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Dans les cailloux

Gravir une montagne, c’est semer des poussières dans le sillon des cailloux millénaires.

Photo: Chantale Belhumeur

La saison, en nature, déploie tous ses atours, comme un baume quant à ce qui se produit à grande échelle. Elle me rappelle que notre faune et notre flore n’ont pas de prix et qu’il est primordial d’apprendre, encore, à en prendre soin, à les découvrir, à les explorer avec le coeur grand ouvert. J’entame la semaine en constatant encore qu’elle demeure chargée.  On parle de la COVID, du Liban, des politiques scolaires attendues et de milles autres considérations qui chamboulent. J’en perds un peu le fil et je choisis de me concentrer sur l’essentiel: un jour après l’autre, mes enfants, un peu de repos entre les heures de boulot. À la course, les Courtney Dauwalter, Jean-François Cauchon et Mathieu Blanchard se sont élancés sur la piste de défis audacieux, préparés avec soin, entourés d’équipes de feu. Je rêve.

Samedi, quatre heures du matin, heure du Québec. Je me prépare à aller rencontrer la montagne à proximité, soit Orford. Il était prévu que je m’y dirige pour vingt-quatre heures, dans le plus grand secret, hors mes enfants ainsi que quelques précieuses collègues, avec qui je partage des moments d’entraînement et de vie, se sont vues informées du projet auquel je me préparais. J’avais dressé un plan dans la plus grande simplicité, entre les morceaux de routine qui m’entourent, pour être en mesure de gérer l’ensemble dans un temps relativement court tout en limitant les ressources.  En préparant mon café, un vent d’aventure me submerge. Je me sens toute petite, face à ce qui se trame un peu partout, qu’on parle de sport, de politique ou de société, mais aussi heureuse de trouver, dans ces remous, un moment pour moi, pour aller de l’avant avec ce qui m’anime véritablement: la nature, le sport comme aventure et la communication. Cette année, comme toutes les autres, en aura été une qui demande un certain sens de l’adaptation. C’est avec cet esprit que j’ai choisi d’aborder le plan ce matin-là.

À cinq heures, je m’apprête à prendre le départ. Je ne sais pas que Jean-François Cauchon aura dû mettre un terme à son défi pendant la nuit (tentative de record du monde de dénivelé positif au Mont Saint-Anne), pas plus que Matthieu Blanchard (FKT GRA1 en  Gaspésie) et Courtney Daughwater (FKT Colorado Trail, États-Unis) progressent, respectivement, de façon énorme vers leurs objectifs respectifs. Ils sont inspirants. Ces inspirations, comme les défis, se sont succédés depuis quelques mois et ils occupent un espace particulier dans ce nouveau monde. J’aime les voir passer parce qu’ils me donnent envie de croire que nous y arriverons, chacun et chacun à notre façon. Que la vie continue malgré tout et que la nature nous appelle encore.

Sur le bout de mes souliers, un petit trou me rappelle que les montées et les descentes font partie des apprentissages qui nous permettent d’étoffer nos expériences. Je ne m’accorde pas le loisir de réfléchir davantage, car l’heure du départ est arrivée. Je respire l’air avec un tout petit peu d’appréhension, mais aussi le désir d’aller de l’avant, juste ici, seule avec la montagne. La première ascension en est une qui se veut assez fluide, histoire de me “mettre en jambes” et de trouver mon équilibre avant la chaleur qui s’annonce pour la journée. Je parcours la piste appelée “la quatre kilomètres” en joggant avec légèreté, consciente qu’il faudra plusieurs minutes à ma respiration pour annoncer son retour à un état d’esprit plus calme, centré. Les arbres et leur verdure sont éclatants. La piste me semble douce et la lumière qui s’annonce me permet d’imaginer un lever de soleil comme on aime les observer. Je prendrai une minute, au passage, tout près du sommet, pour en capter les couleurs.

Descendre le premier d’une vingtaine de tracés est agréable. J’envisageais compléter entre vingt et vingt-trois allers et retours, en empruntant des parcours spécifiques et variés, par blocs, pour accumuler un dénivelé positif correspondant à celui de l’Everest. Au terme de cette journée, je planifiais donc être en mesure de compléter cinq blocs entre lesquels je pourrais me ravitailler en rejoignant promptement ma voiture, garée dans le stationnement du Mont Orford. Le premier d’entre eux comportait un aller-retour sur la quatre km et quatre montées de la Grande Coulée, suivies de courbes descendantes par la première piste (toujours la quatre km). Afin de faciliter l’accès à un point de rafraîchissement et d’hydratation – un petit ruisseau caché en bordure de la piste, j’avais fait de celle-ci la voie officielle de retour à la base.

J’aime aborder la Grande Coulée comme une pente qui nous offre ses abrupts afin qu’on y découvre la magie de ses paysages. Qu’on l’explore en matinée ou en fin de journée, quelque soit l’optique avec laquelle on prend un temps pour regarder, les paysages surprennent toujours, tantôt majestueux, tantôt mystérieux, par leur portée. J’apprécie l’instant, l’effort, cette tranquillité propre au petit matin. Les heures semblent me conduire rapidement vers le deuxième bloc, qu’il me tarde d’entamer: quatre ascensions de la Trois Ruisseaux, pente fétiche puisqu’elle m’a accueillie lors de mon apprentissage du ski alpinisme (et du retour au ski en montagne, après une vingtaine d’année d’arrêt). Avant de m’y plonger, j’ai à reprendre quelques provisions et à m’assurer que tout est bien en état. La cinquième me conduit donc au pied du centre de services avec l’idée de me diriger, efficacement, vers ma voiture. Alors que je révise, mentalement, ce dont j’aurai besoin, je vois apparaître le visage souriant d’Anne, vêtue de ciel et The North Face, prête à prendre d’assaut le prochain bloc avec moi. Au cours du dernier mois, j’ai eu l’opportunité de partager quelques entraînements avec elle, ce qui m’a poussée à mieux gérer une anxiété que j’avais laissé croître et ce, depuis un bon moment. Peur de monter. peur d’échouer. Peur de ne pas être en mesure de réussir quelque chose. Peur des autres, du jugement, de mes résultats, de ma propre condition physique, mentale aussi bien qu’émotionnelle. Chaque minute partagée, en entraînement, m’aura permis de m’y confronter. Je ne pouvais pas prétendre avoir tout résolu, mais à ce moment précis, aux abords du deuxième bloc, je me sentais honorée de pouvoir marcher dans les traces de la petite dame de fer…et d’en voir une seconde apparaître!

Parenthèse: la vie sportive, au Québec, est remplie d’ Anne-s, au pluriel. Littéralement. Je souris, parfois, en me disant qu’elles ont une force et une détermination à tout casser. Plusieurs d’entres elles gravitent autour de la course en sentier et elles m’épatent. J’imagine que c’est le fruit d’une synchronicité ou peut-être de la combinaison des attributs qui font des personnalités ce qu’elles sont. Ainsi, alors que je m’apprête à entreprendre une série de quatre montées de la Trois Ruisseaux, j’ai à mes côtés Anne (Bouchard) et Anne (Roisin), toutes deux sorties de leurs routines respectives pour avoir chaud, encore un peu, en traçant la piste. Puis, Veronic apparaît, tout juste éveillée après une courte nuit de sommeil. Les cailloux sont nombreux et les pas, accompagnés de bâtons, se succèdent à un rythme continu. Je n’ai pas envie de réfléchir; j’avance. J’écoute les conversations et je poursuis la montée en encourageant tout ce qui passe, incluant mes pieds. Je me demande si les filles vont bien et j’avoue avoir du mal à éviter de me soucier de leur condition. Peut-être est-ce pour me distraire de la mienne, mais je trouve important de me rappeler la grandeur du cadeau de leurs présences et que celui-ci a une valeur bien considérable. Agir avec bienveillance. Monter avec bienveillance. Descendre dans le même esprit et me préparer à ce qui suivra. Un, deux, trois, puis quatre allers-retours accompagnée en triple, en double, puis en simple et progressivement baignée par un soleil qui se lève de plus en plus haut. Le deuxième bloc se termine avec gratitude. Tout le monde a repris la route. Je remercie le ruisseau pour son eau fraîche parce qu’il fait partie des éléments qui sauveront, à coup sûr, la journée.

Le troisième bloc est entamé avec un regain d’énergie, puisque les répétitions sur la Trois Ruisseaux font place à la Grande Coulée, encore une fois. J’y continue mon parcours en passant, dans ma tête, du coq à l’âne. Les randonneurs se font nombreux. Ils parlent tantôt espagnol, tantôt brésilien, chinois, portugais, anglais et peut-être tchèque – je n’en suis pas trop certaine. Ils découvrent ou redécouvrent la montagne à grosses perles de sueur, la plupart d’entre eux gravitant en famille ou entre amis. Mes moments de distraction se font quand même brefs, puisqu’une partie de moi craint un peu la chute (mon corps affiche encore les marques de celle d’il y a deux semaines à peine…un vol plané en descente, dans un moment d’inattention et de fatigue).  C’est un jeu où la psychologie engendre son dialogue, ce que plusieurs définissent comme “la force du mental”. Cette dynamique souligne une tension, laquelle se meut en lassitude qui me rappelle qu’il me faudrait bien manger quelque chose. J’ai de la difficulté; la chaleur ne me donne surtout pas envie de mâcher des aliments. Je repense au Mr Freeze qu’Anne (Roisin) nous a livré, en double, avant de quitter la montagne pour la journée. Aux raisins et mémorable. Je m’en souviendrai.

Le retour vers la pente qui serpente – la Trois Ruisseaux – s’est annoncé après une courte pause, laquelle m’aura permis de reprendre des forces et de croiser Julie, une coureuse au grand coeur, entourée de sa troupe. L’affluence des gens, malgré la chaleur, m’impressionne. La montagne continue de dévoiler sa grandeur au crépuscule et je crois que plusieurs savourent ce moment. Repartir vers une piste déjà explorée comporte ses avantages et ses inconvénients, mais je l’apprécie. Je sais que quelques personnes seront de passage ce soir, histoire de chahuter un tantinet dans les cailloux, à la frontale. Deux montées et descentes se passent. Les passages me taquinent et je respire pour mieux avancer. Je commence à compter le nombre de montées et de descentes qu’il me reste à faire pour arriver à l’objectif que je me suis fixé en me demandant s’il valait mieux compter à rebours ou en partant de zéro. Le dialogue avec ma fatigue se fait davantage présent, je le sens bien, puisque j’ai peine à raisonner. Dans la pénombre, Chantale, aux cheveux argentés, apparaît. Elle est tout sourire et la gratitude navigue jusqu’au bout de mes pieds. Veronic se joint à nous, puis Annie aussi. Nous ferons une montée à quatre, une autre à deux, puis nous nous retrouverons, Veronic et moi, au bout de la lune, prêtes à entreprendre à nouveau l’ascension de la piste de droite, juxtaposée au Mont Alfred Desrochers: la Grande Coulée.

En cumulant ce qui a été parcouru jusqu’à maintenant, il ne reste que trois montées et trois descentes à réaliser pour le compte de vingt. Je m’étais dit que vingt-trois pourrait aussi être un bon chiffre, mais je n’en suis pas convaincue, en ce moment. Veronic continue d’avancer avec moi même si elle n’avait pas prévu cette sortie. La douceur de la soirée et la chaleur qui nous entourent ont quelque chose de paisible, de méditatif. Pourtant, je sais que ses genoux la font souffrir et il est difficile de ne pas m’en inquiéter. Parallèlement, nous croisons un chevreuil, une famille recomposée de dindons sauvages (c’est mon interprétation, comme il y avait beaucoup d’oisillons), cinq ou six porc épics et enfin, de nombreuses grenouilles. La vie pullule ici, en montée comme en descente. Je m’émerveille à chaque rencontre et nous poursuivons le trajet avec la sensation d’être bien entourées. L’avant-dernière descente arrive et j’entends des sons qui me portent à croire qu’on vient de prononcer mon nom, quelque part, dans le noir. Nous avons bien croisé, à deux ou trois reprises, deux randonneurs ainsi qu’un coureur, mais une frontale, au bout d’un corps de petite taille, me paraît bien différente des précédentes. J’entends à nouveau mon nom, puis une chanson. Anne (Bouchard) est là, presqu’au sommet de la montagne, comme une étoile filante qui vient de poindre dans le ciel sans nuages, noir au possible, de l’été. Je tombe des nues parce que je n’avais pas anticipé cette visite. Je suis, littéralement, sans autre mot que “merci”, à tous les exposants possibles.

En ce beau samedi, en pleine nuit, au pied de la montagne, après dix-neuf allers et retours, Anne et moi avons déposé Veronic afin qu’elle puisse se reposer. La dernière ascension, comme la dernière descente, m’ont semblé passer bien rapidement, dans le sillon des pas de cette Anne qui avançait avec une droiture et une constance que j’admirais. Les jambes et la respiration en cadence, comme toujours, jusqu’au bout. Entre deux clignements de yeux, nous avons croisé Anne Le Mat, tout sourire.  À l’arrivée, le cadeau d’une nouvelle semaine qui s’apprêtait à commencer, la vue des crêpes, accompagnées de chocolat, cuisinées par Anne et Sylvain, de la couverture au sol et les relents de l’effort m’ont submergée. Les jours passent et je ne me sens pas encore tout à fait détachée de ces cailloux. J’ai envie de retourner à la montagne. Je l’observe, au loin. Elle m’aura laissé, le temps de quelques heures, l’opportunité de tisser de nouveaux passages en rêvant de ceux qui suivront.

L’opportunité, peut-être, de faire de ce Défi Everest une fenêtre ouverte sur le monde, autrement.

 

Un énorme et infini merci à Izna et Arielle, mes deux grandes, à Chantale, Anne Bouchard, Veronic, Anne Roisin, Anne Le Mat et Annie Baillargeon pour l’ensemble de l’oeuvre. Je me sens touchée et honorée. 

Merci à la Boutique Le Coureur pour les bâtons

Merci à toute l’équipe du Défi Everest, laquelle travaille d’arrache-pied afin que le mois de septembre accueille des équipes de partout, virtuellement, pour participer au Défi. 

Merci à tous ceux et celles qui nous inspirent par leurs accomplissements, à ceux qui se dépassent, de jour en jour, en sortant de leur zone de confort, qui continuent d’apprendre et qui nous offrent le fruit de ce qu’ils intègrent afin qu’on puisse grandir aussi, jour après jour. 

 

Par le biais de ce défi, je soutiendrai officiellement et officieusement les causes suivantes: Je Vis, Sherbrooke (Centre de prévention suicide), le Refuge Lobadanaki (Centre de réhabilitation de la faune et sanctuaire) ainsi que la Fondation Christian Vachon.

 

À tout bientôt, sur la route ou dans les sentiers..!

Une SolidariCourse sous la lune en Estrie

Depuis le mois d’avril, j’ai été témoin de nombreux élans de solidarité. J’écris ces lignes au moment où le relais a pris son envol au Saguenay, quelques heures après la transition avec la région où je me trouve actuellement, soit l’Estrie. Le Québec est grand et pourtant, il me fait encore l’effet d’un village lorsque je vois tous ces gens qui répondent à l’appel et qui s’impliquent au coeur de nombreuses initiatives. La SolidariCourse est l’une d’entre elles.C’est beau et touchant à la fois

Il y a dix ans, je m’étais promis de contribuer à mon tour chaque fois que l’occasion se présenterait. J’habitais alors Wakefield, en Outaouais, avec mes deux filles, notre maman chat et ses chatons dans le haut d’une grange où se dessinait un appartement une pièce. Vivre avec peu, respirer et prendre le temps de se reconstruire étaient prioritaires. Notre appartement se trouvait meublé d’un petit frigo de camping, d’une cuisinière, de quelques tablettes ainsi que de trois matelas. Notre voiture, Bernadette (une Hyundai Excel 1983) avait rendu l’âme et le moyen de transport préconisé, dans cette belle campagne, s’avérait être la marche ou la course. J’installais alors les enfants dans leur Chariot, l’unique bien de valeur que nous ayons, pour parcourir « le monde ».

Le jour où j’ai saisi le téléphone pour appeler l’aide alimentaire, je m’en suis voulu. Reconnaître qu’on peut avoir besoin d’aide et accepter d’en recevoir se présentent comme des étapes plutôt ardues. Le chemin qui permet de grandir à travers tout ça l’est souvent aussi. Il parle, entre autres, d’estime de soi, de confiance, d’acceptation, de résilience, de patience, de lâcher prise quand il le faut et de persévérance. Dans bien des cas, le dépannage servira à remplir les armoires et les frigidaires, mais il touche aussi des aspects de la vie que plusieurs hésitent à mettre en lumière. Ces passages offrent un autre regard sur celle-ci, quant aux défis, aux rêves que l’on souhaite porter à bout de bras. Ils font des gens qui les traversent des guerriers du quotidien. J’en suis convaincue.

Peu d’entre eux oseront en parler et ce, pour différentes raisons. Les événements des derniers mois et de la semaine qui vient de s’écouler me portent d’autant plus à croire que le fait de prendre la parole est un acte fondamental. Que le choix de le faire et de porter un flambeau, ne serait-ce qu’un instant, font de ces gestes des trésors. Les actions que l’on pose ont, bien souvent, un impact qui nous dépasse.

Relais de nuit

En prenant le relais de la SolidariCourse le 31 mai dernier, au nom de L’Estrie, après avoir soutenu et suivi celui des gens des régions précédant la nôtre, j’avais l’intention d’alimenter cet esprit d’équipe, ce soutien collectif que l’on peut s’offrir les uns aux autres et de donner une autre occasion aux gens de se sentir connectés ensemble. Plusieurs initiatives avaient et ont encore court ici. Autrefois, j’ai entendu Christian Vachon (de la Fondation Christian Vachon, une institution ici) dire : « la pauvreté, c’est difficile à vendre ». Il en va probablement de même pour les enjeux de santé mentale, des besoins de base tels que ceux reliés à l’alimentation ou à la sécurité. Et pourtant, de semaine en semaine, des volontaires et des contributeurs se sont manifestés. Curieusement, peu d’entre eux ont refusé de s’impliquer parce qu’ils participaient déjà à un autre défi ou qu’ils contribuaient à une autre cause. J’ai vu plusieurs personnes revêtir plus d’un dossard, tout comme moi, en hommage et en soutien à ces causes. J’en ai été touchée.

La semaine qui s’est achevée m’a permis de constater, encore une fois, que le fait de communiquer peut, définitivement, changer quelque chose. Que de s’exprimer franchement, en toute simplicité, a son importance. Et que ceux et celles qui prennent part à ce formidable élan de solidarité contribuent, à leur façon, à construire le monde dans lequel on souhaite continuer de vivre, mais aussi celui que nous laisserons à nos enfants. Celui que nous empruntons à la Terre. Celui qui habite bien plus et bien plus grand que nous. Au-delà des peurs, des inquiétudes et des jugements, une solidarité est une empreinte qui permet d’alimenter le coeur comme les esprits. Et c’est en partie ce qui nous relie. Parce que chacun de ces gestes solidaires tend la main vers un aujourd’hui et un lendemain qui pourront être peuplés de réels échanges.

La Solidaricourse, 24h sur 24, sept jours sur sept, m’a aidée à croire que nous sommes capables de mieux, que nous pouvons être, tout simplement, complètement. Que la solidarité continue de se présenter comme une perle que l’on gagne à cultiver et à partager. Au terme de cette semaine, j’aurai couru et marché, chaque nuit, pendant quelque 27 heures, bien souvent seule (mais pas seule) parfois avec mes enfants et d’autres fois en relais virtuel avec des collègues situés aux quatre coins du Québec. Au lever du soleil, puis au fil de la journée, j’aurai pris le pouls de chacun des participants et échangé des encouragements avec tous ceux qui se sont affairés à maintenir la communication. Un trésor

J’en retiens qu’au final, même lorsqu’on peut avoir l’impression d’être seul(e), il est important de se rappeler que, d’une façon ou d’une autre, nous sommes accompagnés. Que la solidarité est un choix. Et que ce choix nous permet d’avancer.

Parce que nous sommes humains et que l’humanité grandit en interrelation. Elle grandit quand on s’engage. Quand on y croit.

Remerciements : À ceux et celles qui, de près ou de loin, ont répondu à l’appel; à mes proches, à mes enfants, à mes collègues et amis, à toute l’équipe de la SolidariCourse, à Patrick Trudeau (Reflet du Lac), à Jean-Guy Rancourt (La Tribune) ainsi qu’à Nicolas Fréret et Vincent Champagne, de Distances +. 

Reprise: 

« On ne peut pas répondre à de l’indifférence par de l’indifférence.
Il faut répondre à la colère par de l’écoute.
Il faut répondre à l’indifférence par de la compassion.
Il faut répondre à la haine par d’irrésistibles gestes d’amour.
Et il faut encore et toujours rêver d’un monde où nous sommes tous et toutes blancs ou noirs, jeunes ou vieux, hommes ou femmes, croyants ou non, influents ou non, libres parce que capables d’aimer les autres plus qu’on s’aime soi-même.
C’est ça que j’entends mon père me dire depuis quelques jours, dans ma tête. Dans mon coeur. “Because that is how we love and how we win, son.” »

Grégory Charles

Dernier relais/David Bombardier, virtuellement accompagné

#SolidariCourse

#Solidarité

#LaCliniqueduCoureur

#HealthyRebelTribe

 

La simplicité ou vingt-quatre heures pour bouger

On m’a demandé, cette année, comment il pouvait être possible de réussir à courir pendant ving-quatre heures dans une journée qui en compte tout autant. Avant de répondre, j’ai pu constater que je n’y avais jamais réfléchi. Ça allait de soi. Curieusement, cette idée fait partie de celles à propos desquelles je n’avais, sans en avoir pris conscience, aucun doute. La nature et la vie sont fortes. Ici, mon corps ne fait que suivre. La simplicité représente, en elle-même, parfois un défi.

…Ou peut-être pas tout à fait. J’imagine qu’il en faut, de la motivation et une volonté de ce corps comme de l’esprit, pour continuer d’avancer. Nous en avons toutes et tous des conceptions différentes. Lorsque je cours, l’attention est portée sur le moment. Un à la fois. Je peux entrevoir les passages, les temps de ravitaillement et de repos au besoin, mais, réellement, ce qui m’anime est le désir de me retrouver et de plonger dans l’instant comme s’il était unique. Parce que c’est une réalité. Il n’en existe pas deux identiques. Et quand bien même ma tête travaillerait très fort pour le saboter, cet instant existe et un autre viendra ensuite. Toujours. Comme ceux qui les ont précédés. Ici, l’autosabotage n’y peut rien. Reconnaître sa valeur, ancrer ses valeurs, souligner la gratitude d’être en vie ne font pas l’objet d’un examen. Ces dimensions existent. Point. Et je les vis, un temps à la fois. C’est peut-être ce qui me permet d’intégrer, petit à petit, le lot des expériences.

Pourquoi courir lorsqu’on peut marcher?

Tout d’abord, les coureurs marchent aussi, parfois. Et c’est une bonne chose. La montagne, les sentiers et les zones sauvages constituent un terrain de choix pour s’y entraîner. Il m’aura fallu près de quarante ans pour commencer à accepter mon chemin. À l’intégrer, peut-être. Mes enfants n’y sont pas étrangers. Tout comme ceux et celles que j’ai croisés et qui m’ont rappelé que la simplicité pouvait s’inscrire dans un souffle, un regard, un choix.

Ici encore, nos réponses peuvent se multiplier. La beauté de celles-ci, à mon avis, réside dans leur variété. Assise au pied des arbres qui veillent sur la maisonnette, les oreilles captées par les chants des cardinals, des geais bleus, des petits oiseaux et par les discussions que tiennent les écureuils, j’avoue ne pas être en mesure de fournir ici une réponse unique. Le premier élément me semble être l’amour du mouvement, combiné à celui de la nature, de l’aventure et de la découverte. Cet espace où le dépassement ne donne pas lieu à un questionnement ou un raisonnement, mais plutôt à un enchaînement d’actions guidées par le coeur, par l’instinct, par l’intuition (ou encore l’absence de ces variables, parfois aussi, en fonction de nos choix). Parce que la vie passe vite, trop vite…

À quoi cela sert-il?

À vivre, tout simplement. Avec tout ce que je suis, avec tout ce que j’ai. Parce que j’ai frôlé et côtoyé la mort trop de fois déjà pour ne pas avoir conscience de la force comme de la fragilité de ce que nous sommes. Je ne prends aucune journée pour acquis et ça me rend anxieuse, bien plus souvent que je ne le souhaite. C’est encore difficile à prendre, mais le fait de voir mes enfants naviguer dans ces océans d’incertitude, de constater que nous sommes nombreux me rappelle à la rivière. À son courant. Que je ne comprends pas tout à fait comment calmer. Ni comment le suivre. Je sais, par contre, que le fait de courir m’en rapproche. Dans mes rêves, je cours la Terre tout entière, ralliant ses cours d’eau, ses histoires, ses arômes et ses paysages. De jour en jour, d’heure en heure, je pose mon pied au sol et je lui permet de s’ancrer, ici. Pour le bonheur de vivre. Pour le bonheur d’être. En souhaitant que mes enfants y touchent aussi pour en faire leur trésor. Nous sommes citoyens du Monde et je ne vois pas de meilleur moyen d’en faire partie que de le fouler avec mes pieds, de l’écrire avec mes mains, avec mon coeur et d’en faire une image qui se transforme, jour après jour après jour.

À quoi ça sert? À être. Pour de vrai.

Pourquoi se pousser physiquement lorsqu’on peut y aller tout doucement?

Parce que c’est surprenant. Même lorsqu’on croit être arrivé au bout de nos ressources, il n’en n’est rien. Je ne m’explique pas l’origine de cette force et je crois qu’elle dépasse, de loin, les épreuves que l’on peut rencontrer sur nos parcours. Avancer vers l’inconnu me fait aujourd’hui l’effet d’une boite à surprise que l’on tarde d’ouvrir. Je n’ai plus envie d’attendre jusqu’à Noël. D’ailleurs, je n’y ai jamais excellé : enfant, je ne pouvais m’empêcher d’explorer chacun des recoins des maisons pour trouver tout ce qu’on tentait de nous dissimuler. Parfois, mon audace était récompensée. À d’autres moments, les conséquences s’avéraient coûteuses. Les Agatha Christie, les Nelson Mandela et les Terry Fox de ce monde me permettaient de plonger dans des univers où s’entremêlaient le réel et la fiction lorsque je ne me perdais pas en forêt, pour mon plus grand bien. Alors comment ne pas imaginer la possibilité d’explorer davantage? L’idée d’avancer avec un corps et un esprit qui apprennent et qui évoluent, perpétuellement, m’interpelle. Chaque instant est riche en soi. Par conséquent, toute opportunité de dépassement, à toute échelle, se vaut.

Pourquoi partir quand on peut rester?

Est-ce qu’on part vraiment? Je veux dire, à un autre niveau, en considérant les choses autrement? C’est un peu métaphorique, j’en conviens, mais c’est aussi une belle façon de concevoir ces moments auxquels on participe et qui nous demandent de sortir de chez nous, de faire partie de l’environnement, de se présenter à une ligne de départ. La motivation, ça peut être très relatif. J’ai tendance à croire qu’il existe de nombreuses déclinaisons entre le noir et le blanc, un ensemble de teintes – les dégradés – qui ont chacune leur importance, leurs particularités. Je ne regrette aucun de ces moments où j’ai choisi de courir alors que j’aurais pu dormir ou m’éviter tout un lot d’intempéries. Les endorphines et le lot de réactions hormonales déclenchées par l’activité physique y sont peut-être pour quelque chose, mais ce qui me frappe, surtout, c’est cette propension à moins tourner et retourner les idées dans ma tête. Sans révision, sans remise en question.

Sortir. Courir. Respirer. Simplement. Aller là où je sens que je peux aller. Être à l’écoute. Dans mon corps.

Un jour, ma fille cadette m’a exprimé sa crainte de me voir partir. Que le fait de courir pouvait m’enlever à elle et causer ma mort. Je n’y avais moi-même pas réfléchis. Je me demande encore à quel point j’ai été rassurante – ou pas – au cours de la conversation que nous avons partagée par la suite. Le fait qu’elle me communique ses craintes m’a émue. Compte tenu de nos choix et de nos réalités, j’ai le sentiment que le plus beau cadeau que l’on puisse se faire est d’avancer lorsqu’on en sent l’appel. Et que le plus grand leg que l’on puisse déposer, c’est peut-être de permettre aux prochains de croire que le meilleur, le beau est possible même lorsqu’on ne comprend pas comment. Qu’il y a toujours une ouverture quelque part. Qu’on a le droit d’aspirer au bonheur, d’aimer un instant après l’autre.

Que partir, parfois, c’est aussi rester.

Le regard posé sur ce qui est là, devant.

En s’habillant des rêves que l’on veut bien tisser.

Au final, courir vingt-quatre heures dans une journée qui en compte tout autant, c’est vivre un long, un unique moment. Multiplier les tours d’horloge font du temps et de l’expérience des alliés, pour certains . Un moment ou toujours. Cela dit, il reste que toute distance, tout temps et toute occasion comptent pour celle et pour celui qui s’y engage.

Du pareil au même

Et pourtant unique

La valeur, c’est l’instant.

Dans toute sa simplicité

 

 

 

L’esprit du trail et la solidarité

Photo: SolidariCourse

L’esprit du trail, c’est comme une histoire qu’on ouvre et qu’on ne finit plus de lire…jusqu’à la vivre. On plonge dans ses images, on galope, on contemple et on s’y retrouve, parfois, à bout de souffle, mais repus. L’incursion peut durer quelques minutes, quelques heures, voire quelques jours. Et quand on en ressort, on se dit, bien souvent, qu’on y reviendra. Peut-être pas tout de suite, mais bien assez vite pour respirer encore un peu ou beaucoup chacun de ses passages. Il s’étend jusqu’à la route et teinte nos regards avec sa lentille sous un angle unique. L’esprit du trail ne s’essoufle pas, lui, et il semble nous unir les uns aux autres, aujourd’hui, alors que la montagne se fait lointaine et que les sentiers appellent les empreintes.

Physiquement parlant, en ce moment, il me manque. Après avoir récolté des bribes d’histoires, ici et là, je me suis replongée dans son étendue. Dans la couleur de ses expériences, au coeur de l’importance qu’elles revêtent dans nos vies. On décrit souvent la course comme une discipline individuelle. Elle l’est, de bien des façons. Mais elle évoque aussi une formidable toile de connexions qui se tissent au-delà des frontières, des barrières et des préjugés. Nous sommes reliés par nos passions, par nos intérêts, nos valeurs. Nous nous retrouvons sur les sentiers, au bas ou au sommet des montagnes, bien simplement vêtus, avec cet élan qui nous caractérise et qui forge celui ou celle que nous sommes. Je crois que la course et la course en sentier transforment. On peut certainement en dire autant de ce qui nous interpelle et nous fait grandir dans chacune des sphères de nos vies.  Empreint de ce qui reste. Comme une histoire qu’on ouvre et qu’on commence à lire…

Photo: Nico et Geneviève

Coureurs et randonneurs, Nico et Geneviève m’en ont longuement parlé. Actuellement logés dans les environs de Mirabel, ils sont sur les pistes depuis peu et ils s’investissent avec curiosité, engagés à aider. Ils ont rencontré Olivier Le Méner, de l’Ultra Trail Académie, il y a déjà un moment pour participer à ses ateliers, puis venir en aide en termes de préparation des lieux et des trajets de course. Pour eux, le trail est synomyme de voyage, d’opportunité de se connaître, de méditer, d’aller explorer ses limites et de travailler ensemble, en collectivité. Ils s’offrent volontiers pour contribuer, voir s’étendre les effets directs et colatéraux positifs d’une telle pratique. Humbles et enthousiastes, ils continuent d’explorer le monde de la course le coeur grand ouvert. Nico m’a exprimé y avoir retrouvé son chemin. Geneviève y dessine, pas à pas, le sien. J’ai l’impression que c’est une caractéristique commune des passionnés. On croise, ici et là, des personnes qui nous ressemblent et l’on reconnaît cette lumière dans les yeux de l’un et de l’autre. En toute simplicité. Prendre le temps de choisir les parcours qui nous animent, qui nous allument pour apprendre davantage, pour goûter les sentiers, pour y être, complètement. Comme une histoire qu’on ne veut pas terminer…

Photo: Ultra Trail Académie

Renée Hamel, coureuse d’aventure, m’a décrit cet esprit du trail comme un élément fondamental, lequel relie les gens. Qu’on se trouve dans son propre coin de pays ou que l’on atterrisse à l’Étranger, peut-être en terrain inconnu, le langage de la course et l’amour de l’aventure nous permettent, ponctuellement, de communiquer avec ceux et celles qui entreprennent ou qui souhaitent entreprendre ce à quoi nous aspirons. Qu’on parle d’une sortie de courte ou encore de longue durée, cet esprit appelle l’authenticité, la présence, le bonheur de bouger et de pouvoir être contagieux au-delà des frontières. Des moments qui se dessinent commes étant, à prime abord, des rêves devenus objectifs prennent l’aspect de souvenirs marquants et de perles que le temps n’effacera pas. Ils nous permettent de devenir, chaque jour, davantage celui ou celle qui rayonne par le simple fait de se permettre d’y être, pleinement. Je crois que ce sont aussi ces moments qui génèrent de nouveaux projets, lesquels seront tributaires de nouvelles rencontres, de nouveaux apprentissages et de surprises. À l’image de celles qui surgissent  lorsqu’on tourne la page d’une histoire.

Photo: courtoisie

À bien y penser, au fil du temps et des entrevues que je mène avec des coureurs de tous acabits, je réalise que cet esprit bien unique se porte toujours présent, d’une façon ou d’une autre. Que l’on s’affiche comme compétitif, participatif ou coopératif, on peut percevoir ce quelque chose, ce qui nous accroche, ce qui fait qu’on reconnait les visages d’un lieu à un autre, d’un moment au suivant. On peut en quelque sorte faire le pont entre ce qu’on vit au quotidien et ce qu’une expérience en course nous offre. L’un se transpose à l’autre. En continu. Enfin, je crois que c’est ce qui se produit lorsqu’on y accorde de l’importance. Lorsqu’on y retourne. La performance tout comme l’expérience suscitent un affect bien particulier. C’est ce qui rend riche et vivant cet esprit. Comme une histoire qui prend vie…

Récemment, l’opportunité de contribuer à une énorme vague humaine s’est présentée. On parlait de virtualité, de relais, de course, de marche, de sourires, de partage, de contribution, d’aide et d’implication. On parlait d’une équipe. Et surtout, de solidarité. J’ai été saisie par la force qu’un mot, suivi de mille et une actions, en concertation, pouvait avoir. Encore. La communication, comme la course, ont pris une place proéminente. Jour et nuit, d’heure en heure, pour avancer.

Simplement

Ensemble

En solidarité

Cet ensemble qui, me semblait-il, me manquait parfois; le solo devenu solidarité. Comme le loup et les oiseaux, les uns se relaient aux autres afin d’aller plus loin, de parcourir la distance et le temps qui font de nous des êtres humains. Des êtres reliés.

Autrement, pour un moment, avec tout un lot d’énergie et de soutien

Assise à la grande table de la maisonnée, alors que j’écris ces lignes, je viens de lire que nos parcs et nos aires en nature seraient bientôt à nouveau accessibles. Que je pourrai, par conséquent, embrasser la montagne avec autant de foulées que d’éclats de rire. Peut-être quelques larmes aussi. Et je pense, en même temps, à tous ces messages que l’on se partage, en ligne ou par la poste – j’ai repris goût à l’envoi d’une lettre avec un timbre, geste qui me paraissait presque archaïque il y a quelques mois. Il y a, dans ces élans de communication, dans cette vague humaine et humanitaire qui se lève, une formidable transformation. Pas à pas. Un sourire, une salutation, un aurevoir après l’autre.

Ma nature sauvage veut se fondre dans la forêt. En même temps, ici et maintenant, je ne peux qu’honorer la grandeur de ce que j’observe, par-delà les claviers.

Vivement les accolades

Remplies

Repues

Prêtes pour une nouvelle histoire

Photo: Tour du Lac Memphrémagog

#Solidarité

#SolidariCourse

#Jesuisloup

#Ultralife

#LaCliniqueduCoureur

 

 

 

 

 

Tricotés serrés, du coeur aux sentiers

Photo: courtoisie

Originaires de la région de Saguenay, Audrey Tremblay et Stephan Perron ont toujours été actifs. De la planche à neige au vélo, en passant par la course, ils se sont donné pour mission de mettre l’activité physique au coeur de leurs routines. D’année en année, les opportunités et les occupations les ont rapprochés de ce qui est, aujourd’hui, une passion qu’ils partagent à plusieurs groupes de gens, soit la famille VO2 dont ils sont les instigateurs, avec quelques ami(e)s. Ils ont notamment sillonné les parcours de l’Ultra trail Harricana, du Québec Méga Trail, de l’Ultra trail Académie et de l’UTMB. D’emblée et de coeur, ils sont     « tricotés serrés ».

Audrey – Force tranquille 

Présente, humble et complètement investie. C’est ce qui me vient lorsque j’écoute Audrey. Son bagage est inspirant et elle entretient ce lien qui la relie à Stephan, à sa famille, à la vie en nature, lesquels transparaissent dans chacun de ses partages. « On a toujours été actifs et on incluait les enfants là-dedans. Moi je me souviens, je partais avec mes gars dans le bébé joggeur, je courais ou on accrochait la poussette sur le vélo et on s’en allait avec les enfants ». Il y a un moment, Audrey n’arrivait pratiquement plus à marcher. La douleur ayant perduré pendant une dizaine d’années l’a conduite sur une table d’opération. On lui a alors posé une hanche artificielle, ce qui a donné un nouveau souffle au parcours actif. Elle avait trente-neuf ans.

« Moi, j’étais plus une cycliste qu’une coureuse. Je trouve ça beaucoup plus facile de faire du vélo que de la course. Puis, un moment donné, Stephan s’est mis à faire des marathons, donc j’ai embarqué aussi. Progressivement, de cinq, dix à demi marathon; je ne faisais pas de marathons dans ce temps-là. On faisait beaucoup de route, puis on s’est retrouvés sur les sentiers. On était un peu sceptiques au départ ».

Audrey a participé à sept éditions du Grand Défi Pierre Lavoie à vélo. Quand même! Elle avait eu l’opportunité d’essayer la course en trail avec un groupe auparavant, mais ne s’y était pas vraiment plongée, démotivée par une fracture de stress. Pour le couple, habitué à naviguer au-travers d’une dizaine de courses par année, le plongeon dans l’univers du trail aura été un beau remède à la récurrence des blessures. Dans l’univers de la course, Audrey se lance des défis. Au demi marathon comme ailleurs, elle s’élance avec beaucoup d’enthousiasme, mais aussi une certaine appréhension : « C’est moi qui me mets de la pression. Je ne suis pas une coureuse rapide, mais je veux améliorer mon temps. On dirait que je me mets de la pression parce que je veux que Stephan soit fier de moi, qu’il soit impressionné…peut-être parce que je veux avoir sa reconnaissance, parce qu’il est tellement incroyable ». Et Stephan de dire qu’elle n’en a absolument pas besoin. L’admiration, le soutien transpire dans cette espace où partager une course est une formidable expérience, malgré tout.

 

Stephan – Instigateur

Stephan occupe deux emplois. Il consacre une grande portion de son temps, en termes de travail, au milieu de l’informatique. Il a également fondé, avec son ami Dominic, la Boutique Vo2, laquelle a contribué à construire cette communauté de la course en sentier à Saguenay et dans les environs. D’emblée, il partage que la course à pied ne faisait autrefois pas partie de ses activités quotidiennes. « C’est Marie-Claude, entraîneure au gymnase où je travaillais qui m’a dit que je devrais faire de la course à pied. Que je me débrouillerais. Suite à ça, j’ai participé à quelques courses, dont un demi marathon, à Ottawa. Au fil d’arrivée, j’ai dit à Audrey que je ne voulais plus jamais en faire ». Trois semaines plus tard, il enchaînait avec un marathon et ne s’est pas arrêté depuis. Éventuellement, Stephan a été ralenti par plusieurs blessures et c’est à l’appel de certains amis, l’ayant invité à venir faire quelques sorties en trail, qu’il a répondu, histoire de changer le mal de place. Aujourd’hui et après avoir notamment couru Montréal (troisième au fil d’arrivée), Ottawa et Boston, il se consacre à la course en sentier. Les groupes de course de sa boutique lui permettent de partager cette passion à l’année, laquelle semble aussi créer un esprit de famille caractéristique. Comme le terrain n’est pas toujours accessible, l’entraînement hivernal implique certaines sorties sur route, question pratique, consacrées aux intervalles. Ils s’offrent de longues sorties en nature les weekends et elles sont précieuses!

Au cours des trois dernières années, Stephan s’est impliqué auprès de la Trail Académie, mise en place par Olivier Le Méner. C’est une collaboration qui s’est avérée enrichissante et qui se perpétue. Qui sait? Peut-être que de nouveaux défis naîtront de ces échanges. À son écoute, la simplicité et cette même complicité qui le relie à Audrey, à la famille et qui leur permet, je crois, de transporter tout un vent d’action, d’activité à l’équipe Vo2, sont palpables.

 

Des projets communs, c’est important – Famille, Boutique Vo2 et groupes de course

L’adoption de jumeaux, Eli et Thomas, puis d’une jeune demoiselle, Noah, auront contribué à construire une famille qui a grandi, comptant aussi, aujourd’hui deux chiens, un lézard, un oiseau. Maintenant âgés de dix-huit et treize ans, les enfants ne suivent pas toujours leurs parents. Au fil des années, l’activité physique est demeurée au centre des préoccupations. À preuve, Audrey et Stephan en ont fait une priorité. À la boutique Vo2, ils sont à même d’échanger avec une clientèle de passionnés en tous genres et de gens qui souhaitent s’initier aux sports tels que la course en sentier, la course sur route, le vélo, le ski, etc. À ce jour, le Club V02 compte une centaine de membres.  Stephan et Audrey ont ainsi installé une routine leur permettant de garder un équilibre tant familial, professionnel que personnel.

La discussion s’oriente vers les choix de course. Audrey est communicative et me semble aussi un peu timide quant à l’exploration de ceux-ci. D’emblée, elle présente cette démarche comme une initiative de Stephan. « C’est Stephan qui va cibler les courses, surtout. On aime ça tous les deux. Moi, je choisis des distances qui peuvent m’aller là-dedans. J’aime ça qu’il y ait de petites distances parce que je ne fais pas d’ultras encore ». Elle a pris part au 42 km de l’UTHC l’an dernier et s’est offert tout un accomplissement. Elle envisage l’expérience du Bromont Ultra (55km) et, à nouveau, de l’UTHC en prenant un départ au 65 km.

« Mon plus grand coup de coeur, ça a été le fait de pouvoir être accompagnatrice sur le parcours du QMT, pour Stephan, l’an dernier. Ça a été une de mes plus belles courses. Je n’avais aucun stress de temps et de performance. J’avais peur de ne pas courir assez vite, mais finalement, ça a super bien été ». Stephan semble sourire au bout du fil. Il partage ce moment où le rythme avait, incontestablement, diminué, où la sensation de courir étaient devenue tout autre. Stephan et Audrey s’esclaffent au rappel de ces souvenirs. Audrey craignait de ne pas pouvoir remplir son rôle en fonction de la vitesse de course habituelle, mais l’ensemble des circonstances et sa volonté ont nourri un espace propice à l’accomplissement. Il s’en dégage une connivence, une complicité remplies de force et de tendresse à la fois. Un partage authentique. Le cadeau, peut-être, de la plus belle équipe à laquelle on puisse aspirer.

En début d’année, les calendriers ne se sont pas remplis, ce qui était inhabituel, mais assumé. Courir avec plaisir et voir ce que les mois apporteraient étaient écrits. Alors que le printemps a quelque peu modifié les plans de tout-un-chacun, c’est réellement ce qui s’est ancré dans la routine. Pas de plan. Sortir, simplement et apprécier le déplacement. « On s’entraîne pour les bonnes raisons, peut-être. On s’entraîne parce qu’on a envie de s’entraîner », partage Stephan. La motivation est commune et elle se partage à deux. Le groupe Vo2, une grande famille, est dispersé, mais on ne l’oublie pas.

Photo: courtoisie

Retour sur l’UTMB

L’été dernier, Stephan prenait part à L’Ultra Trail du Mont Blanc : « Ça a été une expérience incroyable. Si moi j’ai couru pendant trente-neuf heures, Audrey n’a pas dormi non plus pendant trente-neuf heures ». Audrey accompagnait Stephan : « Le premier ravito, quand il est arrivé, j’ai failli lui dire « Arrêtes tout ça là. Je ne l’ai pas fait, mais j’y ai pensé ». Malgré la technicité et la difficulté du parcours, l’expérience semble avoir été grandiose. C’était un rêve, un objectif devenu réalité. Audrey n’a pas pu y courir, mais elle est heureuse d’avoir pu suivre et accompagner son homme. La fierté qui se dégage d’une gestion commune, de cet appui qu’ils s’offrent l’un à l’autre dans ce cadre comme à la vie en général inspirent encore. Au cours de cette aventure, des liens se sont tissés. Stephan raconte l’histoire de son parcours en parlant de cet espagnol avec lequel il est encore en contact aujourd’hui : « On s’est rencontrés pendant la course. Il voulait abandonner. Il avait dit à son ami ‘’Si ce canadien-là arrête, moi j’arrête’’. Moi, je n’arrêtais pas. Je l’ai motivé, sans trop savoir comment j’ai fait. Je lui ai parlé comme dans Les Boys. On s’est serrés dans nos bras et on a pris une bière ensemble après ». Ces rencontres sont uniques et elles nous marquent.

L’un comme et l’autre sont d’accord à ce sujet. Audrey mentionne : « Stephan m’inspire beaucoup. Je le vois aller et je suis tellement fière de lui, de le voir faire de belles réalisations comme ça. Ça rend de bonne humeur, s’entraîner. C’est bon pour nous tous ». Stephan fait le lien avec le dépassement de soi, la gestion du temps, la conciliation travail-famille et le fait de nourrir cet équilibre. « Il y a Pierre Lavoie que je trouve inspirant compte tenu de ce qu’il a traversé avec ses enfants. Il doit avoir six ou sept ans de plus que moi, il est vraiment en forme et il performe encore. Mais au-delà de la performance, c’est de la façon dont il le fait. Sa blonde est à ses côtés, il a toujours une bonne attitude dans les courses, il a le sourire, il respecte les gens sur les ravitos. Pour ce qu’il dégage, c’est un modèle pour moi. C’est un plaisir aussi, la course ». En passant outre la notion de performance, on met l’accent sur l’expérience, sur le plaisir et le dépassement, chacun, chacune à sa façon.

Et pour la suite?

Dans un avenir plus lointain, La Western State Endurance Run (160km) et la Diagonale des fous (165km) sont des pistes pour Stephan. Audrey parle de demi Ironman et d’une course avoisinant la centaine de kilomètres, mais elle croit avoir besoin d’y penser encore. Chose certaine : avant la cinquantaine serait l’objectif. Un cadeau garant de la santé. En attendant, le travail à la boutique Vo2 l’occupe à temps plein et Stephan navigue entre ses deux occupations. L’été s’en vient. Il portera son lot de soleil, on l’espère, au-delà de l’incertitude. Et peut-être quelques nouveaux parcours partagés à deux, en attendant de pouvoir mettre le camion – le West vert –  sur la route de l’aventure.

Photo: courtoisie

En toutes choses

 “The price of anything is the amount of life you exchange for it.”

“Le prix de chaque chose est proportionnel à la portion de vie pour laquelle on l’échange”

Henry Thoreau

Plusieurs semaines se sont écoulées depuis le changement. Celui où je me suis retrouvée face à la nécessité de m’arrêter, de prendre un temps pour le faire. Prendre le temps d’être chez moi, posée, pour de vrai. Je n’en n’ai pas l’habitude. Il m’est souvent venu à l’idée que j’aurais besoin de deux ou trois journées par vingt-quatre heures pour être en mesure de réaliser tout ce qui me passe par la tête. Le monde évolue à une rythme époustouflant. Peu importe la façon dont j’y réfléchis et dont je les perçois, ces journées continuent de passer. Et ici, juste ici, quelque chose semble avoir ralenti.

Tout d’un coup, les projets que j’aimerais construire et mener à terme, l’idée de pouvoir parler avec tous les gens que j’aimerais apprendre à connaître,  de recréer un temps pour voir grandir mes enfants et le million de tâches domestiques qui sont en suspend semblent occuper un espace au calendrier. Tous ces items ne revêtent pas encore un aspect concret, mais j’ai la ferme impression de voir, doucement, s’ancrer les racines de ceux qui comptent. Qui sont garants de la suite, pour moi, pour ma famille, pour les autres, peut-être. Le sommeil ne s’avère pas tout à fait réparateur, mais il peut s’inviter plus facilement ou du moins, avoir une latitude que je ne lui accordait pas auparavant. Je crois encore que le temps passe trop vite pour lui abandonner des heures à son profit, mais je sais bien que le corps en bénéficie. Alors je cède. Avec un peu moins de résistance…

Les enfants considèrent que les journées n’ont rien de bien palpitant. Surtout en comparaison de ces semaines, de ces mois et de ces années où l’on se bousculaient les uns les autres, d’heure en heure, de jour en jour, courant après les minutes. Le quotidien, aujourd’hui, paraît quelque peu abstrait. Et si c’était, au contraire, plutôt le signe que l’on s’approche de ce qui aurait avantage à être? De ce qu’on veut vraiment? De ce rythme qui est le nôtre et qui peut donner naissance à de réelles opportunités? Des occasions de grandir, en conscience, avec toute la passion et tout l’amour qui nous habitent pour nous mener exactement sur la bonne piste?

De jour en jour, les réactions varient. Surcharges, besoin d’air, ennui et anxiété font parfois partie du tableau. On fait du camping dans la maisonnette, on regarde le ciel comme si c’était l’écran géant le plus magique qui soit. Et pour cause: la nature, les montagnes, les cours d’eau et la faune y évoluant demeurent. Ils n’auront de cesse de respirer. On peut les altérer. On peut continuer de nuire. Et inversement. C’est ce que je choisis de retenir. Parce qu’il y a une énorme force, une résilience hors du commun et un souffle qui nous donne, à nous, la vie, au coeur même de cette nature.

Il arrive aussi que j’aie la sensation que mon cerveau bouillonne. Que l’information à gérer, l’ensemble de ce qui devrait être mieux organisé ou préparé aient un goût étrange. J’emprunte alors à la respiration son passage pour m’aider à lâcher prise. J’envisage la routine, l’entraînement, la vie familiale, les horizons professionnels autrement. Même si j’ai de bonnes habitudes, même si je prends soin d’accorder, chaque jour, du temps à ce qui me nourrit, à ce que je veux faire fleurir, il m’apparaît clair que j’ai encore beaucoup de chemin à faire. Que le temps est peut-être venu de prendre le doute par la main pour avancer avec lui au lieu de lui confier la mission de passer au-devant.

À la vie comme à la course, je continue donc d’y aller un pas à la fois. Parfois le rythme est lent. Parfois il devient rapide. Courte ou longue distance, intervalles, de notions en sensations, d’expérience en expérience. Et je fais le parallèle avec ces instants d’hier et de demain, alors que je me retrouve dehors, quand je cours, lorsque j’aurai à poser le pied sur une ligne de
départ (officielle ou officieuse) et que je ferai face à ce qui m’effraie. Là, il se produira quelque chose: je nourrirai des éléments qui possèdent, en ce qui me concerne, un caractère fondamental : un besoin de connexion, une faim de nature, d’aventure. Ils alimentent un plaisir certain à respirer, simplement, un instant à la fois. C’est ce qui me permettra encore de continuer d’avancer et de ressentir la gratitude que j’ai pour ce que je considère être un immense cadeau.

Dans l’hier et pour demain, je garderai en mémoire ces pas qui me rappellent que mes enfants, à l’instar de tous ceux qui suivront, créeront un chemin, le leur, et que c’est ce qui nous rendra aussi semblables que distincts. Qu’il y a autant de possibles que de coeurs qui battent et qu’il me fera toujours grand bien de permettre au mien d’y participer, à cette foule de rythmes, avec confiance. J’aimerais que tous sachent que, quoi qu’on vive, on peut le traverser. Qu’il y a toujours une façon d’y faire face, d’aller de l’avant, d’y trouver une forme de victoire. Pour soi. Qu’on fait parfois des trucs un peu fous ou carrément insensés, qu’il arrive qu’on se sente fatigués, épuisés, à bout, peut-être, mais que cela fait partie du jeu.

L’aventure, c’est la vie.

Remplie d’imprévus, remplie de surprises, de défis.

On peut se sentir plus ou moins à l’aise avec ceux-ci, mais chaque fois qu’on en rencontre, chaque fois qu’on s’investi, qu’on se
dépasse, chacun à sa mesure, l’incroyable prend forme. Souvent bien au-delà de ce qu’on avait pu concevoir, ouvrant la porte à de nouvelles possibilités, de nouvelles opportunités, à ces champs qu’on n’avait peut-être pas encore envisagés.

Quelques soient nos intérêts et nos passions, on fera, en cours de route, la connaissance de ce curieux et de ce savant mélange qui est le nôtre et que personne d’autre ne pourra déterminer pour nous. C’est un secret qui se révèle, un pas, un mot, une image à la fois…ou autrement.

Et cela demeure infiniment précieux.

Vrai. Intemporel.

Particulièrement maintenant.

Pour hier et pour demain.

Toujours

 

Renée Hamel – En sentinelle

En sentinelle

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Photo: courtoisie

Posée, présente et passionnée. C’est ce qui se ressent dans le ton de sa voix, dans les images captées lors de ses périples à la course comme à la marche. Renée Hamel évolue dans l’univers du trail depuis plusieurs années déjà. Revenue précipitamment d’un périple au Chili et en Argentine, elle se raconte et raconte cette nature grandiose offrant, à ceux qui la visitent, le cadeau de l’expérience. L’émerveillement. Comme si le temps comportait, après tout, un caractère un peu relatif.

La Patagonie en  sabbatique

Alors que 2020 a pris sa lancée, Renée s’est affairée à ouvrir, à nouveau, une porte sur le Monde. Factrice chez Poste Canada, elle s’est octroyé un congé sabbatique, histoire de transposer la marche en ville en une aventure bien particulière. En mode course, elle s’est plongée au coeur d’espaces ayant attiré son attention au préalable ou encore une fois sur les lieux. Les tracés possibles en vue de réaliser des périples journaliers se sont présentés au fil des rencontres, des conversations, des découvertes. Dans un lieu où tout semble nouveau, les cartes ont été mises sur la table, littéralement, pour tracer les itinéraires.

À la fin de l’année 2019, j’ai eu l’opportunité de discuter avec Renée de ses plans. Elle envisageait parcourir plusieurs régions et s’inspirer de ce qui se faisait pour se donner de nouveaux défis, pour explorer, en solo, l’idée première étant de se donner l’opportunité de se consacrer à la passion qu’elle entretien pour la course à pied dans un cadre différent, en sortant de la routine, en se retrouvant face à elle-même et donc, à ses propres limites. Elle a ainsi fait le choix de débarquer en ville – vol intérieur direct de Punta Arenas, au Chili, pour se diriger vers une campagne assez lointaine : le parc Torres Del Paine. C’est un endroit connu, où l’on peut naviguer, dans les sentiers, sur un trajet d’environ 120 km. On ne peut pas, à l’heure actuelle, franchir cette distance sans réserver plusieurs nuits en hébergement. La réglementation en place exige la preuve des réservations, lesquelles sont normalement vérifiées par chacune des stations de garde sur le terrain en vue de réaliser ce parcours sur une période de huit jours. L’idée de Renée était de compléter le trajet, si possible, en une seule sortie. Elle transportait l’essentiel à même son sac de course. « Tout le long du parcours, c’était magnifique! Ce que j’aimais le plus, c’était d’être toute seule. Je suis arrivée à un glacier et puis j’étais toute seule à le regarder. Apprivoiser la nuit, aussi. J’ai souvent peur de me perdre et là, c’était presque impossible. Mon état d’esprit était vraiment stable. Je n’avais pas peur. Il y avait peut-être des pumas à un endroit, mais comme j’y suis passée de jour, ça allait ».

Établir un record de parcours…avec surprise!

Son deuxième projet a pris son envol à El Chalten, un petit village en Argentine. On peut y parcourir des sentiers à partir de son épicentre. Ayant complété toutes les randonnées d’une journée, elle s’est tournée vers un trajet qui se complète habituellement en un laps de temps plus long. Renée y a vu une ouverture, mais elle ne se sentait pas à l’aise de franchir les rivières et le trajet, moins bien balisé, sans accompagnement. Le campement étant souvent l’occasion de discuter, de rencontrer d’autres aventuriers, l’opportunité s’est présentée : un norvégien, Hans Kristian Smedsrod, expressément venu d’Europe pour réaliser plusieurs tracés au pays, envisageait compléter le trajet du Huemul (70 km) afin de battre le record de parcours précédemment établit. Il y avait fait une reconnaissance, était bien équipé et recherchait une personne pouvait compléter le parcours avec lui, histoire d’assurer une certaine sécurité pour l’un comme pour l’autre.

Au final, ils y auront mis quatorze heures trois minutes, établissant un nouveau record de parcours. « Ça a été magique, vraiment incroyable. À El Chalten, il y a beaucoup moins de monde et beaucoup de possibilités de sentiers, tandis qu’à Torres Del Paine, il n’y a qu’un tracé accessible. C’est peut-être un peu moins majestueux, donc, que Torres Del Paine, mais vraiment beau et tellement magique, avec un dénivelé avoisinant les 3000 m. J’étais contente de le faire avec quelqu’un, parce que je ne voulais pas me perdre et tu sais, la tyrolienne, avec un harnais, je n’avais encore jamais fait ça. J’aurais pu le faire toute seule, mais le courant de l’eau, s’encorder, c’était immense ».

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Photo: courtoisie

Traverser la frontière

Deux jours plus tard, Renée a enfilé son gros sac à dos pour traverser la frontière de l’Argentine au Chili à pied, soit en passant par la Careterra Austral, au Chili. Le temps estimé était de onze heures pour une distance de 36 km. Elle en a mis sept et demie, parcourant de trajet en une journée. Arrivée de l’autre côté de la frontière, elle s’est arrêtée et a déposé sa tente pendant deux jours, s’offrant un jeûne de 48 heures au passage. Elle n’avait pas prévu cette expérience au préalable, quelques surprises s’étant pointées à l’horizon, mais elle en a tiré profit et en a aussi relevé quelques apprentissages : « C’était pas tellement une bonne idée de faire un jeûne après sept heures de marche (36 km) et un soixante-dix km en montagne. J’ai vu que je me sentais fatiguée. Je sentais que je n’avais pas d’énergie. Mais je trouve ça intéressant parce que ça n’était pas dangereux, ça n’a pas mal viré et puis ce sont des expériences. Un voyage, c’est toutes sortes d’expériences. J’apprécie de voir comment je vis celles-ci, la façon dont je vais y faire face, comment je vais y réagir. Ce qui est bien quand on voyage tout seul, c’est que l’attention est portée sur soi, sur ce qui se passe vraiment. On est vraiment connecté au moment présent ».

Une semaine plus tard, ayant discuté avec plusieurs voyageurs, elle est parvenue à se rendre sur les lieux d’un nouveau parc afin de compléter un dernier parcours, soit un circuit d’environ 55km, localisé à Cerro Castillo. Il n’y avait pas beaucoup de latitude concernant la fenêtre météo et les accès pour réaliser le trajet dont on lui avait parlé. Le délai, relativement court, entre ses deux projets, la barrière de la langue et une petite fatigue ne l’ont pas empêchée de plonger dans l’aventure. Ayant été accueillie « au milieu de nulle part » – lire : une hutte en plein désert, elle s’est élancée sur un tracé qui s’est avéré, finalement, assez bien balisé. L’idée était de parcourir le sentier en s’y collant, le plus possible, tout en réussissant à voir les lagons, au nombre de trois, dont on lui avait parlé. La journée avancée, après s’être un peu perdue, le dernier d’entre eux lui a offert sa vue. C’était la dernière journée dont elle disposait, le dernier défi. Elle y aura mis onze heures, quelques détours et un grand sourire. « J’ai aimé l’inconnu, vivre avec peu, réaliser que nous n’avons pas besoin de grand chose, que c’est simple. Me rappeler, aussi, que je pouvais prendre soin de moi, bien me traiter, me laisser aller, m’écouter ».

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Photo: courtoisie

À chacun ses défis

Au final, elle en retient qu’il est important que chacun respecte ses défis. Qu’on ne peut pas toujours se comparer. Que lorsqu’on entreprend quelque chose, la dimension de plaisir occupe une place importante. « Comme je dis aux gens que j’entraîne, je ramène toujours ça à « est-ce que j’ai du plaisir quand je cours? » Que je fasse cinq ou dix kilomètres en une heure, c’est une question qui se pose. Je cours à une vitesse où je me sens bien. Je fais quelque chose qui me parle. C’est, encore et surtout, de respecter que chacun établit son objectif et que c’est correct. Qu’il n’y en n’a pas un qui soit meilleur que l’autre ». La variété des expériences, que l’on parle de course ou d’autre chose, demeure impressionnante et inspirante, bien entendu, mais son essence se loge dans la façon dont elles résonnent pour chacun et chacune d’entre nous.

Le retour aura été marqué par le choc et le décalage quant aux réactions des gens, à ce qui se dépeignait sur les visages, au passage, à l’aéroport. Des airs désespérés, des yeux à peine exposés alors que le reste est emmitouflé, une chasse aux billets d’avion pour rentrer. Par la présence, virtuelle, aidante et aimante, de son amoureux, lequel était prêt à tout pour qu’elle puisse revenir au pays.  À Québec, les rues étant vides et la quarantaine nécessaire, le temps s’écoule jusqu’au retour au travail et il laisse doucement émerger les pensées, les idées. Le voyage semble déjà loin. Mais il reviendra. Toujours.

Avec le plaisir

Avec l’imprévu

Avec les défis

 

 

Les explorateurs de l’aube

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Photo: courtoisie

Les explorateurs de l’aube

Martine Marois et Danny Landry partagent la vie à la maison comme à la course. Ils ont instauré, à même leur quotidien, une routine qui donne à ce sport un élan et qui leur permet de grandir à travers l’expérience. La complicité qui les unit est palpable. Ils s’offrent un défi comme un plaisir dont on se délecte et dont on se souvient jour après jour en l’intégrant à notre réalité. Derrière eux: la découverte de la course en sentier. Au-devant: le Tor des Géants, à nouveau. Et entre les deux, un moment pour se préparer, mais aussi pour se poser.

Devant une montagne

Leur aventure commune s’est amorcée dans le virage d’un défi sportif encadré par Martine, alors coach chez Esprit de Corps. Tous deux parents monoparentaux, l’entraînement et la montagne ont dévoilé une opportunité qui s’est avérée cruciale dans la suite des événements. Préparation, ascension et covoiturage ont tissé la trame de ce qui allait se construire dans la plus grande ouverture. Le secret? C’est la faute de la Gaspésie. C’est aussi, je crois, l’élan qu’ils insufflent à chacune des expériences qu’ils entreprennent. Ils s’entraînent ensemble aux petites heures, pendant que nombre de gens dorment encore. Le plaisir et la découverte les guident. Ils ont soif de défis qui dépassent l’entendement. On pourra d’ailleurs les considérer, maintenant, comme des habitués du tracé du Tor des Géants, un événement qui en secoue plus d’un.

Au fil des courses

Danny exprime : « On courait déjà tous les deux. Avant qu’on ne se connaisse, je courais un peu. J’avais déjà fait des demi-marathons, des trucs comme ça. Je n’avais jamais fait plus long que ça, mais je courais à toutes les semaines, j’étais très actif. Martine faisait déjà ça, elle aussi, de son côté, alors je pense que lorsqu’on a commencé à être en couple, ça s’est installé tout seul parce qu’on partageait déjà cette passion-là et on l’a développée à deux ». Chacun avait développé une aisance à la course, mais l’élément déclencheur, selon Martine, a bel et bien été la course en sentier.

À l’époque, Martine agissait notamment en tant que coach auprès de groupes de coureurs. Ce qui était, à ce moment-là, la plus longue course en sentier au Québec, l’Ultra trail Harricanna, affichait l’ouverture de ses inscriptions. Ayant été mise au défi par un coureur, Martine s’est engagée à s’inscrire et Danny aussi, motivé par l’idée d’aller explorer ses limites. Le plan initial était de franchir la distance de 65 km. À la suite d’une invitation à intégrer, sans frais supplémentaires, les rangs des partants pour le 80 km, le plan prenait une tangente un peu différente. Dans la conception qu’en avait Danny, courir 65 ou 80 km, c’était du pareil au même. Martine avait plutôt en tête : « Non, mais, c’est parce que tu n’as jamais couru de marathon… ».

En vue de réaliser ce défi de taille pour lequel ils n’avaient aucun comparatif, ils ont pris le départ de l’Ultra trail du Mont Albert afin de compléter le trajet de 42 km. Expériences un et deux en poche, heureux, mais éprouvés, ils n’ont jamais cessé de se lancer des défis en course en sentier depuis. La première année aura été une année de découverte. Danny en dit aussi : « Après ça, on a comme juste augmenté et on a été de plus en plus audacieux, même si on savait qu’on aurait pu juste travailler à améliorer nos temps. On choisissait une distance supérieure et on se disait « On verra où ça va nous mener ».

L’année suivante, quelques abandons lors de longs parcours, en course, ont eu un impact intéressant. Plutôt que de se sentir décontenancés devant le choix de mettre un terme à une expérience en cours, ils ont surtout retenu le plaisir et la joie de pouvoir identifier les points forts tout comme les dimensions à parfaire en vue de retenter le coup, d’entreprendre de nouveaux défis.

Martine a grandi en jouant au basketball, puis en pratiquant la course sur route, principalement. Danny jouait au hockey et s’est tranquillement dirigé vers la course à pied. Ils se sont retrouvés là où les chemins n’existent pas, là où il importe de faire confiance à la nature : dans les sentiers, à flanc de montagne, en se rendant jusqu’aux sommets.

Être contagieux

La course en sentier, pour Martine et Danny, est synonyme d’aventure à vivre en équipe. Ils ont convenu de progresser ensemble, en respectant le rythme propre à chacun. En se retrouvant, inévitablement, quelque part. Martine évoque : « C’est moi qui propose, tout le temps, les plans de fou. C’est moi qui vais chercher la documentation et tout ça. Une fois qu’on est sur la montagne, c’est Danny la sécurité. C’est Danny la sagesse.  On fait une superbe équipe pour explorer ». Danny ajoute qu’il ne voit pas de limites. Il se plaît à trouver des défis qui peuvent sembler insurmontables. Il en dit d’ailleurs : « Parfois, les gens pourraient dire ‘’Ben voyons, c’est complètement malade! T’as pas fait tes classes encore.’’, mais j’ai besoin de me dire

C’est infaisable, ça n’a pas de bon sens? Ok, j’y vais ». Ils sont tous deux d’accord : « C’est l’expérience qu’on va chercher. On est des gens de processus…plus que de performance ». Ils aiment en profiter, parler, aller à la rencontre des gens et rire ensemble, même – et surtout – dans les moments qui s’avèrent exigeants. Le plaisir qu’ils en retirent prend tout son sens dans la satisfaction personnelle, l’accomplissement ressenti plutôt que dans un classement. Ils ont soif d’aventure et parmi celles qui ont capté leur attention, le Tor des Géants en est une. Cette épopée, ils l’ont vécue à plus d’une reprise (une et demie pour Martine, la première se terminant au 192e km, et deux pour Danny). Entre temps, Danny s’est également senti interpellé par le triathlon et a complété un Ironman, une expérience qu’il a adorée, mais la course demeure la piste favorite.

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Photo: courtoisie

Les défis à venir

Le temps n’a pas usé leur volonté. Au contraire, elle est encore forte. Forte de ces expériences, forte de ces moments uniques qui peuplent leurs saisons. Martine, Kinésiologue et kinésithérapeute de formation, prépare les plans. Organisation et inspiration sont au rendez-vous afin de construire ce qui les mènera sur le parcours, jusqu’à la ligne d’arrivée, si tout va comme prévu. Ils se connaissent. Ils savent de quoi ils ont besoin. À ce propos, il y a quelques années, Martine a été diagnostiquée coéliaque. C’est un des facteurs qui auront véritablement remodelé l’entraînement ainsi que la préparation, comme la gestion de l’alimentation – un élément d’ores et déjà crucial – lors d’un événement.  Ils se préparent en courant à la frontale, aux petites heures du matin, ou encore au retour du travail. Pendant la semaine, Martine court davantage alors que Danny s’entraîne à vélo. Les weekends se construisent autour de sorties dans les Montagnes Blanches, un vaste terrain de jeu et d’entraînement.

Encore cette année, le Québec Méga Trail risque d’être à l’horaire avant l’objectif Tor des Géants. « Ma vision en lien avec cette course commence vraiment à se placer. Je sais quel est l’effort que j’ai mis et ce que j’ai à mettre de plus pour améliorer mon temps. Je suis déjà entrain de faire ce travail psychologique de préparation mentale ». Danny ajoute : « Il y a deux choses qui vont aider à ton succès : tu as l’expérience du terrain et tu as aussi une équipe de soutien ». Car, lors de cette édition, Danny agira en tant qu’équipe pour venir en aide à Martine. De son côté, il envisage compléter un défi différent, où elle l’accompagnerait, à son tour. On sent que la ligne directrice est claire et que l’énergie investie est entière. Aucune ambiguïté. Et même si le doute se levait, il irait probablement boire une tisane en attendant le prochain train. L’inspiration se lève, je crois, et elle irradie de la détermination qu’on peut ressentir dans la communication partagée par cette équipe. La complémentarité offre une latitude qui semble permettre à chacun de rayonner, d’y trouver son compte et de terminer, ici ou ailleurs, tout près de l’autre.

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Photo: courtoisie

Entre la route et la montagne

De Montréal à la Gaspésie, les années ont passé. Ils se sont rencontrés une première fois, un projet de montagne en tête et ils ont eu, je crois, cette opportunité de faire grandir un rendez-vous qui se renouvelle avec la grandeur de l’expérience, du partage qu’ils en font, des apprentissages qu’ils en retirent. Martine continue de proposer des « plans fous » et Danny s’y investi avec coeur, y trouvant sa douce vêtue d’une grande force, mais aussi en traçant son chemin avec cette passion qu’est la course en sentier. Dans la lignée, des projets tels que le Tor des Glaciers sont dans l’air. Mais d’abord, place au moment. En souhaitant vivement que l’été soit synonyme d’ouverture, d’instants qui se multiplient, conduisant aux montagnes d’aujourd’hui et de demain, plein soleil.

Sur une crête étroite

« On peut découvrir en soi, et autour de soi, les moyens qui permettent de revenir à la vie et d’aller de l’avant tout en gardant la mémoire de sa blessure. Les chemins de vie se situent sur une crête étroite, entre toutes les formes de vulnérabilité. Être invulnérable voudrait dire impossible à blesser. La seule protection consiste à éviter les chocs qui détruisent autant qu’à éviter de trop s’en protéger ».

Boris Cyrulnik

De chair et d’âme (2006)

 

Les passants baissent les yeux, le visage figé, les lèvres neutres. J’ai croisé, en pleine forêt, une ou deux grandes familles et des amis bien distancés. Nous ne sommes pas à proximité de la ville, mais la tension se fait sentir. L’air, pourtant vivifiant, ne semble toucher les peaux qu’avec un peu de recul, alors que le temps passe.

On respire parce que les minutes sont précieuses. Parce qu’on a un moment et une santé pour faire un tour, entre deux soubresauts de travail ou de connexion internet. Je pense à tous ces gens qui ont vécu une grande partie de leur vie (peut-être leur vie entière) dans l’isolement, la solitude, la souffrance, la maladie, avec le stress, l’anxiété et/ou dans la peur. Il y en a pour qui cette réalité n’a rien de nouveau quant aux sensations qu’elle éveille. Quant à ce qu’elle soulève. Pour certains, c’est un choc. Comme un marteau qui s’affaisse alors qu’on ne l’avait pas prévu. Comme un arbre qui s’effrite quand on le croyait presque immortel. Le mouvement de masse amplifie la situation, pour le meilleur et pour le pire…

En période d’incertitude, on se demande comment concevoir le fait de résider dans ce genre de situation de façon indéterminée. Comment y entrer et en ressortir? On peut toujours s’évader, ne serait-ce que par la pensée, avec la force de l’esprit (ce qu’on appelle « le mental »). En profiter, surtout, pour cultiver la paix. Pour soi. En soi. Peut-être éveiller l’équilibre alors qu’il peut sembler, à prime abord, brisé. Il existe des peuplades de réflexions qui effleurent, qui visitent, qui transpercent.

On s’observe, à distance.

On nidifie.

On cultive l’espérance.

Et, dans la foulée, on commence à parler de solidarité.

Ici, maintenant, dans quelques mois, dans quelques années aussi, je l’espère. Parce qu’on a tous besoin de ces regards remplis d’ouverture, de franchise et de volonté d’aider l’autre, de contribuer, de grandir.

Entre les deux, je me suis fait la promesse, au gré de mes allers-retours au travail et des bourrées d’oxygénation au grand air, de continuer à sourire à ceux et à celles dont le regard croisera le mien. Enfin, s’il advenait que la routine me confine au hameau familial, je ferai de mon mieux pour faire naviguer les sourires sur les fils invisibles. Pour moi, pour nous. Histoire qu’on se voit un peu, en vrai ou en ondes.

Inner peace

#solidarité

#lacliniqueducoureur

#healthyrebeltribe

Jessica Lange et Olivier Le Méner: une équipe de choc

Une équipe de choc

Photo: Courtoisie Jessica et Olivier

Leur rire est contagieux. Échanger un moment avec Olivier Le Méner et Jessica Lange, c’est prendre le temps de plonger au coeur d’une équipe à toute épreuve, d’un noyau qui se transpose, dans le temps, avec une constance et une volonté qui impressionnent. Ils ont chacun leur bagage et pourtant, leurs expériences de vie se fondent en un seul trésor, bien ancrées dans le quotidien.

Les débuts

Jessica a grandi dans un village où pratiquer la course à pied était plutôt marginal. « J’ai toujours été une passionnée de course à pied, dès mon plus jeune âge. Dans le secteur où j’habitais, j’étais la seule à courir. C’était comme pas le sport, en plus, à ce moment-là, qui était connu et reconnu. Mais moi j’aimais ça. À travers les années, ça a été un petit peu comme un dancing. Parfois je reprenais la course. Parfois j’arrêtais ». Se remettant tout d’abord à courir pour accompagner Olivier alors qu’ils venaient de s’installer au Québec, elle ne s’est jamais arrêtée depuis.  À la base, elle a toujours aimé la vitesse. « Après, j’ai commencé à faire un peu plus de longue distance en accompagnant Olivier en trail. J’ai toujours fait de la course sur route. Le trail était donc très, très nouveau pour moi. J’ai commencé à le suivre un petit peu et il est vrai que j’aime beaucoup l’environnement et c’est de là que j’ai commencé à faire un petit peu plus de longue distances ».

Olivier, à grands renforts de confiance, relate son expérience de vie en tant que militaire : « J’ai réussi à entrer dans l’armée – j’avais emmené Jessica, je lui avais fait quitter son travail. J’étais persuadé que j’allais entrer dans la marine et en fait, j’étais entrain d’échouer à mes tests de course. J’avais un 8 km à faire en trail et arrivé à cette sortie, je me suis foulé la cheville le long d’une rivière ». À ce moment-là, Olivier croyait s’être perdu le long du parcours. Puis un ami est arrivé, derrière lui, et lui a offert de l’aide en portant son sac. Il ajoute : « Tu sais, ça pesait 15 kilos. Et là, j’ai allumé. Le cerveau a dû déconnecter. J’ai oublié ma douleur, je l’ai suivi, j’ai avancé, puis il m’a redonné mon sac. On a fini ensemble et j’ai réussi à être pris dans ces classes-là, à suivre la formation que je voulais tant suivre ». Il s’est toujours entraîné depuis. L’entraînement a fait partie de son quotidien et c’est ce qu’il s’applique à transmettre, jour après jour, auprès de ses clients, des athlètes, de ses collègues, de sa famille.

Ce qui les relie

À l’écoute de Jessica et d’Olivier, je me sens attendrie par la force de la communication qu’ils entretiennent et par la façon dont ils en font un langage commun. On peut sentir que les chemins les ont fait grandir et qu’ils ont en main tout un bagage pour courir à travers la vie. Outre trois beaux enfants, tout aussi éveillés, curieux et actifs qu’eux, ils ont donné vie à une passion qui s’est construite au fil des défis.

Originaires de France, ils sont arrivés au Canada avec le désir de s’y installer. La transition aura été un moment bien particulier, comme Olivier était pris par le travail…et la poutine! Reprendre du mieux, physiquement parlant et garder la forme ont été des facteurs déterminants pour la suite, pour le rythme qu’a adopté la famille, pour pouvoir accompagner Jessica dans ses projets, elle qui s’était aussi remise à la course entre temps, histoire de retrouver son homme et de le suivre dans sa routine. Olivier, qui se décrit comme un coureur social, évolue dans le monde de la course en appréciant particulièrement soutenir des gens, les aider à atteindre leur plein potentiel. C’est un peu ce qu’il vit maintenant avec Jessica, en prenant soin de l’épauler dans sa démarche et de la suivre, peu importe le rythme qu’elle choisira d’adopter. Il exprime : « Je serai toujours à ses côtés. Quand on a des sorties ensemble, c’est vraiment, pour moi, une sortie ensemble. Je la consacre à ce que Jessica soit à son rythme. Qu’on puisse discuter si elle en a envie. Ou alors si elle me dit “On force un peu plus aujourd’hui“, on y va. C’est d’ailleurs pour ça que je m’entraîne fort. Pour pouvoir accompagner tout le monde dans différents types de sorties ».

Les défis qui suivront

À l’heure actuelle, Olivier et Jessica courent surtout en mode endurance. Olivier ajoute : « On est plus en mode discussion. C’est comme une réunion de couple, ces sorties, maintenant. On refait et on discute de nos projets. En fait, on passe du temps de couple de qualité quand on prend ces temps de sortie alors qu’avant, justement, le fractionné et tout…courir avec la montre…On poussait plus la machine, alors on avait moins de temps pour nous deux ». Ce sont des moments qu’ils partagent parfois aussi avec leurs filles et ceux-ci revêtent un caractère tout spécial. Il s’agit d’une conception différente de la course, centrée sur les moments agréables et actifs qui peuvent être partagés.

Au fil des sorties, les projets sont nombreux et ils émergent de ces discussions qu’ils partagent. La course les amène plus loin. Elle transporte la réflexion et nourrissent les rêves qui deviennent des objectifs. Plus ils cheminent, plus leurs chemins semblent se rapprocher. Olivier gère l’Ultra Trail Académie et développe les tuques Owl Active alors que Jessica construit à partir de ce qu’elle souhaite transmettre sur les plans psychologique et physique.

De fil en aiguille

Inspirés par de nombreuses personnes, par ce mode de transport qu’est la course, ils tissent leur avenir. Olivier parle de Florent Bouguin : « Il me pose plein de questions, notamment à propos de mon avenir professionnel…tout ça en courant. Il m’encourage énormément dans ce que je fais, dans les projets que je monte pour le trail. C’est important aussi pour lui, la communauté. On a des valeurs qui sont assez proches, donc je pense que c’est pour ça qu’on se retrouve assez souvent ». Jessica, de son côté, pense à Serge Girard : « C’est un français qui s’est mis à la couse à pied vers l’âge de quarante-cinq ans. En fait, il a fait le tour du monde en courant. C’est un grand inspirateur, avec beaucoup d’humilité. Il m’a raconté son histoire. C’est important pour lui de ne pas donner de conseils. Il m’a raconté sa façon de faire, qui m’a d’ailleurs beaucoup aidée pour mes vingt-six marathons ».

L’année qui se dessine apporte avec elle ses projets qui appellent à être développés et dévoilés. Pour l’équipe de choc, la course transforme le quotidien et les place dans une dimension où l’action prédomine. « On est dangereusement ambitieux! », ajoute Jessica. De ces dix à quinze heures consacrées à la course, un bouquet de créativité et de précieux échanges voient le jour. Ce sont ces moments qui contribuent à créer autant de souvenirs qu’un avenir où tout peut être possible.