Humility and Pride / Humilité et fierté

As December goes by/ Alors que décembre s’achève

I’ve been thinking a lot lately about pride, wondering if I could associate it with some events, realisations or else written in my life trajectory. When I spent time reflecting on that word, the only thing coming to my mind was that I felt happy and grateful to be alive, to have had the blessing of birthing two children and to be still able to grow alongside of them. Pride was not really part of the map. So I got back to my readings, and following this concept, I also read about humility. It struck me. As if all we went through was suddenly helping me contemplate some parts of the whole picture:

« Humility comes from the Latin word humilitas, meaning groundedness. Humility is quieter but more genuine and ultimately more powerful than hubris. And – as with pride – we’ve got a lot of it wrong. Humility is openness to new learnings combined with a balanced and accurate assessment of our contributions, including our strengths, imperfections and opportunities for growth.

The emotion of humility involves understanding our contributions in context, in relation to both the contribution of others and our own place in the universe. It’s different from pride in that when we feel pride, we focus entirely on the positive aspects of a specific accomplishment (which can still be healthy and productive). Humility allows us to admit when we are wrong – we realize that getting it right is more important than to « prove » that we are right. »

Brené Brown

It felt like home. I haven’t found answer to everything neither would I pretend to get the whole picture, but getting that piece back gives meaning to this ongoing need of deepening thoughts, observations, spoken and written words, to give groundedness the permission to show up with its name: humility. Humbling and powerful, like the simple fact we breathe, move and communicate day after day after day.

J’ai beaucoup réfléchi ces derniers temps à la fierté, me demandant si je pouvais l’associer à certains événements, à quelques prises de conscience ou autres bagages de ma trajectoire de vie. Lorsque j’ai pris le temps de réfléchir à ce mot, la seule chose qui me venait à l’esprit était que je me sentais heureuse et reconnaissante d’être en vie, d’avoir eu la bénédiction de mettre au monde deux enfants et d’être encore capable de grandir à leurs côtés. La fierté ne faisait pas vraiment partie du tableau. J’ai donc repris mes lectures, et en explorant ce concept, j’ai croisé le chemin de l’humilité. J’en ai été frappée. Comme si tout ce que nous avions vécu m’aidait soudainement à contempler certaines parties de l’ensemble du tableau :

« L’humilité vient du mot latin humilitas, qui signifie ancrage. L’humilité est plus discrète, mais plus authentique et finalement plus puissante que l’orgueil. Et – comme pour l’orgueil – nous avons souvent tort. L’humilité est une ouverture à de nouveaux apprentissages combinée à une mesure équilibrée, précise de nos contributions, y compris nos forces, nos imperfections et nos opportunités de croître.

L’émotion de l’humilité implique de comprendre nos contributions dans leur contexte en lien à la fois avec la contribution des autres et avec notre place dans l’univers. Elle diffère de la fierté en ce sens que, lorsque nous ressentons de la fierté, nous nous concentrons entièrement sur les aspects positifs d’une réalisation spécifique (ce qui peut aussi s’avérer sain et productif). L’humilité nous permet d’admettre que nous avons tort – nous réalisons qu’il est plus important de bien faire les choses que de « prouver » que nous avons raison. »

Traduction libre

La sensation d’être à la maison s’est installée. Je n’ai pas trouvé réponse à tout et je ne prétends pas non plus avoir une vue d’ensemble, mais le fait de recoller ce morceau donne un sens au besoin constant d’approfondir les pensées, les observations, les mots parlés et écrits, afin de donner à l’enracinement la permission de se manifester par son nom : l’humilité. Humble et puissante, tel le simple fait que nous respirons, bougeons et communiquons jour après jour, après jour.

Silence

December ninth -Neuf décembre- Calendrier de l’avent / Christmas Calendar

« Pour prendre de la distance vis-à-vis des événements, nous avons besoin de solitude et de silence. Mais nous en avons souvent peur. Le vrai silence est celui que l’on retrouve au fond de soi. Vivre dans le silence ne sert pas à grand chose si notre esprit est agité. »

« To distance ourselves from events, we need solitude and silence. But we are often afraid of it. True silence is one we find deep inside ourselves. Living in silence is useless if our mind is restless. »

Frédéric Lenoir / Traduction libre

Un silence pour ressentir les mots, ceux qui sont porteurs de sens, ceux qui respirent avec le temps pour en faire un espace qui ne se quantifie pas. Ces mots qui résonnent, ils poussent. Puis, au bout d’un silence, ils construisent un pont. De silences en mots, en images, la vie existe.

A silence to let the words appear, those carrying meaning, those breathing hands in hands with time, creating unquantified space. These word, grow as their echo sings. To the end of a silence, a bridge is built. From silences to words, to images, life exists.

L’âme et la course

L’âme et la course, un pont entre les vies, entre les réalités, les rêves et les aspirations. Être présent à soi, à son pas, à son coeur, à son corps, mais aussi et surtout à son âme. Mystère, énigme, vie, mouvement.

L’âme et la course, c’est le mariage entre ces moments qui nous font vivre le doute, ceux qui nous parlent profondément, ceux qui nous interpellent et qui nous font grandir. Synonymes de tous les parallèles qu’il nous appartient de vivre un peu, beaucoup, passionnément.

À la vie comme à la course, c’est habiter l’espace et se lover dans les bras du temps pour avoir une idée plus claire de ce que peuvent représenter ces possibilités. En faire des projets, rêver encore et partager ce qui nous anime. Pour que vibre l’âme, pour que s’éclaire la course.

Dans le mouvement, dans une foulée, dans un souffle se présentent toutes les occasions de mettre quelque chose ou quelqu’un au monde. Un geste qui pouvait sembler mécanique se transpose alors en pont, moyen le plus direct pour faire le lien. Ce lien entre les dimensions qui nous composent, entre l’avant et l’après, entre le soi qui bouge et le soi profond. L’inconscient, le subconscient, l’ici et l’au-delà, pour paraphraser. Et si nous ne percevions qu’une infime partie de ce qui nous est offert, de ce qu’il nous est possible de réaliser?

Se donner la permission de rêver autrement. Parce que les portes qui sont les nôtres n’ont pour seules serrures que celle que nous pensons avoir posées. Pensons encore, en accord avec ce qui nous anime vraiment, avec ce qui permet à nos pieds d’avancer en cadence, de rejoindre nos souffles et de tracer un parcours parfois balisé, parfois dépourvu de repères. Chaque pas raconte une histoire. Chaque mot raconte une empreinte.

Engager un pas et choisir d’avancer, c’est prendre conscience que ce que nous faisons et ce que nous ne faisons pas fait une différence dans nos vies, dans la vie de ceux et celles qui nous entourent, comme de gens dont nous ne savons rien. S’engager envers soi-même, d’âme en coeur, en y reliant le corps, transforme une vague en océan propice à donner la vie, à s’étendre bien au-delà de nos frontières.

D’âme en coeur, en y reliant le corps, pour rejoindre la course, nos existences, ce qui nous anime et allumer ces étoiles qui naviguent dans nos yeux. Parce que c’est à travers elles que nos langages s’unissent, se fondent, deviennent Un. Là où tous les chemins convergent, où l’océan prend place, où nos réalités tissent l’harmonie, la passion, l’amour de vivre, d’être, de partager, en toute chose…

« Derrière tout être humain se cache une énigme que l’on a envie de découvrir. Et si l’amour naissait de cette curiosité que suscite le mystère de l’autre? »

Derrière les drapeaux du Canada Man/Woman, Triathlon extrême

Je ne suis pas triathlète. C’est évident. Et pourtant, d’année en année, d’événement en événement, je ne peux m’empêcher de plonger, au travail, à même ceux-ci avec admiration. Nous sommes nombreux, je crois, à contempler les accomplissements de ces athlètes qui sortent de l’ordinaire et qui osent entreprendre des parcours parfois extrêmes. Le Canada Man/Woman offre une incroyable opportunité d’en être témoin, de près ou de loin. Et c’est dans ce cadre que j’ai posé le pied dans les sentiers le premier weekend d’octobre.

Faire partie d’une équipe-terrain où les femmes prennent tranquillement leur place me fait penser à toutes ces athlètes qui osent s’inscrire, puis affronter les défis sportifs avec autant de verve et de passion que leurs collègues masculins. Voir, de plus en plus, des femmes qui complètent leur parcours au-devant, qui s’avancent, confiantes, offre une étendue de rêves, de possibilités, de réalisations qui font partie d’une ouverture, d’une progression qui me paraissent cruciales.

Mettre en lumière

Permettre au temps, aux gens d’ancrer la diversité, l’inclusion et l’équité au quotidien, de laisser pousser, puis s’épanouir chacun.e offre autant d’étoiles à dessiner qu’on en voit pendant ces nuits aux milliers d’astres suspendus là-haut. Observer la volonté des athlètes et leur engagement non seulement relativement à l’effort lors de la course, mais bien souvent pendant l’année (ou les années) qui la précède aussi, puis les mois qui suivront me permet de croire que nos routines, nos modes de vie sont en constante transformation.

Ouvrir la porte à des réalités différentes, à des conceptions qui sortent du cadre pour créer un monde qui nous ressemble davantage. Contribuer au développement de mouvements et de communications propices à développer encore l’accessibilité pour celles et ceux qui le souhaitent. Promouvoir nos secteurs d’activité comme autant de plateformes où il y a tant à bâtir, à explorer pour arriver à mieux collaborer. À co-exister, tout en lumière. Nous avons tant à faire, encore une fois.

Xtri World Tour

Travailler sur le terrain dans le cadre d’un triathlon extrême se présente, chaque fois, comme une occasion d’être témoin, mais aussi de contribuer à ce changement. On me demande souvent si je compte m’inscrire à un tel événement en tant qu’athlète, mais je n’ai pas encore réussi à concevoir comment j’arriverais à insérer cette combinaison de pratiques dans la routine familiale, pas plus que je ne suis en mesure de m’offrir ce luxe en termes d’investissement financier. J’y arriverai probablement un jour, puisqu’il est difficile de ne pas souhaiter le vivre en observant la belle folie que représente, à mes yeux, une telle aventure. Y œuvrer jour et nuit pour participer à faire de cette course un événement totalement mémorable me permet d’y goûter autrement. Et je ne peux que me laisser porter par autant de présences, d’énergies contagieuses. Il s’en passe de toutes les couleurs, à tous niveaux lorsque prend place ce genre de défi. Les installations, les arrangements techniques, le planning global et en détail, la sécurité, les ravitaillements, la gestion des équipes de travail, de bénévoles, de soutien, etc. À l’image de chacun des événements qu’il nous est donné de voir se déployer, peu importe le secteur d’activité, c’est tout un monde qui se met et place et qui évolue avec l’athlète ayant choisi de s’y plonger pour quelques heures ou encore quelques jours. Une dimension extraordinaire qui engendre une réalité extra mémorable, à coup sûr.

Le triathlon extrême, plus particulièrement dans le cadre du Xtri World Tour, est voué à permettre à celui et à celle qui s’y inscrivent d’aller au-delà des limites ou des conceptions qui seraient propres à tout triathlon. D’un œil extérieur, ou d’observatrice, je dirais que ceux et celles que l’on y côtoie ont particulièrement à cœur d’en faire le défi de l’année. Et s’il ne s’agit pas du seul qui se voit entrepris en ce sens, et bien c’est souvent parce que cette discipline est celle qui les occupe à temps plein (athlètes professionnels). En ce qui concerne le format long (Xtri), près de sept kilomètres de nage en eau libre, cent quatre-vingts kilomètres de vélo et quarante-deux kilomètres de course à pied, majoritairement en sentier, proposant des tracés au dénivelé positif respectable à vélo comme à pied, sont à franchir afin de parvenir au fil d’arrivée. On parle de l’atteinte du sommet du Mont-Mégantic en posant les pieds sur le tapis rouge qui conduit à l’Observatoire, l’arrivée. Les athlètes y parviendront en cumulant les heures et les résultats varient, approximativement, entre 11 heures et 24 heures, en principe, puisque l’objectif est d’avoir atteint le sommet avant minuit. Certains mettront des minutes supplémentaires au compteur, mais c’est avec autant d’émotion et de plaisir que l’équipe les accueille, chaque année, au sommet.

Endurance Aventure

Les projets d’Endurance Aventure se multiplient depuis quelques années. Le Canada Man/Woman en fait partie et il procure, assurément, un sentiment d’accomplissement hors du commun à tous ceux et celles ayant eu l’opportunité de s’y trouver, que ce soit dans le cadre d’une participation, d’un rôle de soutien, de bénévolat, de travail ou en tant que spectateur.trice. Il y règne, chaque année, une ambiance électrisante. Et c’est peut-être un peu ce qui nous tient éveillés alors que les heures passent. Ce qui permet à l’événement de se recréer d’année en année, d’en inspirer d’autres et de souhaiter que l’on puisse les vivre ou les visionner à l’échelle de la planète.

Vivre un peu – ou beaucoup – la Xtri Fever, c’est adopter la passion qui s’en dégage et trouver son écho en soi. Je me plais à imaginer que c’est ce que je partage avec mes collègues de chacune des unités opérationnelles, de l’équipe média et de l’équipe médicale. Lorsque le chronomètre s’arrête, que le dernier participant est rentré et que les bénévoles quittent la scène, nous nous affairons à clore le tout avec un élan presqu’aussi vif (la fatigue nous tire l’oreille) que celui qui nous habitait au départ. Je sais que nous avons hâte à la prochaine fois. Je sais que nous serons là, au départ, pour allumer les flambeaux. Et je rêve, en repensant à chacun des moments des derniers jours, voire des dernières semaines, de voir encore une multitude d’étoiles dans les yeux des participants, même lorsqu’ils sont exténués, mais aussi dans ceux de nos coéquipiers, des membres de l’organisation et des fondateurs.

Parce qu’il y aura, toujours, quelque chose de magique dans le fait de s’investir dans l’aventure qui passe. Comme une aurore boréale, elle s’inscrit par le caractère magique de son apparition, de son mouvement et nous rappelle à ce que l’on ne peut pas toujours ou complètement s’expliquer. À ce que l’on veut vivre encore pour rêver, pour créer, pour bouger, pour se dépasser et oser trouver, autrement, son équilibre.

Félicitations à tous les athlètes de cette édition 2021, à tous les collègues, à toutes les équipes de soutien et à l’organisation! Que la prochaine année en soit une où atterrissent toutes les idées qui n’attendent que nous.

Isabelle

La lumière et l’hécatombe

Une ligne de départ toute simple, en bordure de la Zec des Martres, au point d’entrée d’un territoire sauvage. La direction : montagnes à répétition, falaises et forêt boréale aux airs de fin d’été, un territoire où la chasse semble reprendre ses droits, avec septembre. Une fine bruine déposée sur nos joues, rapidement évaporée par des éclaircies presque rythmées, apaise les présences. Les sourires se font légion. Une fébrilité papillonne bien dans l’air et aujourd’hui, je me sens calme, même sereine. L’angoisse du départ ne fait pas partie du tableau. J’ai réussi à dormir, à méditer et je me demande si c’est normal…La normalité, dans le monde de l’ultra tout existe-elle? N’est-elle pas plutôt relative?

Plan d’alimentation à la dérive

À midi quinze, j’ouvre une canette de Red Bull. Stephan, un collègue du Saguenay, me demande si j’en ai l’habitude. En rigolant, je lui répond que c’est un premier essai et que je fondrai sur les cabinets de toilette (ou en forêt) dans l’éventualité où ça n’irait pas. Quelques minutes se passent et nos pas martèlent le sol. Le peloton s’étire un peu. J’observe chacun dans son élan, puis j’entends une personne qui s’écroule sur le bas côté, suivie de l’intervention de coureuses se trouvant, quelques secondes auparavant, au-devant le peloton. Ressentir une vague d’émotion à couper le souffle, fouler le sol à nouveau en tentant d’analyser l’événement et tenter de poursuivre ma route se bousculent en quelques secondes, lesquelles deviennent des minutes, puis éventuellement des heures.

La nausée qui s’est manifestée peu de temps après mon départ s’est faite intermittente, puis ponctuelle et enfin assidue. Je ne saurai pas si le Red Bull, le contact de l’anxiété, la fatigue ou encore toutes ces réponses ont contribué à l’alimenter, mais son aspect plus que tangible en a fait une donnée surprise à laquelle je n’avais prêté aucune attention pendant la phase de planification de la course. Au terme d’un parcours que je réaliserai en vingt-deux heures plutôt que les dix-huit estimées, je n’aurai pu avaler que quelques gorgées de bouillon, une barre Naak, une poignée ou deux de noix, quelques pastilles de sel, quatre tranches d’orange et trois mini boules de riz, à vingt kilomètres de l’arrivée. L’hydratation aura été privilégiée pour tenter de poursuivre debout, avec de l’eau, un quart de tasse de café et environ une tasse de Coca Cola (alliée aux boules de riz, pour faire passer le tout). Bref, prendre conscience de cet aspect me rappelle à quel point il est important et que peu importe nos objectifs, il demeure que le « carburant » joue un rôle assez primordial. 

Connexion nature

Gravir la première section, dans le secteur du Lac à l’Empêche, présente la richesse du territoire et nous permet déjà d’observer pour voir au loin. Les yeux grands ouverts par l’émerveillement et la poitrine compressée par une envie de vomir, donc, je contemple l’univers de contradictions qui s’offre à moi.

Peu avant le premier point de ravitaillement, je croise une collègue mal en point. Ce nombre s’en va croissant avec les kilomètres, comme s’il se produisait quelque chose d’inexplicable. Les abandons se multiplient alors que les sentiers s’ouvrent à nous, offrant pourtant une perspective assez unique : parfois touffue et dense en aval et ensuite presque désertique, bordée de lichen blanc, de rêves de bleuets (plants sans fruits), de thé du Labrador en amont, la nature impressionne. 

L’énergie alterne avec la nausée et ces moments où je peux me laisser aller à danser (courir avec élan) dans les sentiers me paraissent d’autant plus précieux. Je saisis chacun d’entre eux. Ils m’enivrent et me permettent de croire en ma capacité de continuer. Momentanément plongée dans cet élan, je bifurque vers un chemin forestier qui, je l’apprendrai un ou deux kilomètres plus tard, ne fait pas partie du sentier. J’aurai fini par m’en rendre compte en réalisant qu’il n’y avait plus d’empreinte au sol, que les rubans roses n’existaient plus et que la carte d’Ondago indiquait mon point bleu (ma position) sur une courbe de niveau (indice topographique) qui ne correspondait pas du tout à celles qui se trouvaient le long du tracé enregistré. En faisant demi-tour, je me sentais un peu exaspérée, mais aussi reconnaissante d’avoir eu en main le nécessaire pour retracer mon chemin.

Ondago

La montée des Morios, l’un des joyaux situés sur notre trajectoire, se fait efficacement. Les conversations des coureurs qui m’entourent tournent autour du mal de cuisses et de l’effort que représente une telle ascension. Nous en avons encore quelques-unes à prévoir et bien que le soleil, avec un bon gros ruban de vent, nous gratifie de sa présence au sommet des Morios, il me parait fort probable que la nuit risque de se faire longue pour plusieurs. Atteindre le ravitaillement de la Marmotte est un plaisir et bien que je ne sache pas trop quoi manger, j’apprécie le fait de croiser plusieurs visages connus, dont Cécile, Marline et Tania.

Sensations sans invitation

Poursuivre le chemin, avec la fin du jour, amène son lot de sensations parmi lesquelles la nausée reprend ses droits plus rapidement que je ne l’aurais voulu. La montée de La Noyée, éventuellement la Chouette, où Béatrice nous attend avec un carré de chocolat, puis les Hautes-Gorges se font dans l’obscurité. La nature respire la vie et je croise successivement, comme pour adoucir l’envie de vomir, un énorme porc épic, un renard, un lapin, deux perdrix, un crapaud et bien sûr, quelques coureurs. L’esprit de l’abandon se fait de plus en plus sentir. J’y réfléchis en alternant course et marche, en ratant encore quelques embranchements vers lesquels je me réoriente, heureusement, plus rapidement qu’en pleine journée. Voir des gens que j’aime et que j’admire décider de se retirer me fait réfléchir. Ces cent vingt-cinq kilomètres constituent un trajet stimulant et bien que la nature me paraisse parfois hostile ici, la vie qui l’habite me fait bien réaliser que sa beauté nous dépasse. De loin. Est-ce suffisant pour continuer d’avancer? La question me semble plus que pertinente, comme il ne s’agit pas de la première fois que surviennent des difficultés en course. Y pallier signifie gestion de priorités. Mais des questions me taraudent : est-ce que je ne devrais tout simplement pas arrêter de courir? Pourquoi vivre du stress? Est-il sain d’avoir mal et de continuer en ayant conscience de la douleur et des conséquences qui pourraient en découler? Ne devrais-je pas plutôt prêter l’oreille à cette voix qui me parle de repos, de plus en plus fort, depuis des mois, voire des années?

Réflexions, rencontres au pas de course, de marche, puis en station immobile alimentent mes pensées. Parmi les rochers d’un formidable sentier en single track, l’équilibre me fait soudainement défaut et j’ai la sensation de perdre le contrôle de mon corps. À droite, en angle vers les rochers, puis à gauche, sans parvenir à vraiment réajuster la courbure. M’asseoir devient un impératif. Tenter de croquer quelques noix, souffler quelques mots au passage de Marie-Ève, penser à mes collègues, Anne et Martin, que j’aimerais bien voir me dépasser, histoire de me rassurer un peu font partie des préoccupations. Et puis le motto se lève : je veux finir cette course « agréablement » et recevoir mon Opinel. Le temps n’existe plus; la montre devient invisible, la respiration prenante et je compte les kilomètres comme s’il s’agissait de fèves magiques me permettant de retrouver le bon chemin.

Le ravitaillement du Coyote est synonyme d’abandon, encore une fois, alors j’y passe rapidement en ayant toujours en tête l’idée de ne pas oublier le repos. Quatre-vingt-trois kilomètres (environ quatre-vingt-sept avec les détours) sur cent vingt-deux; plus qu’un marathon à parcourir. Gestion de la frustration de ne pas parvenir à me sentir efficace, nausée et soubresauts d’équilibre fragile me traversent tour à tour. Le jour qui pointe son nez et le soleil me font penser à tous ceux et celles qui se sentiront peut-être soulagés de les voir s’installer. Nos lampes frontales s’éteignent, contrairement à nos pas. Et je me répète que je veux finir la course « agréablement », juste pour déjouer l’attention vers quelque chose de plus léger, quitte à m’allonger à l’arrivée. À la dernière croisée, Sarah ainsi que plusieurs autres bénévoles encouragent à grands renfort de sourire, comme tous ceux et celles dont j’ai vu le visage pendant la course.

L’arche 

Les derniers kilomètres de route de terre et de vallons sur terrain ouvert me demandent une volonté particulière. Contrairement à de nombreuses sections franchies sur le parcours, ils n’ont rien de bien technique. Mon corps est suspendu aux grammes de sucre que le Coca Cola me permet de laisser couler, subrepticement, dans ma gorge. Et je trottine vers l’arrivée avec émotion. La lumière et l’hécatombe se font miroir ; parler me fait du bien. Allongée au sol, dans le gravier, je me promets de faire du repos mon allié, mon partenaire. Quinze heures de sommeil se passent et je reprends la route en compagnie d’Anne, la Valkyrie. Nous nous ancrons à l’une des poignées du quai de St-Siméon, histoire d’assurer un retour prochain dans cette région, pour l’UTHC. Parce qu’il est hors de question que je n’y retourne pas.Pour l’absence de dérive, pour une meilleure connexion et pour que les sensations s’invitent autrement. C’est probablement ce qu’on appelle « Find beauty into brokeneness* ».

Au final, le nombre de kilomètres que l’on parcoure ne témoigne peut-être pas nécessairement de la valeur ou de l’importance d’un défi. Ce qui reste pourrait encore et plutôt s’inscrire dans le sens de ce qu’on en retire au bout du compte, de ce que nous en ferons.

Pour ici, pour plus tard, pour toutes les prochaines étapes et pour toutes ces fois qui suivront, à la course comme à la vie.

Merci à l’organisation, à tous les bénévoles, à l’équipe aux communications, à l’équipe médicale, aux amis.es, à Anne, Josée, Sophie, René, Michel, Vanessa et Cyane, Martin et bien d’autres. 🙏

Merci à toutes les coureuses et tous les coureurs qui ont fréquenté, plus ou moins longuement les parcours, et qui nous inspirent. Merci pour votre ouverture et vos belles présences💐

St-Siméon et sa poignée

*Rich Roll

À tout bientôt🦋