Le droit au bonheur ou le bonheur à l’endroit

photo (4) Arielle, 6 ans, m’offre une tasse de bonheur (tel qu’inscrit sur le carton)

Il y a un mois et demi que je m’assois devant l’ordinateur et que je tente d’écrire  un texte au sujet du bonheur.  Je ressens, je pense et me mets ensuite à chercher.  Chercher les mots, chercher la façon de le décrire, de traduire en phrases les perceptions qui existent au-delà de la peur.  D’une fois à l’autre, devant mon écran, je plonge:« Est-ce que c’est vrai? Est-ce que c’est vraiment vrai« ?

Il arrive que les prières, les souhaits et les demandes soient exaucées.  Il arrive aussi, au moment où on le découvre, que l’incrédulité se peigne dans les visages, dans les coeurs et qu’elle voisine les pensées.  On écrit au Père Noël – il nous répond.  On prie à l’intention d’une personne à qui on souhaite le bonheur – elle entre en floraison.  On accompagne, en pensée, le passage d’une connaissance d’un monde à un autre – celui-ci s’opère, en douceur.  Du coeur de soi à l’ailleurs, les chemins se tracent et il se passe l’occasion de vivre la vie sous un jour éclairé, brillant, vibrant.  Dans le quotidien, dans les secondes où l’on respire, dans les espace où l’on prend le temps de retrouver ce qui nous anime, la présence guide.  L’amour vibre.  Et le bonheur s’installe.

Il possède un goût particulier.  Il est unique.  Il peut être plein, vide, petit, moyen, grand ou alors immense.  On choisit d’y  toucher ou de prendre sa main lorsqu’on se sent prêt à avancer enfin avec lui.  Chaque jour, il tarde d’y mettre du sien, de marcher avec ce bonheur afin de le ressentir encore plus, de le voir, de l’intégrer.  Et chaque jour, on peut douter.  Le bonheur a un son, une odeur, une chaleur, un rythme.  C’est un corps pouvant se greffer au nôtre et qui respire en symbiose avec celui que nous avons emprunté.  Il bouge.  Il danse. Il nous rappelle combien nous sommes choyés de pouvoir marcher ici et de reconnaître le soleil ainsi que la pluie comme des bénédictions.  Il est rond, le bonheur.

Je l’ai vu, l’ai croisé à maintes reprises.  Au passage, je l’ai contemplé.  Je lui ai parlé, l’ai caressé sans oser le faire mien, ancré, complet.  « Est-ce que c’est vrai? Est-ce que c’est vraiment vrai``?  Souvent, j’ai préféré remettre le flambeau à ceux qui le réclamaient parce que moi, je pouvais attendre.  Parce que le besoin était si criant qu’il ne me semblait pas acceptable de le saisir à bras-le-corps.  Il fallait le faire circuler.  Et si, justement, le bonheur prenait de l’ampleur, se multipliait et se décuplait lorsqu’on choisissait de s’en habiller?  Une évidence, semble-t-il, et pourtant…

Lorsqu’il frappe à la porte, lorsque le train arrive, carte d’embarquement en main, on peut se dire qu’on a le temps de réfléchir et, s’il advenait qu’il passe sans s’arrêter, qu’une navette tardive pourrait nous attendre.  Ce qui est vrai.  On aura alors toujours le choix de poser sa valise, de s’asseoir, de s’endormir sur place ou encore de retourner à la maison en attendant la prochaine tournée.   En attendant le bonheur.

J’y ai cru.  En attendant, moi aussi.   J’ai attendu, longtemps, oubliant que sa racine et son pouls m’appartenaient depuis leur première origine .  Et voilà qu’un jour, le bonheur est revenu en  m’offrant de regarder la vie avec ses yeux.  À nouveau, j’ai eu peur.  J’ai observé les regards, les choix peints dans leurs profondeurs.  J’ai écouté les sourires, leurs silences, les souffles dont ils accompagnent l’ondulation.  J’ai contemplé les mains, leur force, prolongements d’un corps à qui tout peut être possible.  De part et d’autre, je me suis reconnue.  De détail en indice, j’ai vu.  Mais il m’arrive de craindre encore.  Le bonheur, surtout.

Vulnérable, je retrouve la main qu’il me tend dans un contact renouvelé, en faisant de son corps et du mien un espace dense, propice à étendre sa portée à tous les maintenant.  Il se manifeste  sous forme d’ancrage, de voix, de chemin.  Et alors  j’écoute, car le bonheur me surprend toujours.