Tricotés serrés, du coeur aux sentiers

Photo: courtoisie

Originaires de la région de Saguenay, Audrey Tremblay et Stephan Perron ont toujours été actifs. De la planche à neige au vélo, en passant par la course, ils se sont donné pour mission de mettre l’activité physique au coeur de leurs routines. D’année en année, les opportunités et les occupations les ont rapprochés de ce qui est, aujourd’hui, une passion qu’ils partagent à plusieurs groupes de gens, soit la famille VO2 dont ils sont les instigateurs, avec quelques ami(e)s. Ils ont notamment sillonné les parcours de l’Ultra trail Harricana, du Québec Méga Trail, de l’Ultra trail Académie et de l’UTMB. D’emblée et de coeur, ils sont     « tricotés serrés ».

Audrey – Force tranquille 

Présente, humble et complètement investie. C’est ce qui me vient lorsque j’écoute Audrey. Son bagage est inspirant et elle entretient ce lien qui la relie à Stephan, à sa famille, à la vie en nature, lesquels transparaissent dans chacun de ses partages. « On a toujours été actifs et on incluait les enfants là-dedans. Moi je me souviens, je partais avec mes gars dans le bébé joggeur, je courais ou on accrochait la poussette sur le vélo et on s’en allait avec les enfants ». Il y a un moment, Audrey n’arrivait pratiquement plus à marcher. La douleur ayant perduré pendant une dizaine d’années l’a conduite sur une table d’opération. On lui a alors posé une hanche artificielle, ce qui a donné un nouveau souffle au parcours actif. Elle avait trente-neuf ans.

« Moi, j’étais plus une cycliste qu’une coureuse. Je trouve ça beaucoup plus facile de faire du vélo que de la course. Puis, un moment donné, Stephan s’est mis à faire des marathons, donc j’ai embarqué aussi. Progressivement, de cinq, dix à demi marathon; je ne faisais pas de marathons dans ce temps-là. On faisait beaucoup de route, puis on s’est retrouvés sur les sentiers. On était un peu sceptiques au départ ».

Audrey a participé à sept éditions du Grand Défi Pierre Lavoie à vélo. Quand même! Elle avait eu l’opportunité d’essayer la course en trail avec un groupe auparavant, mais ne s’y était pas vraiment plongée, démotivée par une fracture de stress. Pour le couple, habitué à naviguer au-travers d’une dizaine de courses par année, le plongeon dans l’univers du trail aura été un beau remède à la récurrence des blessures. Dans l’univers de la course, Audrey se lance des défis. Au demi marathon comme ailleurs, elle s’élance avec beaucoup d’enthousiasme, mais aussi une certaine appréhension : « C’est moi qui me mets de la pression. Je ne suis pas une coureuse rapide, mais je veux améliorer mon temps. On dirait que je me mets de la pression parce que je veux que Stephan soit fier de moi, qu’il soit impressionné…peut-être parce que je veux avoir sa reconnaissance, parce qu’il est tellement incroyable ». Et Stephan de dire qu’elle n’en a absolument pas besoin. L’admiration, le soutien transpire dans cette espace où partager une course est une formidable expérience, malgré tout.

 

Stephan – Instigateur

Stephan occupe deux emplois. Il consacre une grande portion de son temps, en termes de travail, au milieu de l’informatique. Il a également fondé, avec son ami Dominic, la Boutique Vo2, laquelle a contribué à construire cette communauté de la course en sentier à Saguenay et dans les environs. D’emblée, il partage que la course à pied ne faisait autrefois pas partie de ses activités quotidiennes. « C’est Marie-Claude, entraîneure au gymnase où je travaillais qui m’a dit que je devrais faire de la course à pied. Que je me débrouillerais. Suite à ça, j’ai participé à quelques courses, dont un demi marathon, à Ottawa. Au fil d’arrivée, j’ai dit à Audrey que je ne voulais plus jamais en faire ». Trois semaines plus tard, il enchaînait avec un marathon et ne s’est pas arrêté depuis. Éventuellement, Stephan a été ralenti par plusieurs blessures et c’est à l’appel de certains amis, l’ayant invité à venir faire quelques sorties en trail, qu’il a répondu, histoire de changer le mal de place. Aujourd’hui et après avoir notamment couru Montréal (troisième au fil d’arrivée), Ottawa et Boston, il se consacre à la course en sentier. Les groupes de course de sa boutique lui permettent de partager cette passion à l’année, laquelle semble aussi créer un esprit de famille caractéristique. Comme le terrain n’est pas toujours accessible, l’entraînement hivernal implique certaines sorties sur route, question pratique, consacrées aux intervalles. Ils s’offrent de longues sorties en nature les weekends et elles sont précieuses!

Au cours des trois dernières années, Stephan s’est impliqué auprès de la Trail Académie, mise en place par Olivier Le Méner. C’est une collaboration qui s’est avérée enrichissante et qui se perpétue. Qui sait? Peut-être que de nouveaux défis naîtront de ces échanges. À son écoute, la simplicité et cette même complicité qui le relie à Audrey, à la famille et qui leur permet, je crois, de transporter tout un vent d’action, d’activité à l’équipe Vo2, sont palpables.

 

Des projets communs, c’est important – Famille, Boutique Vo2 et groupes de course

L’adoption de jumeaux, Eli et Thomas, puis d’une jeune demoiselle, Noah, auront contribué à construire une famille qui a grandi, comptant aussi, aujourd’hui deux chiens, un lézard, un oiseau. Maintenant âgés de dix-huit et treize ans, les enfants ne suivent pas toujours leurs parents. Au fil des années, l’activité physique est demeurée au centre des préoccupations. À preuve, Audrey et Stephan en ont fait une priorité. À la boutique Vo2, ils sont à même d’échanger avec une clientèle de passionnés en tous genres et de gens qui souhaitent s’initier aux sports tels que la course en sentier, la course sur route, le vélo, le ski, etc. À ce jour, le Club V02 compte une centaine de membres.  Stephan et Audrey ont ainsi installé une routine leur permettant de garder un équilibre tant familial, professionnel que personnel.

La discussion s’oriente vers les choix de course. Audrey est communicative et me semble aussi un peu timide quant à l’exploration de ceux-ci. D’emblée, elle présente cette démarche comme une initiative de Stephan. « C’est Stephan qui va cibler les courses, surtout. On aime ça tous les deux. Moi, je choisis des distances qui peuvent m’aller là-dedans. J’aime ça qu’il y ait de petites distances parce que je ne fais pas d’ultras encore ». Elle a pris part au 42 km de l’UTHC l’an dernier et s’est offert tout un accomplissement. Elle envisage l’expérience du Bromont Ultra (55km) et, à nouveau, de l’UTHC en prenant un départ au 65 km.

« Mon plus grand coup de coeur, ça a été le fait de pouvoir être accompagnatrice sur le parcours du QMT, pour Stephan, l’an dernier. Ça a été une de mes plus belles courses. Je n’avais aucun stress de temps et de performance. J’avais peur de ne pas courir assez vite, mais finalement, ça a super bien été ». Stephan semble sourire au bout du fil. Il partage ce moment où le rythme avait, incontestablement, diminué, où la sensation de courir étaient devenue tout autre. Stephan et Audrey s’esclaffent au rappel de ces souvenirs. Audrey craignait de ne pas pouvoir remplir son rôle en fonction de la vitesse de course habituelle, mais l’ensemble des circonstances et sa volonté ont nourri un espace propice à l’accomplissement. Il s’en dégage une connivence, une complicité remplies de force et de tendresse à la fois. Un partage authentique. Le cadeau, peut-être, de la plus belle équipe à laquelle on puisse aspirer.

En début d’année, les calendriers ne se sont pas remplis, ce qui était inhabituel, mais assumé. Courir avec plaisir et voir ce que les mois apporteraient étaient écrits. Alors que le printemps a quelque peu modifié les plans de tout-un-chacun, c’est réellement ce qui s’est ancré dans la routine. Pas de plan. Sortir, simplement et apprécier le déplacement. « On s’entraîne pour les bonnes raisons, peut-être. On s’entraîne parce qu’on a envie de s’entraîner », partage Stephan. La motivation est commune et elle se partage à deux. Le groupe Vo2, une grande famille, est dispersé, mais on ne l’oublie pas.

Photo: courtoisie

Retour sur l’UTMB

L’été dernier, Stephan prenait part à L’Ultra Trail du Mont Blanc : « Ça a été une expérience incroyable. Si moi j’ai couru pendant trente-neuf heures, Audrey n’a pas dormi non plus pendant trente-neuf heures ». Audrey accompagnait Stephan : « Le premier ravito, quand il est arrivé, j’ai failli lui dire « Arrêtes tout ça là. Je ne l’ai pas fait, mais j’y ai pensé ». Malgré la technicité et la difficulté du parcours, l’expérience semble avoir été grandiose. C’était un rêve, un objectif devenu réalité. Audrey n’a pas pu y courir, mais elle est heureuse d’avoir pu suivre et accompagner son homme. La fierté qui se dégage d’une gestion commune, de cet appui qu’ils s’offrent l’un à l’autre dans ce cadre comme à la vie en général inspirent encore. Au cours de cette aventure, des liens se sont tissés. Stephan raconte l’histoire de son parcours en parlant de cet espagnol avec lequel il est encore en contact aujourd’hui : « On s’est rencontrés pendant la course. Il voulait abandonner. Il avait dit à son ami ‘’Si ce canadien-là arrête, moi j’arrête’’. Moi, je n’arrêtais pas. Je l’ai motivé, sans trop savoir comment j’ai fait. Je lui ai parlé comme dans Les Boys. On s’est serrés dans nos bras et on a pris une bière ensemble après ». Ces rencontres sont uniques et elles nous marquent.

L’un comme et l’autre sont d’accord à ce sujet. Audrey mentionne : « Stephan m’inspire beaucoup. Je le vois aller et je suis tellement fière de lui, de le voir faire de belles réalisations comme ça. Ça rend de bonne humeur, s’entraîner. C’est bon pour nous tous ». Stephan fait le lien avec le dépassement de soi, la gestion du temps, la conciliation travail-famille et le fait de nourrir cet équilibre. « Il y a Pierre Lavoie que je trouve inspirant compte tenu de ce qu’il a traversé avec ses enfants. Il doit avoir six ou sept ans de plus que moi, il est vraiment en forme et il performe encore. Mais au-delà de la performance, c’est de la façon dont il le fait. Sa blonde est à ses côtés, il a toujours une bonne attitude dans les courses, il a le sourire, il respecte les gens sur les ravitos. Pour ce qu’il dégage, c’est un modèle pour moi. C’est un plaisir aussi, la course ». En passant outre la notion de performance, on met l’accent sur l’expérience, sur le plaisir et le dépassement, chacun, chacune à sa façon.

Et pour la suite?

Dans un avenir plus lointain, La Western State Endurance Run (160km) et la Diagonale des fous (165km) sont des pistes pour Stephan. Audrey parle de demi Ironman et d’une course avoisinant la centaine de kilomètres, mais elle croit avoir besoin d’y penser encore. Chose certaine : avant la cinquantaine serait l’objectif. Un cadeau garant de la santé. En attendant, le travail à la boutique Vo2 l’occupe à temps plein et Stephan navigue entre ses deux occupations. L’été s’en vient. Il portera son lot de soleil, on l’espère, au-delà de l’incertitude. Et peut-être quelques nouveaux parcours partagés à deux, en attendant de pouvoir mettre le camion – le West vert –  sur la route de l’aventure.

Photo: courtoisie

Le Trail Polaire au pays de Duschesnay

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                                            Crédit photo: Olivier Mura (www.oliviermura.net)

Samedi soir, 17 heures.  De la neige à perte de vue, pour cette course polaire, s’étirant comme une autoroute, sur des kilomètres, en nature.  Les montées, comme des buttes de sable, allaient, semblait-il, en faire marcher plus d’un.

Au moment où mes pieds se préparaient à ‘’patiner’’, tout en observant le visage de ceux et de celles qui m’entouraient, tout près de la ligne de départ, je me suis rappelée m’être endormie, tout juste avant de me préparer pour la course, assise sur une chaise berçante, les deux pieds accolés au feu de foyer.  Je me suis rappelée aussi qu’arrivée à l’accueil, dix minutes avant l’appel, absorbée par la fébrilité environnante, j’avais échappé mes gants dans la toilette, pressée, peut-être, de défier l’hiver.  Au passage, j’ai croisé une amie qui avait envie de la vivre tranquille, cette course-là.  Il me semble m’être alors demandé ce qui me motivait à participer. Puis, le départ avait été lancé.

La neige coulait et se cachait sous mes pieds.  Chaque fois que je tentais d’accélérer le pas, elle semblait vouloir me faire dévaler avec elle les quelques mètres que je venais de franchir.  En continuant d’avancer, j’ai porté mon attention sur le moment, sur chaque bouffée d’air que je respirais, pensant aussi au plaisir que j’éprouvais à être dehors.  Je me suis mise à savourer les instants où je me retrouvais seule dans la grande obscurité, entourée d’arbres, m’imaginant bondir dans la neige comme un chevreuil.  Je me sentais émerveillée.

Un peu plus tôt, je m’étais élancée, au départ, avec l’idée qu’une course au parcours en boucle risquait de s’avérer ennuyante.  À mon grand étonnement, chaque kilomètre aiguisait un peu plus mon attention.  Peu à peu, le rythme, bien que rapide, me semblait méditatif.  Je m’éveillais au plaisir d’être moi-même.  Unie.

J’avais ensuite vu défiler, dans ma tête, les visages des amis faisant partie du voyage.  Ceux et celles qui m’encourageaient depuis un bon moment déjà et qui, en ce samedi soir, étaient encore là pour courir, pour lancer de bons mots, pour apporter la chaleur de leur sourire et leur support.  À chacune des boucles complétées, le son d’une présence arrivait comme un cadeau.

Ici et là, je croisais des coureurs, des aguerris, en raquette, des marcheurs et surtout, surtout, des courageux : la neige, comme du sable, se jouait de nos chaussures.  Elle semblait cacher le sol, dissimuler les creux et, de ce fait, titillait la peur de trébucher.  Elle demandait, cette neige, de la patience.  Elle me donnait, à moi, l’envie de persévérer.

En franchissant la ligne d’arrivée, il m’est venu à l’idée que la vie, comme la course, comporte des défis que l’on apprend à relever, peu importe le parcours entrepris.  Je me suis dit qu’on pouvait en choisir des plus ou moins longs, des confortables ou inconfortables, des abrupts, des montagneux, parfois invitants ou encore imprévisibles.  Qu’on pouvait aussi se cantonner à ce que l’on connait – ce qui parait momentanément sécurisant – ou encore choisir d’avancer vers l’inconnu – faire confiance à la vie, à la force qui peut émaner de nous.

Ce parallèle entre la course et la vie en général nourrit la passion que j’ai pour l’une et l’autre.  Ces moments qui nous permettent de tendre vers l’inconnu me rappellent qu’on ne peut jamais tout prévoir et que, même lorsqu’on se sent prêt, il arrive qu’on se laisse surprendre par l’ampleur du chemin qui s’offre à nous.  Il existe, à la rencontre de l’inconnu, une sorte de ‘’thrill’’, une peur, peut-être aussi l’envie de rebrousser chemin, de reprendre là où on en était avant d’oser faire un pas, mais surtout, l’opportunité de découvrir ou d’éclairer une autre partie de soi, une autre route, un sentier, une trail, comme on dit, propices à nous faire grandir encore, à faire naître des sourires, des plaisirs et un bonheur qui n’attendent que nous.

Enfin, on parle de plus en plus de sortir de sa zone de confort; c’est à la mode!  L’image que j’en ai aujourd’hui se rapporte à oser courir vers l’inconnu et y plonger.  Quel que soit le résultat, j’ai tendance à croire qu’on ne peut qu’y gagner, car l’inconnu, à un moment ou un autre, réveille en nous ces trésors qui nous attendent depuis toujours.  Au-delà de tout ce qui peut nous retenir d’avancer, l’inconnu appelle, comme une immense aventure.  C’est, en partie, ce qui me pousse à courir, à vivre, à plonger dans le regard des gens que je croise.  L’inconnu est un lieu de rencontre.

Ce samedi soir-là, après la course, assise près du feu, bien entourée et fatiguée, j’ai ressenti la gratitude de pouvoir me fondre dans le moment.  Je me suis sentie connectée à moi-même, à la nature, à ceux et celles qui m’entouraient.  J’ai éprouvé la satisfaction d’être là, juste là.  Simplement.

Merci Bernice, Chantale, Annie, Normand, Claudine, Corinne, Rachel et Geneviève

 

Isabelle, médaillée en chocolat;)

2e Over All chez les femmes, Trail Polaire du 21 janvier 2017, Horizon 5