52 jours pour écrire, jour 1

 

Jour 1

Voilà, c’est le moment.  Un grand shift. Comme j’ai tendance à passer beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps au pied d’une montagne (transposition littérale autant que poétique – dans le sens de chemin de vie), j’ai décidé de m’entreprendre.  À quoi ça rime?  Et bien, nous allons le découvrir ensemble, au cours des cinquante deux prochains jours.

Je propose de poser sur cette page un texte, susceptible de témoigner de l’état d’être, de l’agir et/ou du parcours effectué, sous un angle choisi.  Il est possible que certains écrits paraissent moins songés que d’autres – je ne prétends pas rédiger avec brio; je me livre,  Certains pourraient être plus songés (probablement dû à l’acclimatation entre les palliers de la montagne!).  Il est également possible que les moments abordés se présentent comme simples et dénudés de tout artifice.  On peut appeler ça marathon, pèlerinage ou ascension.  Peu importe la nomenclature, la principale idée est de faire vivre en bouchées de mots cette évolution.

Il y a deux jours, absorbée par mes découvertes en bibliothèque, j’ai feuilleté un ouvrage intitulé:  »52 jours pour réinventer ma vie », d’Alain Samson.  à première vue, ce livre me rappelle que J’en ai lu, j’en ai vu, j’en ai appris et expérimenté des techniques, des exercices et des expériences dans cette veine.  J’en ai été aussi passionnée qu’accro –  les deux vont sûrement de pair.  Quoi qu’il en soit, j’ai ressenti le besoin de le ramener à la maison.  Je l’ai posé à côté de mon lit, me suis assise et l’ai observé, avec le sentiment que quelque chose allait se passer (à  dire vrai, je l’ai aussi déposé à côté de moi, dans le lit).  J’avais envie d’entendre.  Pas juste de lire.  Pas de suivre religieusement ce qu’on y prescrit.  J’avais envie d’Être ça.

J’ai donc décidé de commencer.  Cinquante-deux jours, ça passe vite, alors aussi bien se mettre en branle – être visible – maintenant.

En ce premier jour, attention portée à décortiquer le mot marathon.  Je retiens marate, définit comme suit:  « Pré humide couvert d’herbes pouvant être fauchées ». Alors je me suis imaginé que c’était ça, être au pied d’une montagne et savoir que le temps est venu de transformer un peu les choses.  Quelles choses?

À suivre

S’engager, est-ce que c’est une parenthèse?

DSCF8268

Isabelle, petite lutine

Quand j’étais petite, on entendait souvent que s’engager, c’était pour la vie.  Les relations évoluaient généralement dans la permanence et les gens, comme les événements, se façonnaient et se transformaient au gré des  bon coups comme des épreuves – certains auraient gagné bien entendu, à ne pas faire équipe, faute d’entente entre les partenaires.  Aussi, au cours de mon enfance, j’ai dû assister à une vingtaine de mariages.  Il existait, bien sûr, de ces familles qui se séparaient, des vieux garçons et des vieilles filles, des projets qui n’aboutissaient pas, tout comme maintenant.  On n’en faisait cependant pas la règle.

De nos jours, on a vécu la transition entre l’exception et la généralité: l’engagement fait peur.  On veut avoir du plaisir.  On veut connaître le beau.  On veut partager, échanger et grandir – et c’est bien -, mais il arrive qu’on se rétracte quand la nécessité de s’observer et/ou de se remettre en question se présente .  La tendance est à fondre et à disparaître.  On préfère trouver autre chose, voir quelqu’un d’autre.  Ça demande beaucoup.  Beaucoup trop.  Et, attention, ça implique le coeur, pour de vrai! Il appert que le coeur est le lieu de l’enfant, celui qui a eu peur, qui a été blessé,  abandonné,  rejeté, jugé, critiqué.  Comme il est, sous une autre facette,  un espace de magie, d’émerveillement et de grandes découvertes.  Il reste qu’en regard des périodes difficiles qui sont vécues, les blessures risquent de créer des empreintes lourdes et volumineuses, lesquelles écrasent parfois ce qu’on appréciait le plus.  Et puis, un jour, on le tasse et l’on oublie.

Jusqu’à ce qu’arrivent de nouveaux épisodes dans nos quotidiens.  Par exemple (mise en contexte), on « tombe en amour », on devient un couple et tout à coup, les semences de nos engagements nous livrent des petits lutins en forme de bébés.  Ceux-ci occupent alors une place.  Elle peut être restreinte, moyenne ou énorme, cette place, dépendant de l’équilibre et des choix des familles.  Puis les bébés grandissent.  Partant du premier jour, en y enfilant tous ceux qui suivront, les parents sont irrémédiablement confrontés à tout ce qu’ils ont tenté d’éviter de voir en eux (en tant qu’individu et en tant que couple) – au passé, au présent et au futur.  Ils se mettent à pédaler.  Certains réapprennent même à nager à une cadence surprenante.  D’autres se contentent de continuer exactement comme avant, en mettant les petits en conserve et en souhaitant qu’ils n’en souffrent pas trop.  C’est pas grave, diront-ils, la priorité, c’est moi, mon travail et ma vie.  Le reste, c’est secondaire.  Il arrive que les embrouilles perturbent un peu.  Alors, il existe des adultes qui s’absentent plus souvent – on peut comprendre, c’est normal de prendre de l’espace quand on n’en peut plus, quand c’est trop dur, quand on veut arriver à respirer.  Il se présente ensuite toutes sortes de raisons pour éviter les enfants, leur routine, par conséquent, celle de la famille.  Toutes sortes de raisons pour éviter ce qui tendrait vers l’observation de nos propres blessures.  C’est trop confrontant.  C’est fatiguant et puis…trop d’engagement.

Alors, en bon adulte, on réajuste notre vie.  Fini  l’engagement.  Plus de lutins.  Je te quitte, tu me quittes; on passe à l’étape suivante.  T’inquiète, on trouvera bien un arrangement.  Et la roue tourne.  C’est un moment important.  Il s’ensuit un ensemble de choix dont l’impact est considérable; on en arrive à la monoparentalité.  Histoire de chiffres:  au Québec, en 2011, on comptait 9 971 320 familles, dont 2 349 230 familles monoparentales.  Sur ce nombre, 1 878 850 étaient dirigées par des femmes et 470 380 par des hommes*.  Plus de 50% des familles monoparentales vivaient sous le seuil de la pauvreté.  À même ce virage,  il arrive qu’on refasse l’inventaire  des parcours et qu’on réalise que certaines orientations – comme celle sous-tendant un engagement en couple – n’étaient pas tout à fait conscientes et ce, dès le départ.  Se sont tout de même vues véhiculées: un lot d’expériences propres à faire grandir, à réaliser, peut-être, qu’on en a mis du temps à oser être pleinement nous-mêmes.  Et qu’on en mettra potentiellement encore le double, de ce temps, à accepter qu’un bon bout de l’histoire nous appartient et que c’est à nous de le retravailler.  Il est possible de se conforter dans le déni.  Un jour ou l’autre, tout de même, le deuil se présentera à la porte.  Il fait partie de la vie.  De la nôtre et de celle des enfants aussi.

Et eux, il le sentent.  Souvent bien avant nous.  Ils nous enseignent en grand, juste en faisant partie des quotidiens.  Admettons qu’ils choisissent leurs parents.  Oui, supposons que tout était planifié.  Est-ce que ça expliquerait quelque chose?  Quoi qu’il en soit, ça dérange.  Ça fait pleurer.  Ça fait rager aussi.  Les parents, comme les enfants, grandissent suite à ces défauts d’engagement; ça compte dans le panier de la vie.  Ils apprennent, ils s’adaptent, c’est vrai.  Ils en souffrent aussi.

– « Est-ce que tu te rappelles quand tu étais petit? Ton papa avait quitté la maison.  Tu t’ennuyais.  Tu ne le voyais pas beaucoup et quand ça se produisait, tu avais l’impression qu’il n’était pas disponible.  Ça t’as pris plusieurs, plusieurs années à lui pardonner.  Maintenant,  tu lui parles, car toi aussi tu es devenu papa.  Toi aussi, tu t’es séparé.  Et, dis-moi, tes enfants, tu les vois souvent?  

– Je suis très occupé.  J’ai pas le temps…

– D’après toi, comment ils vivent ça?  

– Très bien;  je pense à eux.

– T’es-tu déjà demandé si les vieilles histoires se répétaient?

Ben non, voyons! C’est impossible!« 

Il est vrai que le passé est passé et qu’on a pas toujours besoin d’y revenir.  Pourtant, il arrive qu’on prenne le temps de le revisiter, au risque de se sentir chaviré.  On en ressort toujours au présent, plein de toutes nos expériences, entouré de l’actualité. Qu’est-ce que ça donne?  Rapporter ces morceaux qui nous manquaient, faire le pont entre les bris d’engagement qui nous ont blessés, ceux que nous avons répétés pour enfin réussir à les laisser aller.  Il est possible que rien ne change, mais il y a fort à parier que notre paire de lunettes – notre façon de voir certaines choses –  ne soit plus la même.  Supposons ensuite qu’on ose croire que les lutins (les enfants) en bénéficient positivement, à l’image de tout ce qui meuble notre réalité:  notre individualité, la famille, la vie intime, le travail, la maison, etc.

Mais ça, c’est une autre histoire.

*Statistiques Canada: http://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2011/dp-pd/tbt-tt/Rp-fra.cfm?LANG=F&APATH=3&DETAIL=0&DIM=0&FL=A&FREE=0&GC=0&GID=0&GK=0&GRP=1&PID=102073&PRID=0&PTYPE=101955&S=0&SHOWALL=0&SUB=0&Temporal=2011&THEME=89&VID=0&VNAMEE=&VNAMEF=

La chanson

Il existe une tribu, en Afrique, où la date de naissance d’un enfant n’est pas comptée à partir du jour où il est accueilli en chair et en os, ni à partir du moment où il est conçu, mais à partir du jour où l’enfant se forme en pensée dans l’esprit de sa mère. Quand une femme décide qu’elle aura un enfant, elle s’en va s’asseoir sous un arbre, seule, et prête l’oreille jusqu’à ce qu’elle entende la chanson de celui qui veut venir. Une fois qu’elle a reconnu l’air, elle revient vers l’homme qui sera le père de l’enfant, et lui en fait part. Puis, quand ils font l’amour en vue de concevoir physiquement l’enfant, ils chantent, par moments, la chanson de l’enfant comme une invitation à venir s’incarner.

Quand la mère est enceinte, elle enseigne la chanson de son enfant aux sages-femmes et aux vieilles femmes du village afin qu’à la naissance de celui-ci, les aînées de même que les gens autour d’elles chantent cet air en guise d’accueil. Puis, comme l’enfant grandit, on enseigne sa chanson aux autres villageois. S’il tombe ou se blesse un genou, quelqu’un l’aide à se relever et lui chante cette chanson. Si l’enfant fait quelque chose de magnifique, par exemple, ou encore traverse l’étape de la puberté, les gens du village l’honore en lui chantant à nouveau sa ritournelle.

Au coeur de cette tribu africaine, il y a une autre occasion pour laquelle on adresse la chanson à l’enfant: si, à quelque moment de sa vie, celui-ci commet un crime ou un acte social outrageux, il est appelé au centre du village et les gens de la communauté forment un cercle autour de lui. Puis, ils lui offrent (en chant) à nouveau sa chanson.

La tribu reconnaît que les comportement asociaux ne se corrigent pas au moyen de la punition, mais plutôt en faisant usage d’amour et d’accompagnement au retour à son identité. Lorsqu’une personne reconnaît sa propre chanson, elle n’a aucun désir ou besoin de faire quoi que ce soit qui puisse heurter un autre individu.

Et les choses se passent ainsi tout au long de leur vie. Lors des mariages, les chansons sont chantées, ensemble. Puis, finalement, quand le grand enfant gît dans son lit, prêt à quitter ce monde, tous les villageois connaissent sa chanson et lui offrent une dernière fois.

Peut-être n’avez-vous pas grandi dans une tribu africaine qui chante votre chanson lors de transitions cruciales opérant à même votre parcours, toutefois, la vie vous indique toujours les moments où vous êtes près de vous-même et ceux où vous vous en éloignez. Lorsque vous vous sentez bien, ce que vous faites s’accorde avec votre chanson. Aussi, lorsque vous vous sentez complètement à l’envers, cela se reflète dans les sons qui vous appartiennent. Ainsi, nous gagnerions tous à reconnaître notre chanson et la fredonner à pleine intensité. Il se peut que vous vous sentiez un peu incertain, par moment, à l’instar de tous les grands chanteurs. Continuez simplement à chanter, et vous retrouverez le chemin de la maison.

Traduction et adaptation de l’article : http://thegodmolecule.tumblr.com/post/48146343226/here-is-a-tribe-in-africa-where-the-birth-date-of

 

Le paradoxe entre être visible et être caché ou le secret qu’on se fait à soi-même

clémentif1

Le paradoxe entre être visible et être caché ou le secret qu’on se fait à soi-même.

Un plaisir ou un défi? Quand on est petit, on adore jouer à disparaître et à réapparaître, le temps d’un éclair.  Cela peut être un plaisir – tel qu’en témoigne la photo ci-haut –  lorsqu’on s’y adonne en compagnie d’enfants.  Une table de cuisine devient une forteresse aux coins et recoins imaginaires et l’on trouve des espaces-cachettes spontanés, peu convaincants et qui pourtant, nous font sourire.

Cela peut encore revêtir l’aspect d’un défi dans l’éventualité où l’on n’arrive pas à envisager la perspective d’être vu et de faire comme si ça n’était pas le cas.  Ou encore, si l’on transpose ceci à une situation courante de la vie adulte, le défi de s’afficher tel que l’on est, intègre et transparent, dans les sentiers de notre quotidien.  Qu’il s’agisse de la ruelle en bordure notre habitation, des passages piétons, des aires publiques, du lieu de travail ou de l’école, il demeure que de se présenter ainsi, faisant fi des cachettes et des secrets (autant que possible), représente beaucoup.

Qu’entend-on par là? Il appert que d’être soi-même, d’accepter que les autres nous regardent, qu’il nous jugent peut-être, qu’ils nous dénigrent ou qu’ils s’inspirent de ce que nous présentons constitue une charge avec ses conséquences.  On peut en retirer le plaisir de s’être permis d’être vrai.  La joie d’éviter de chercher à cacher le lot de nos réalités.  La tristesse de ne pouvoir offrir davantage aux yeux des autres. Le désarroi de ne pas leur convenir.  La colère de faire face, de temps à autres, aux atours de l’artifice, ce qui peut paraître ridicule et aberrant.  On s’y ajuste en fonction de nos valeurs, de nos choix de vie, de notre culture.

Quoi qu’il en soit, se cacher et maintenir les choses (les faits, les situations) en vase clos ne semble pas apporter de satisfaction et de solidité à long terme.   Il est fort probable qu’un jour ou l’autre, les secrets s’effondrent avec l’illusion de bien paraître, faisant ressortir les blessures qu’il n’a pas été possible d’exprimer. Et, inévitablement, ce que l’on croyait invisible devient visible.  Le miroir de nos fuites, des espaces cachés, des secrets de famille et des cachoteries qu’on se faisait à soi-même occupent désormais une place proéminente.  Ces moments où l’on a tenté de se convaincre qu’il n’était pas possible ou pertinent de s’observer véritablement, tout cru, de même que ceux où il nous répugnait que les autres nous voient vraiment nous rattrapent.

Aussi, les questions suivantes se posent: est-il nécessaire de jouer le jeu du paraître ou de l’invisibilité en sachant que chacun porte en soi – et dans la vie – un rôle et que sa tâche, bien que parfois ambiguë, relève notamment d’accomplir son propre plan de match en tant qu’individu? Et, plus que tout, est-il pertinent de passer la majeure partie de son existence à se cacher derrière soi-même? Derrière sa famille? Derrière des valeurs que l’on a adoptées, sans y poser regard, parce que d’autres, autour de nous, ont choisi de les véhiculer?

Finalement, serait-il vraiment embarrassant d’incarner ce que nous sommes le jour, la nuit et dans l’entre-deux?  Il y a là matière à réflexion.  Dans l’éventualité où l’on oserait se pencher davantage sur le sujet, on pourrait peut-être conclure qu’il vaut la peine de s’habiter, de se matérialiser et de rayonner de sa personne.  Et peut-être encore pourrait-on prétendre communiquer simplement,  en aspirant à être complet, plein et vide à la fois, en chemin vers une vie à soi. Une vie heureuse.

Note: Quant à l’image ci-haut, lorsque l’adulte se décida à sortir d’en dessous de la table, elle se maria et réalisa beaucoup, beaucoup de projets.  Comme quoi les contes de fées continuent d’être utiles, surtout quand on grandit!