaque fois, de voir la petite troupe nous suivre avec autant d’enthousiasme.

Au détour d’une zone très touffue, Jean-Philippe n’est plus visible. Je lance quelques indications en souhaitant qu’il puisse trouver le bon embranchement et je poursuis rapidement, car le besoin en eau est criant. L’arrivée au premier point de contrôle se fait en catimini. Une petite zone dégagée, où se trouvent quelques membres de l’organisations, quelques bénévoles et mon sac de provisions, m’offre un moment de ressourcement avant de repartir, repas en main, pour la suite. Dix minutes suffiront avant que je ne m’égare à nouveau. Les chiens semblent m’indiquer où aller et c’est avec leur flair que je finis par retrouver la trace qu’il convient d’emprunter. En chemin vers les canyons, je recroise éventuellement Jean-Philippe, lequel semble avoir pris la mauvaise direction. Nous poursuivons en équipe et c’est dans cette veine, avec une chaleur assez intense, que nous parcourons le tracé jusqu’au pied des canyons, le cours d’eau tant attendu. Dans un espace où l’eau se fait rare, toute source pure m’apparait comme un miracle. Nous débouchons sur les lieux et rejoignons le cours d’eau pour remplir nos gourdes, mouiller nos vêtements, puis laisser les chiens se baigner. Vaches et chèvres de montagne trouvent aussi le chemin de l’eau. Le débit es faible, mais sa fraîcheur, comme l’hydratation qu’elle nous offre, sont salvateurs. Au-devant, Olivia, une autre coureuse du groupe, est en train de se rafraîchir. Nous entamons bientôt la traversée en sa compagnie. Une nouvelle ascension se dessine et nous savons qu’elle risque de s’avérer corsée. Bon point: le jour se fatigue, ce qui nous permet de bénéficier d’une atmosphère plus agréable. À six- trois humains et trois chiens – nous gravirons donc le cayons jusqu’au deuxième point de contrôle.

Du deuxième au troisième point de contrôle

Nous croisons, à proximité du sommet, Vanessa et Jérôme. Là haut, le village est endormi, mais l’un des bâtiments laisse filtrer la lumière de même que le son de quelques voix. Les chiens s’affaissent à la porte et nous entrons pour y retrouver Thierry, un autre coureur, malade. Jean-Philippe choisis de tenter le sommeil alors que je repars avec Olivia, repue, dans la presque fraîcheur de la nuit. Le sentier qui nous conduit au PC3 est parsemé de cactus et la descente me fait sourire. J’y perds pratiquement ma frontale, accrochée aux extensions de l’un d’entre eux. Nous croisons ponctuellement un groupe de quatre à six coureurs Raramuris, parfois allongés, parfois assis, souffrant de malaises et de fatigue. L’ascension s’avère longue et ardue, compte tenu de l’heure avancée. Au petit matin, l’arrivée au PC3 me fait soupirer. L’un des chiens nous suit encore, ce qui me sidère, et je lui offre une barre protéinée avant de demander à l’équipe du PC de lui remettre un bol d’eau. Nous nous assoyons, puis nous allongeons brièvement dans la maison d’ainés de la communauté, encore endormis à même l’unique lit sur pattes de la pièce, tout habillés. Je n’ai plus trop idée du temps qui passe, ni de l’état de mes pieds (j’ai décidé de nier la douleur qui s’en va croissante). Je refuse d’ailleurs que l’on m’enlève mes souliers. Nous repartons avec la lumière du jour. Le rythme est lent.

Entre le PC3 et le PC5

Naviguer entre le PC3 et le PC4 est une histoire de grande chaleur, encore une fois. Chaque petite flaque d’eau stagnante est un prétexte pour inviter le chien qui nous suit encore à y plonger. Éventuellement, je constate qu’il s’arrête chaque fois qu’une zone d’ombre se présente devant nous. Le sentier devient une route carrossable où les véhicules passent très rapidement. Je valide le trajet avec les informations que j’ai en poche, puis la carte logée sur mon téléphone cellulaire. Nous approchons du lieu d’arrêt. Quelques habitant nous saluent, ici et là, le long du trajet et nous achetons un jus frais au passage. À ce stade, notre compagnon canin refuse de boire et sursaute quand je l’asperge. L’arrivée au PC4 se fait en catimini (urgence toilette). Le plan: laisser le chien au repos et repartir en douce. Nous avons parcouru plus de 100 km avec lui et j’espère, de tout coeur, qu’il ne tentera pas de nous suivre plus loin. Repartir est synonyme d’entreprendre une bonne portion de route, de terre d’abord et bétonnée ensuite. La chaleur en est à son point culminant de la journée. La douleur ressentie au contact de mes pieds sur le sol aussi. J’ai la confirmation que les ampoules sont nombreuses. Une à une, elles se mettent à exploser et me font figer un instant. Olivia avance en ligne droite ou enfin, en suivant les courbes alors que j’ai l’impression de sautiller de tous les côtés, en tordant mes pieds, pour laisser la brûlure passer lorsqu’elle m’envahit. Il m’arrive de prendre du retard en tentant de panser temporairement l’un ou l’autre et je reprends service en clopinant pour avancer vers l’espoir de zones ombragées.

Entre les PC 4 et 5, les surfaces d’eau sont quasi inexistantes. Notre seule opportunité de faire un remplissage et de nous rafraichir un peu est l’atteinte de l’embranchement appelé « El Churro », où un lac s’étend. Peu avant celui-ci, Olivia n’en peut plus et nous nous allongeons quelques minutes en bord de route. Pendant qu’elle ronfle, je jette un oeil à mes pieds et je me demande s’il ne vaudrait pas mieux poursuivre sans mes chaussures, idée réfutée en songeant aux déchets, aux scorpions, aux araignées et autres présents au sol. Nous repartons vers El Churro avec ma carte, car je suis déterminée à franchir les kilomètres qui nous sortirons de la route pour nous engager dans ce qui ressemble à un passage plus rural. Le lac apparaît, avec ses déchets, ses moisissures et autres. Je choisis de ne pas prendre le risque de boire cette eau, ce qui signifie gérer un seuil critique de déshydratation. Après avoir parcouru tout ce chemin sans trop boire, l’une des seules explications qui me vienne en ce qui concerne ma capacité à poursuivre avec presque rien se relie au supplément consommé (les gels Spark nutrition) et je me dis qu’ils contiennent vraiment quelque chose de magique.

Les massifs rocheux impressionnent. Le jour tombe à nouveau et le terrain se fait plus vivant. Éventuellement, mes yeux se referment d’eux-mêmes, ce qui me porte à m’allonger brièvement, peu de temps après avoir croisé un scorpion. Nous repartons positivement vers le haut. Je ne sais pas s’il est question d’heures ou de minutes, mes yeux s’ouvrant et se refermant sans que j’arrive vraiment à les contrôler, mais je constate que la route se peuple de formes de vie qui n’existent pas vraiment. Je penche inconsciemment d’un côté comme de l’autre et Olivia semble affectée de la même tendance. Nous avançons, sans relâche. Éventuellement, de réelles lumières apparaissent au loin. Il me semble voir passer une éternité avant d’arriver au PC5, en pleine nuit.

Pit stop et départ pour décrocher le PC 6, puis la finale

L’arrêt au PC 5 est bref, car il y fait très froid. Une buche auprès du feu, quelques nouilles en boite, les restes d’un sac de ravitaillement bouffé par les chiens du village (ils ont goûté à tous les sacs) et un café plus tard, nous entamons l’avant-dernière portion. Surprise: un géant noir se met à nous suivre, la queue ballotant dans les airs. Ses yeux brillent et il me fait l’impression d’un ange. Quoi que je lui dise, il refuse de rebrousser chemin. Nous continuons donc à trois, le vent dans les voiles et les cuisses glacées par le froid. Cette portions de parcours me paraît interminable, probablement en raison de la température, de mes attentes, de l’état de mes pieds et du fait que je sais qu’il s’agit du dernier point avant l’arrivée. Déboucher sur deux petites tentes, auxquelles est accolé un feu qu’entretiennent une dame vêtue de ses habits traditionnels colorés et sa fille, sourire aux lèvres, constitue un bel accueil. Le chien et moi mangeons peu; Olivia hérite donc d’une double portion de nouilles. Nous repartons d’une traite vers notre dernier objectif et je me sens confiante que le trajet sera bouclé lorsque se lèvera la troisième journée, d’ici quelques heures.

Malgré la douleur persistante, je m’accroche à l’euphorie du sentiment de proximité et nous gambadons tous trois sur le tracé, entre nature et ville, puis sur la voie ferrée. Je sautille en observant le chien avancer avec grâce et Olivier cheminer de façon déterminée. J’ai confiance. Et puis le jour tourne. J’ai mal évalué l’étendue du terrain qu’il nous reste à parcourir. La chaleur revient lentement, mais sûrement, et Olivia semble envahie par le découragement, prostrée au soleil. À ce moment, je me demande si elle choisira d’abandonner ou de poursuivre. J’ai la sensation qu’il nous faut monter encore, alors j’attends. Accompagnée de trois enfants, elle, moi et le chien prenons le petit chemin qui nous conduit plus haut. Nous consultons nos cartes à tour de rôle, puis je prends les devants, mue par un désir de compléter le trajet sans erreur supplémentaire (à nous deux, nous en avons commis quelques-unes). Le soleil plombe, nos gourdes sont pratiquement vides et nous ne mangeons à peu près plus. Ne laissant aucune place au doute et à l’hésitation, j’avance. Je n’ai aucune idée de l’endroit où nous déboucherons, mais j’ai décidé d’avoir confiance et de l’imaginer comme on nous l’a décrit. Pour nous trois.

Mon téléphone affiche une mention de surchauffe à l’instant précis où nous croisons un caméraman et un bénévole à l’intersection de ce qui semble être l’un des sentiers du village. Je cherche la direction à prendre et on me pointe, en me tendant un tube d’eau, le trajet. C’est ce qu’on appelle un « go » sans concession. Olivia boit aussi, le chien est toujours vivant et nous plongeons vers la fin comme deux guerrières ou survivantes, c’est selon, bien conscientes que les barrières horaires estimées ont largement été transgressées, mais heureuses d’arriver enfin à la bannière de fin de parcours. Franchir le fil d’arrivée me permet d’imaginer ce que vivent les raideurs lorsqu’ils complètent une aventure en autonomie, en s’orientant par eux-mêmes, en zone inconnue. Nous l’avons fait. Envers et contre tout

Photo: Théo Schmitt

Partager quelques accolades, m’asseoir et découvrir que j’ai encore deux pieds font partie des joies qui suivent le cours des choses. En répondant aux questions de ceux qui m’entourent, je réalise que je me sens accomplie malgré tout, même si je n’ai pas réussi à parcourir le trajet tel que je l’aurais voulu. L’aventure me nourrit. Tous trois au repos, cabot inclus, nous profitons de l’instant. Je sais bien, en observant au-dehors, tout autour, comme au-dedans, que cette histoire m’aura transformée. Que son oeuvre est à peine entamée. Il y a tant à raconter. Et même si j’ai pensé, quelques fois, ne plus jamais courir, je sais pertinemment que j’ai envie d’explorer encore, de découvrir à nouveau. Je croyais avoir compris ce que représentait l’ancrage depuis un petit moment, pourtant, en cet instant précis, je ressens qu’il s’agit de beaucoup, beaucoup plus que ce que je pouvais concevoir. Ressentir la Terre, si grande et si petite à la fois, m’offre un cadeau inouï: celui de perspectives et d’histoires que je n’avais pas encore devinées.

Le géant noir au repos

Constats:

1- J’ai choisi l’aventure humaine – et animale – avant la performance et je l’ai fait de façon 100% assumée.

2- Même si je m’étais entraînée à la chaleur, au Québec, je n’étais pas prête à un écart de température de près de 50 degrés.

3- J’ai encore besoin d’entraînement en altitude.

4-Expérience ultra concluante en ce qui concerne ma stratégie alimentaire, ce qui est exceptionnel en soit.

5-Je me demandais, dernièrement, s’il ne vaudrait pas mieux cesser de courir pendant un certain temps, compte tenu de ma condition, mais il semble que j’aie encore beaucoup à vivre en ce domaine!

6- Voyager pour partir à l’aventure fait partie de mes essentiels.

*À suivre et à découvrir plus amplement dans le cadre d’un ouvrage consacré entre autres à ce périple.

**Un merci cosmique à tous les membres du groupe:

L’ensemble des participants: la quinzaine de coureurs Raramuris, dont Celestino et ses aînés, Vanessa Moralès, Julien Chorier, Christophe Dain, Jérôme Chauvin, Olivia Durocher, Jean-Philippe Lefief, Thierry et Isabelle Corbarieu, Théo Schmitt, Pavel Panloncy, Johan Steen, Gérard Segui, Bernard Monin, Anne Genest et Joan Roch.

Les membres de l’organisation et leurs collègues: Jean-François Tantin, Romain Granjon, Simon Guignard, Paul BW, Octavio, Chouille, Rafaela, les ambulanciers, Lolita et sa famille, nos chauffeurs enflammés.

***Et merci enfin à tous ceux et celles qui ont contribué à faire de cette aventure une réalité: Marianne, Chantale, Izna, Arielle, Linda, Jean-Paul, Josée, Bastien, les chats de la maison. C’était tout un défi en soit!

La sensibilité / Sensitivity

Prendre le pouls de sa sensibilité pour y laisser atterrir sa présence et respirer ce qui a besoin de faire son chemin avant d’émerger, de se couler dans la terre, de s’ancrer ou peut-être encore de s’envoler.

Souligner la valeur d’un moment qui n’existe qu’une fois, en de multiples dimensions, et croire qu’on peut lui offrir la dignité, le respect et l’attention qu’il mérite pour qu’il soit, tout simplement, avec soi.

Peu importent les croyances, peu importent les absences ou les divergences

Tracer une voie, dans la simplicité, et cultiver son jardin intérieur pour, peut-être, donner naissance à la reconstruction de celui qui nous entoure, de tous ces petits et plus vastes mondes qui attendent une conscience à laquelle nous ne nous sentons pas toujours reliés.

En saisir l’occasion, c’est aussi se poser. Ne serait-ce que pour l’un de ces instants. Les modalités nous permettant de développer nos aptitudes en ce sens semblent s’être multipliées au cours des dernières décennies, alors que nombre d’entre elles existaient déjà, dans un espace de secret relatif. Peut-être ne nous paraissent-elles que plus accessibles maintenant qu’il y a cent, deux cent ou même mille ans. Nos voies de communication en ont facilité l’accès. Tout comme les bouleversements, qui nous remuent parfois au point de considérer, comme on le ferait en cas de crise, de traumatisme, de passage, des avenues que nous n’emprunterions pas à première vue.

Il y a plus de vingt ans, j’ai plongé: des arts visuels au Falun Dafa (image) en tendant la perche vers le QI Gong, du Reiki aux Kirtans dans un ashram, en passant par la méditation pleine conscience, la respiration, le travail de vision et de connexion, pour renouer avec la danse, la course, etc. L’ultime source de rappel à la vie, en ce qui me concerne, demeure la nature, l’environnement sauvage, le calme des espaces où la conversation se fait autrement. C’est en partie ce qui m’a permis de reprendre le fil d’une conversation avec cette vie, de communiquer au-delà des silences, d’étendre ce désir que j’ai de dire, de faire lumière, d’encourager la clarté, l’authenticité, la transparence. Oui, il arrive que ce soit inconfortable. Oui, ça peut déranger. Des portes se ferment, d’autres s’ouvrent et les coins d’ombre propices à dissimuler disparaissent peu à peu. Soit.

Choisir de vivre, à mes yeux, implique de s’habiter pleinement pour soi-même, d’apprendre à grandir avec chaque rite de passage, de faire amende honorable, en toute humilité. Choisir de vivre, c’est faire l’offrande de soi au monde, à sa façon, afin que nous puissions construire encore. Prendre soin, générer la communication, prendre conscience de nos jugements, développer, faire face aux tabous, entendre et écouter, accueillir, être, aussi pleinement que possible en la circonstance.

Je tomberai, nous tomberons encore.

Et nous nous relèverons. Dans mon imagination, avec des racines, avec des ailes, pour témoigner à notre monde la gratitude d’exister dont il nous a fait cadeau. Dans mon imagination, le cœur grand ouvert et les yeux empreints de cette profondeur qui nous permet de naviguer plus loin.

Ici, ailleurs

Abitibi, à 27 ans, photo: J. Audy

To take the pulse of our sensitivity in order to let a presence land there and breathe in what needs to make its way before emerging, to sink into the earth, to ground with it or perhaps to fly away.

To underline the value of a moment that exists only once, in multiple dimensions, and to believe that we can offer it the dignity, the respect and the attention it deserves so that it is, quite simply, with us.

No matter the beliefs, no matter the absence or divergence of them

To trace a path, in simplicity, and to cultivate our inner garden in order, perhaps, to give birth to the reconstruction of that which surrounds us, of all those small and larger worlds awaiting a consciousness to which we do not always feel connected.

Seizing the opportunity is also about taking a break. If only for a glimpse, a tiny bit of these moments. The modalities allowing us to develop our aptitudes in this regard seem to have multiplied during the last decades, whereas many of them already existed, in a space of relative secrecy. Perhaps they only appear as more accessible to us now than a hundred, two hundred or even a thousand years ago. Our means of communication have facilitated their access. Just like the upheavals, which sometimes move us to the point of considering, as one would in the case of a crisis, a trauma, a passage, avenues that we would not take at first sight.

Over twenty years ago, I dove from visual arts to Falun Dafa (image) to QI Gong, from Reiki to Kirtans in an ashram, to mindfulness meditation, to breathing practices, vision and connection work, dance, running, etc. The ultimate reminder of life, as far as I’m concerned, remains nature, the wilderness, the quiet of spaces where conversation happens differently. This is part of what has allowed me to pick up the thread of a conversation with this life, to communicate beyond the silences, to expand this desire I have to say, to shed light, to encourage clarity, authenticity, transparency. Yes, it can be uncomfortable. Yes, it can be disturbing. Doors close, others open and the shadowy corners that are conducive to concealment disappear, little by little. So be it.

As I see it, choosing to live, implies living fully for oneself, learning to grow with each rite of passage, making amends, with humility. To choose to live is to offer ourselves to the world, in our very own way, so that we can build again. To care, engage communication, become aware of our judgments, develop, face taboos, hear and listen, welcome, be, as fully as possible in the circumstance.

I will fall, we will fall again.

And we will rise, somehow, too. In my imagination, with roots, with wings, to show our world the gratitude for having been given a life to grow. In my imagination, with our hearts wide open and our eyes filled with the depth that allows us to sail further.

Here and everywhere else

Humility and Pride / Humilité et fierté

As December goes by/ Alors que décembre s’achève

I’ve been thinking a lot lately about pride, wondering if I could associate it with some events, realisations or else written in my life trajectory. When I spent time reflecting on that word, the only thing coming to my mind was that I felt happy and grateful to be alive, to have had the blessing of birthing two children and to be still able to grow alongside of them. Pride was not really part of the map. So I got back to my readings, and following this concept, I also read about humility. It struck me. As if all we went through was suddenly helping me contemplate some parts of the whole picture:

« Humility comes from the Latin word humilitas, meaning groundedness. Humility is quieter but more genuine and ultimately more powerful than hubris. And – as with pride – we’ve got a lot of it wrong. Humility is openness to new learnings combined with a balanced and accurate assessment of our contributions, including our strengths, imperfections and opportunities for growth.

The emotion of humility involves understanding our contributions in context, in relation to both the contribution of others and our own place in the universe. It’s different from pride in that when we feel pride, we focus entirely on the positive aspects of a specific accomplishment (which can still be healthy and productive). Humility allows us to admit when we are wrong – we realize that getting it right is more important than to « prove » that we are right. »

Brené Brown

It felt like home. I haven’t found answer to everything neither would I pretend to get the whole picture, but getting that piece back gives meaning to this ongoing need of deepening thoughts, observations, spoken and written words, to give groundedness the permission to show up with its name: humility. Humbling and powerful, like the simple fact we breathe, move and communicate day after day after day.

J’ai beaucoup réfléchi ces derniers temps à la fierté, me demandant si je pouvais l’associer à certains événements, à quelques prises de conscience ou autres bagages de ma trajectoire de vie. Lorsque j’ai pris le temps de réfléchir à ce mot, la seule chose qui me venait à l’esprit était que je me sentais heureuse et reconnaissante d’être en vie, d’avoir eu la bénédiction de mettre au monde deux enfants et d’être encore capable de grandir à leurs côtés. La fierté ne faisait pas vraiment partie du tableau. J’ai donc repris mes lectures, et en explorant ce concept, j’ai croisé le chemin de l’humilité. J’en ai été frappée. Comme si tout ce que nous avions vécu m’aidait soudainement à contempler certaines parties de l’ensemble du tableau :

« L’humilité vient du mot latin humilitas, qui signifie ancrage. L’humilité est plus discrète, mais plus authentique et finalement plus puissante que l’orgueil. Et – comme pour l’orgueil – nous avons souvent tort. L’humilité est une ouverture à de nouveaux apprentissages combinée à une mesure équilibrée, précise de nos contributions, y compris nos forces, nos imperfections et nos opportunités de croître.

L’émotion de l’humilité implique de comprendre nos contributions dans leur contexte en lien à la fois avec la contribution des autres et avec notre place dans l’univers. Elle diffère de la fierté en ce sens que, lorsque nous ressentons de la fierté, nous nous concentrons entièrement sur les aspects positifs d’une réalisation spécifique (ce qui peut aussi s’avérer sain et productif). L’humilité nous permet d’admettre que nous avons tort – nous réalisons qu’il est plus important de bien faire les choses que de « prouver » que nous avons raison. »

Traduction libre

La sensation d’être à la maison s’est installée. Je n’ai pas trouvé réponse à tout et je ne prétends pas non plus avoir une vue d’ensemble, mais le fait de recoller ce morceau donne un sens au besoin constant d’approfondir les pensées, les observations, les mots parlés et écrits, afin de donner à l’enracinement la permission de se manifester par son nom : l’humilité. Humble et puissante, tel le simple fait que nous respirons, bougeons et communiquons jour après jour, après jour.

Silence

December ninth -Neuf décembre- Calendrier de l’avent / Christmas Calendar

« Pour prendre de la distance vis-à-vis des événements, nous avons besoin de solitude et de silence. Mais nous en avons souvent peur. Le vrai silence est celui que l’on retrouve au fond de soi. Vivre dans le silence ne sert pas à grand chose si notre esprit est agité. »

« To distance ourselves from events, we need solitude and silence. But we are often afraid of it. True silence is one we find deep inside ourselves. Living in silence is useless if our mind is restless. »

Frédéric Lenoir / Traduction libre

Un silence pour ressentir les mots, ceux qui sont porteurs de sens, ceux qui respirent avec le temps pour en faire un espace qui ne se quantifie pas. Ces mots qui résonnent, ils poussent. Puis, au bout d’un silence, ils construisent un pont. De silences en mots, en images, la vie existe.

A silence to let the words appear, those carrying meaning, those breathing hands in hands with time, creating unquantified space. These word, grow as their echo sings. To the end of a silence, a bridge is built. From silences to words, to images, life exists.

L’âme et la course

L’âme et la course, un pont entre les vies, entre les réalités, les rêves et les aspirations. Être présent à soi, à son pas, à son coeur, à son corps, mais aussi et surtout à son âme. Mystère, énigme, vie, mouvement.

L’âme et la course, c’est le mariage entre ces moments qui nous font vivre le doute, ceux qui nous parlent profondément, ceux qui nous interpellent et qui nous font grandir. Synonymes de tous les parallèles qu’il nous appartient de vivre un peu, beaucoup, passionnément.

À la vie comme à la course, c’est habiter l’espace et se lover dans les bras du temps pour avoir une idée plus claire de ce que peuvent représenter ces possibilités. En faire des projets, rêver encore et partager ce qui nous anime. Pour que vibre l’âme, pour que s’éclaire la course.

Dans le mouvement, dans une foulée, dans un souffle se présentent toutes les occasions de mettre quelque chose ou quelqu’un au monde. Un geste qui pouvait sembler mécanique se transpose alors en pont, moyen le plus direct pour faire le lien. Ce lien entre les dimensions qui nous composent, entre l’avant et l’après, entre le soi qui bouge et le soi profond. L’inconscient, le subconscient, l’ici et l’au-delà, pour paraphraser. Et si nous ne percevions qu’une infime partie de ce qui nous est offert, de ce qu’il nous est possible de réaliser?

Se donner la permission de rêver autrement. Parce que les portes qui sont les nôtres n’ont pour seules serrures que celle que nous pensons avoir posées. Pensons encore, en accord avec ce qui nous anime vraiment, avec ce qui permet à nos pieds d’avancer en cadence, de rejoindre nos souffles et de tracer un parcours parfois balisé, parfois dépourvu de repères. Chaque pas raconte une histoire. Chaque mot raconte une empreinte.

Engager un pas et choisir d’avancer, c’est prendre conscience que ce que nous faisons et ce que nous ne faisons pas fait une différence dans nos vies, dans la vie de ceux et celles qui nous entourent, comme de gens dont nous ne savons rien. S’engager envers soi-même, d’âme en coeur, en y reliant le corps, transforme une vague en océan propice à donner la vie, à s’étendre bien au-delà de nos frontières.

D’âme en coeur, en y reliant le corps, pour rejoindre la course, nos existences, ce qui nous anime et allumer ces étoiles qui naviguent dans nos yeux. Parce que c’est à travers elles que nos langages s’unissent, se fondent, deviennent Un. Là où tous les chemins convergent, où l’océan prend place, où nos réalités tissent l’harmonie, la passion, l’amour de vivre, d’être, de partager, en toute chose…

« Derrière tout être humain se cache une énigme que l’on a envie de découvrir. Et si l’amour naissait de cette curiosité que suscite le mystère de l’autre? »