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Month: April, 2019

Toucher la terre – Touch Ground

Toucher la terre – Touch Ground

(English version below)

“Si la course est un art, le pas marque son rythme, et ses routes sont un poème.  Un précieux territoire de la pensée où jamais, les étoiles ne s’éteignent”. 

Mickaël Préti

 

Vendredi, soir de pleine lune.  Une pluie drue qui se répand, au pied comme en haut de la montagne. Ce soir, dans le stationnement, je suis seule.  Comme si la température, le moment et la lune, peut-être, m’avaient accordé accordé un silence.  Je savais que certains collègues planifiaient une descente – en zipfy – cependant, je ne vois personne à l’horizon. Sortie de printemps avec des airs d’hiver, un panorama tout en nuages, une sensation de pleine lune…cachée là-haut, quelque part.

Marcher, puis courir dans la neige, dans la glace, en montée et en descente, nourrit quelque chose de particulier: le désir de connecter autrement avec le temps. de savourer l’instant en même temps que celui de prendre d’assaut la pente, l’abrupte, en respirant un peu plus fort, juste pour voir à quel point on peut y accélérer.  Pas trop.  Juste assez.  Parce que c’est vendredi soir. Parce que c’est Vendredi Saint.  Calme. Tranquille.  Seule sur la montagne (enfin, c’est ce que je m’imagine), les yeux grands ouverts.

J’adore la neige et j’ai respiré avec l’hiver, comme s’il s’agissait d’une bénédiction, chaque jour.  Pourtant, au cours de la dernière semaine, j’ai soudainement eu envie que les surfaces soient vertes, qu’on me rappelle à mes shorts, que le soleil se fasse trop chaud sur mon visage.  J’ai eu envie de prier pour l’apparition d’un Mr Freeze, comme quand la sueur se fait aussi abondante que l’eau d’une piscine.  Et j’ai aussi eu l’idée de souhaiter que mes souliers ne soient pas recouverts de neige, mais de boue, de cette belle brassée de terre fraîche, mouillée de surcroît, qui recouvre nos pieds, parfois jusque dans nos chaussettes, dans ces moments de transition entre les saisons.  Appeler la chaleur pour courir autrement.  Changer le point d’attention, le focus.

À la tombée du jour, il fait tout de même un peu plus doux.  Cette pluie, que Pâques transporte avec elle, circule aussi.  Dans les pentes, elle crée des sillons qui s’ajoutent aux plaques de glace environnantes, mais aussi des passages où l’on commence à distinguer les grenailles, les cailloux, au sol. J’entends l’eau qui s’écoule des monticules rocheux, encore recouverts de glace, et je ralentis le rythme pour capter pleinement le bruit de ces morceaux de printemps, ce qui s’éveille discrètement, ici. Le bruit de mes crampons, compagnons du dénivelé en montagne, semble faire écho à ma respiration, régulière.  Au cours de ces quelques heures, à la montagne, je n’ouvrirai la bouche que pour saluer un lièvre, tout blanc, qui file sous un boisé.  La cadence, parfois très rapide, ne m’empêche pas de sourire parce qu’il y a, même dans ces sorties d’entraînement, quelque chose de spécial.  Comme si chaque moment portait son empreinte.  Comme s’il me rappelait qu’il était unique et que j’avais fait un choix éclairé…éventuellement par ma lampe frontale!

Sérieusement, oui. Après avoir songé à m’assoupir, j’ai décidé d’enfiler un imperméable au lieu d’un pyjama.  De filer au point montagneux le plus près.   Éclairée par un élan qui me dit que j’ai besoin de nature.  De sentir l’air frais, le sol.  D’observer ce qui se passe tout autour, dans ce paysage qui s’étend, lorsque le ciel est dégagé, sur une pléiade de montagnes que j’aimerais bien parcourir à pied, au pas de course, l’une à la suite de l’autre.  En ce vendredi soir, au sommet d’Orford, les nuages m’enveloppent et je n’ai pas le loisir de jeter un coup d’oeil au loin.  Je peux ressentir, par contre, la densité de l’espace.  La pluie tombe. Je l’apprécie.  Lors de ma première descente, le voile de nuages s’estompe lentement, tout près du pied des pentes.  Par curiosité, parce que j’en ai encore envie et parce que la température, alliée à la nuit qui s’amène ont tendance à brouiller les repères, je reprends l’ascension.  Celle-ci n’a rien de l’Everest, j’en conviens, mais ça fait du bien.  C’est un lieu accessible et on peut s’y perdre pendant des heures…pour mieux se retrouver.

Certains diront qu’il faut être un peu fou/folle pour sortir dehors, un vendredi soir aux airs gris-noir, alors qu’il pleut et qu’on n’y voit rien.  C’est possible.  Je crois qu’à l’entraînement comme en temps de loisirs ou de compétition, la folie peut être utile.  Par exemple, croiser un lièvre tout blanc, bondissant juste devant moi, le soir d’un Vendredi Saint, m’a donné l’impression de me trouver dans l’histoire d’Alice au Pays des merveilles.  Et le temps file.  Je n’ai pas vu de montre – de ce fait, j’avais oublié la mienne – alors je me suis dit que, tous les deux, on ne devait pas être bien pressés.  On peut aborder l’entraînement et l’activité physique, au sens large, de façon ultra logique, mais j’aime bien penser que ce sont des paradigmes qui permettent aussi d’alimenter l’imagination.  On en parle de toutes sortes de façons: d’espaces où l’on se sent dans l’instant présent, pleinement connecté(e) avec tout ce qui nous entoure; d’espaces méditatifs, où l’introspection, alliée à la respiration du moment, créent la paix; d’espaces dynamiques, où les secondes, les minutes, les heures s’écoulent comme un éclair; d’espaces, enfin, propices à coudre et à découdre ce qui a existé, ce qui existe et ce qui sera peut-être, un jour…parce qu’on aura bien voulu l’imaginer!  Qu’il s’agisse de la fibre d’autrice ou de la petite et de la grande Isabelle en moi, c’est inévitable: j’y retrouve toujours quelque chose de magique.  Ce sont des moments où je ne cherche pas à expliquer, mais simplement à ressentir ce qui est et à bouger en sa compagnie.

C’est peut-être aussi, ou essentiellement, ce que fait un athlète: bouger avec ce qui est.  Composer avec ses aptitudes, ses capacités, ses objectifs et les projets qui ont été dessinés.  Composer avec l’imprévu.  Avec l’inconnu, comme en algèbre.  La course en sentier est un monde particulier et j’ai pourtant l’impression que cela s’applique avec autant de valeur.  J’écrivais, récemment, qu’être  un coureur (une coureuse) en sentier était peut-être un peu comme être un cowboy de l’espace.  C’est un autre univers.  Les possibilités s’étendent, presque littéralement, à l’infini.  Et si on franchissait, un jour, des passerelles qui nous permettent de courir entre la Terre et les autres planètes?  À noter dans nos cahiers au cas où il s’agirait d’une pensée visionnaire, comme au temps où imaginer voir quelqu’un dans un téléphone semblait totalement surréaliste!  Enfin, vraiment, à tous ceux qui découvrent ce sport ou qui se sont déjà laissé emporté par sa vigueur et ses airs libertins, je lève mon chapeau (de cowboy): les soirées ou les matins en pyjamas, quelquefois troqués pour l’apparat du coureur, ont quelque chose d’unique parce qu’ils nous interpellent.  Peu importe la distance parcourue, le choix de trajet, la classification ou les rêves qui l’accompagnent, ces moments ont une valeur.  Parce qu’ils représentent, pour vous, pour moi, pour toi, une perle.  Un instant de la vie qui ne se produit qu’une fois.  Qui changera, dans une seconde.

Alors, cowboy de l’espace, quand tes muscles te feront souffrir, quand ta tête te dira qu’elle n’en peut plus, souviens-toi de ces jours de pluie, des choix que tu as fait et de la grandeur que tu as pu voir, ressentir et respirer, ici et là.  Ce sont eux qui te porteront jusqu’au fil d’arrivée.  Ils te rappelleront qui tu es et le temps que tu t’es accordé pour le célébrer, cette fois.  Parce qu’il y en aura d’autres: l’espace, c’est tellement grand…!

Joyeuses Pâques

Touch Ground 

If running is considered an art form, a pace sets as a rhythm, and its roads are a poem.  A precious thought territory where, in no case, stars would settle down to black”.

Mickaël Préti (Free translation)

Friday evening, Full Moon time out.  A consistent rain drops around, at the bottom and at the top of the mountain. Tonight, I am standing alone in the parking lot. As if temperature, the moment and the Moon had gifted me of silence.  I knew that some colleagues had planned a zipfy trip to go down, but I couldn’t see anyone around.  Spring time out with some Winter’s blips, a cloudy overview, a sensation of Full Moon…hidden somewhere, up in the sky.

Walk, then run in the snow, on icy plates, going uphill and downhill, can appear like peculiar, feeding a part of the self: a desire to connect with time in a different way, to enjoy, savor the moment as the will to speed up the hills, steepness, breathing a little bit – or way more – louder, just to see how we can make it to the top.  Not too much.  Just enough.  Because it’s Friday night.  Because it’s Good Friday.  Calm. Quiet.  Alone on the mountain (well, I suppose I am), eyes wide opened.

I love the snow and I took a special care, every day, to breathe with Winter Season as it would be a blessing.  I must admit, though, that at the end of this week, I suddenly felt the desire to find and see green soils,  to be called by my shorts, to feel a sun, way too warm, on my cheeks.  I felt like praying for a Mr Freeze to show up, as when sweat comes afloat like the amount of water in a pool.  And I also wished for shoes covered with mud instead of snow, like fresh soil, sometimes clay, pretty wet, going all over the snickers, dripping in and reaching our toes in those times where the Seasons are on shifts.  Calling warmth to run, somehow, in a different way.  Change focus and attention point.

As the day goes down, the weather gives a softer feel.  That rain, brought by Easter’s weekend, rows around too.  Ski spots and paths are sculpted with icy plates and little pathways, where rocks of all sizes seem to show up, waiting for the sun to glaze, appear here and there.  I can hear waterfalls dripping generously on rocky monticules, hidden behind last coats of ice, and I am slowing down to fully hear the noise, parts of the coming Spring, of what secretly wakes up in here. In parallel, the sounds emitted by the big spikes, fixed on my shoes, companions of mountain runs, seem to echo my breathe, going with the pace.  During these few hours, I would only speak up once, to greet a white ball, running and jumping hare, rapidly hiding in the woods.  The rhythm, sometimes pretty fast, doesn’t keep me from smiling because there is, even in those training spaces, something special going on.  As if every moment would have its own imprint.  As if it would remind me how unique it is and that I had made a clear, lighted choice…eventually powered by my head lamp!

Seriously, yes.  After I had considered making myself drowsy, I decided I would wear I raincoat instead of pajamas.  I made the choice to rush to the closest uphill spot around here.  Driven by a momentum speaking up for a glimpse of something alike mountain nature.  By a need to breathe fresh air, to feel the ground.  To observe what lives around the place, evolving in a landscape showing, when the sky is wide-to-see, a pleiad of mountains I would particularly enjoy discovering, one after the other, at a running pace.  On that Friday night, at the top of Orford, clouds are legion and I cannot see through.  But I can feel the space’s thickness.  The rain is pouring.  I appreciate it.  On my first downhill run, fog is slowly disappearing, practically all the way to the base.  By curiosity, because I feel for it and because temperature, coupled with night time are creating something like a loss of usual landmarks, once more, I am going up.  This uphill training has nothing like a walk to Everest, for sure, but it is quite nice to experiment it.  It’s an accessible spot and it’s possible to get lost, in there, for hours, as to better find/get back to ourselves, somehow.

Some people might say that someone has to be a little crazy to get outside, a Friday night sowing a gray-black sky, as it rains and as we can barely see afar.  Possible.  I believe that when training, when spending leisure time or when competing, craziness can be useful.  For example, encounter a wholly-white hare, jumping right before my eyes, on a Good Friday’s night, reminded my of the story of Alice in Wonderland.  And time goes by.  I didn’t see any watch – in fact, I also had forgotten mine – so I told myself that, as for me and the hare, nobody was in a hurry.  We can get in touch with training and any type of physical activity in a very logical way, but I kind of like to think that they create paradigmes that feeds imagination.  We can speak about it in all sorts of ways: spaces where we feel in the now, fully connected to all that surrounds us; meditative spaces, where insight, teamed with breath, are giving birth to peace; dynamic spaces where seconds, minutes, hours go by like lightning; spaces, finally, facilitating the sewing or unpicking of what was, what is and what might eventually be, one day…because we would dare to imagine it!  It might be caused my my author’s pencil, or by the little and the grown up Isabelle, but I keep seeing, in those moments, a king of magic.  They are showing up as moments where I’m not trying to explain, but only take time to feel and move with what’s lies in.

It might essentially touch to what an athlete does:  move with what is.  Deal with skills, capacities, goals and projects that were meant to grow.  Deal  with the unknown, as we do in algebra.  Trail running is a world in itself and it looks like this applies with all of its value.  Recently, I wrote that identifying oneself as a trail running might be like showing up as a space cowboy.  It is a whole other world.  Possibilities are extending to…infinite lines and borders.  Someday, we might go through gateways allowing us to tun between planet Earth and other ones, who knows?  To write down in our booklets in case it is a visionary thought, as at times where it had something surreal to imagine being able to see someone in a phone!  Well, seriously, to all those discovering this sport or that are already conquered by its strength and freedom vibes, I bow and shake my – cowgirl’s – hat: evenings and early pajamas mornings, sometimes exchanged for the runner’s gear, carry a unique something, because they are appealing to us.  No matter the distance, trajectory choice, classification and dreams coming along, those moments are valuable.  Because they picture, for you and me, a treasure. A moment, in a life, once happening. That will move to something else in a second.

So, space cowboy, when you’ll feel pain in your muscles, when your head will tell you that it can’t take it anymore, remind yourself those raining days, those choices you’ve made and the greatness you could feel, breathe, here and there.  They will get you right to the finish line.  They will remind you who you are and the time you gave yourself to celebrate, at that very moment.  Because there will be more occasions to do so: Space is so huge…!

Happy Easter

 

Source: inconnue

L’aventure – The Adventure

L’aventure – The Adventure
(English version below)
L’aventure est un secret qui parle à travers le coeur. C’est en y plongeant qu’on peut l’ouvrir. 

Quand on a vraiment l’impression qu’on ne sait pas, parfois, une étincelle s’éveille.  Et il est possible que dans l’ondée de celle-ci, un instant, on sache enfin…

Cette semaine, je me suis rendue au centre-ville de Montréal pour assister à un événement particulier, impliquant plusieurs femmes fort inspirantes, chacune incarnant l’aventurière, à sa façon. J’y ai senti mon coeur s’effeuiller avec les partages de chacune d’entre elles.  Il se passait quelque chose.  Tout en portant attention aux messages qui résonnaient dans la salle, je profitais du matelas d’escalade, belle plateforme pour me déposer comme ça me chantait, laissant de l’espace à mon esprit, qui essayait de comprendre ce qui était entrain de bouger à l’intérieur de moi.  C’était la veille de mon anniversaire, non loin de la nouvelle lune, alors j’ai envisagé la possibilité que ces données entrent en ligne de compte.  Les présentations se déroulaient de façon impeccable.  Elles faisaient sourire, osciller de la tête, éclater de rire, réfléchir et allumer, peut-être aussi, au sujet d’appels, d’intérêts, de passions.
Le temps venu de repartir, en chemin vers le stationnement, je discutais mon amie Chantale à propos des présentations. Je revoyais des images et des phrases qui m’avaient semblé évocatrices.  En relatant certaines phrases, je suivais, mentalement, la ligne qui me conduisais à d’autres impressions, aux ressentis.  Puis, j’ai vu passer, en plein centre-ville, quelque chose d’énorme (tellement que je ne voyais plus ma voiture…non, je plaisante)!  Je venais de revivre un moment déterminant. 

Cet instant où, l’automne dernier, je m’étais, en quelque sorte, réveillée intérieurement, assise toute seule sur une immense terrasse attenante à ma chambre d’hôtel, en Chine.  Peut-être avez-vous déjà lu mon billet de blogue à ce sujet- ou pas – mais l’important, c’est que j’y étais…pour quelques jours, le temps de vivre l’expérience d’une longue course.  Donc, calée dans ma chaise, sur la terrasse, dans un hôtel près de Jiangshang Station, dans un sud d’une Chine aux airs de campagne, entourée de montagnes, en octobre dernier, je me sentais dans un espace méditatif.  Précédé par une douzaine d’heures d’avion, quelque huit heures en voiture, une demi-journée de décalage horaire, des semaines de préparatifs, un accueil incroyable et une course de reconnaissance, cet espace avait une allure toute particulière.  Pas d’enfants, donc pas d’alerte-besoins en vue. Juste moi, là, entre deux journées.  Le paysage était magnifique.  Les pigeons aussi.  Un instant, je me suis sentie vide.  Puis, comme une immense marée, j’ai eu l’impression que mon coeur explosait.  C’était comme si une brèche venait de s’ouvrir et de  me ramener une grosse partie de moi: l’Isabelle-globe-trotter, celle que je croyais avoir éteinte.  Celle que j’avais laissé en plan, sur le bord de la route, entre le l’Outaouais et la Colombie Britannique.  Ou peut-être dans le Nord, en Abitibi, avec le harfang.  C’était si prenant que lorsqu’on m’a demandé, une fois rapatriée, ce que j’avais trouvé le plus difficile dans cette expérience, j’ai répondu “le retour”.  Pas la course, pas les cent douze kilomètres, les moments où je me suis égarée, la jungle dans laquelle je bougeais en néophyte ou le langage, que je saisissais dans l’expression du non verbal.  Non.  Le retour.  Juste ça.

La routine me semblait paradoxale alors que j’éprouvais l’envie profonde de faire partie du Monde, de me plonger dans ses cultures, d’être davantage témoin de tout ce qui le fait respirer.   De pouvoir fouler les terres qui se trouvent un peu partout, ici comme ailleurs.  Je ressentais une gratitude infinie pour l’expérience, pour l’aventure, pour l’éveil ainsi que pour les retrouvailles.  Mais je savais aussi que ce coeur me parlerait encore et qu’il était fort probable que je ne puisse plus le taire.
C’est avec cette énergie que je me suis retrouvée, cette semaine, fatiguée, mais heureuse d’avoir pu assister à un événement, accompagnée de mon amie, en plein Montréal.  L’aventure, le coeur, ce qui parle à l’âme, ce qui nourrit le corps, ce qui nous inspire et qui nous fait en demander encore.  C’est, en partie, ce qu’il m’a semblé pouvoir reconnaître dans les discours des femmes présentes ce soir-là.  Profond, faisant partie de tout ce qui compte, de la connexion.  Ce que certains appellent ancrage, amour de la vie, spiritualité ou autre.  Comme une toile qui se tisse, ses motifs étant reliés entre eux.  Un tout.
Une fois arrivée à bon port, j’ai dormi là-dessus, comme on dit.  Orford m’offrant sa montagne et sa paix, j’ai exploré en constatant qu’ici, la neige n’était pas encore prête à disparaître.  C’était magnifique.  Et, de surcroît, la journée de mon anniversaire.  J’avoue avoir légèrement souffert d’un manque de sommeil en bougeant, dans la trail, en matinée, mais je l’assumais.  J’avais déjà l’impression de recevoir plein de cadeaux: le sourire de mes enfants, la beauté de la forêt, le vent, la neige, tassée comme un muret qui refuse de s’écrouler, une visite chez une amie pour un soin,  un bon café latté, un chat qui ronronne et, s’affichant ponctuellement sur l’écran de mon téléphone, soigneusement caché dans ma poche, des voeux d’anniversaire.  À l’heure où j’écris, je ne les ai pas encore tous lus; la routine du soir, avec les enfants,  s’est achevée par un copieux repas et, tout près du feu de foyer, j’écris.
Toutes ces notifications, sur mon écran d’accueil, m’ont remuée.  Confidence: j’écris et je communique virtuellement avec le bouton “envoyer” ou “partager” depuis un moment, mais je ne sais jamais trop si ce que je laisse aller circule un petit peu, moyennement, beaucoup ou pas du tout.  En fait, comme je l’exprimais à quelqu’un récemment, je n’ai souvent aucune idée de la portée qu’ont mes publications ou mes messages.  J’écris et j’envoie parce que j’en ai besoin, parce que ça vibre et que ça brûle au-dedans, comme un feu dont la flamme éclaire.  Lorsque j’ai décidé d’utiliser une plateforme électronique pour écrire, je me suis dit que les mots et que ce qu’ils transportaient feraient leur chemin.  Comme les images.  Comme ce qu’on crée, de toutes sortes de façons, comme mes souliers, qui ont beaucoup voyagé.  Que, potentiellement, ça pourrait inspirer quelqu’un, quelque part.  Qu’il était possible que ça dérange ou qu’on y soit indifférent.  Ou enfin, qu’on me juge.  Une phrase que j’ai entendue, dans la bouche des femmes qui présentaient leurs projets et leur cheminement, à Montréal, dans l’espace attenant à la boutique Arc’teryx.  Une phrase immanquablement suivie de “Et alors, tout le monde s’en fout”!  Une motivation supplémentaire pour le faire, pour soi.  Parce que tout part de là.
En cette journée d’anniversaire, veille de la nouvelle lune du printemps, la lune de la neige scintillante, comme l’appelle la Nation Anishnabée, je me suis sentie entourée.  Les heures se sont assoupies, les unes après les autres, dans un climat de calme et de relative solitude, et pourtant, je me sentais pleine.  Je n’ai, physiquement, échangé qu’avec quelques personnes, mais la nature, les pensées, les sourires m’ont semblé transparaître de partout.  Et il s’est produit comme un déclic: j’ai vu défiler les airs solitaires, le coeur, l’ouverture.  J’avais l’impression d’entendre la solitude me dire que le coeur était son grand ami et l’ouverture, son complice.  Que le secret, en fait, résidait dans le fait d’ouvrir son coeur au monde.  Que la même solitude, toujours, était habitée.  À l’instar du coeur…et du monde.  Là, juste là, je me dis que l’ouverture, ça peut faire mal.  C’est une possibilité.  Ça arrive, quelquefois.
En même temps, l’instinct me fait signe, presque frénétiquement.  C’est une habitude qu’il a prise, depuis un certain temps.  Cet instinct, il me fait ressentir que le fait d’ouvrir son coeur au monde, c’est un cadeau.  Une bénédiction, si on veut.  Et je crois que, dans une grande proportion des cas, ça peut faire du bien.  Et ça peut surprendre.
…Parce que, quand on a vraiment l’impression qu’on ne sait pas, parfois, une étincelle s’éveille.  Et il est possible que dans l’ondée de celle-ci, un instant, on sache enfin…
C’est ça aussi, l’aventure.
Merci à toutes les femmes, à tous les hommes et à tous les enfants qui inspirent.
Merci pour vos voeux, pour vos lectures, pour vos partages.
Merci à The Lady Alliance, Women Who Explore, Caroline Côté et ses acolytes pour la tenue du Women Empowerment Tour, Actually, yes, I can.

Merci aux gens d’Arc’teryx pour votre accueil.

À nos espadrilles – et à nos skis encore un peu – maintenant.  Un trajet nous attend.

P.S.: Préparation en cours pour le long projet de cette année, soit le trajet de la Diagonale des Fous, à l’Ile de la Réunion. Pour me suivre et, si le coeur vous en dit, contribuer à ce rêve (C’en est tout un), suivez le lien: https://www.patreon.com/Isabellebernierdehors

The Adventure

Adventure is a talking secret, moving to and across the heart.  When diving in, we come to open it.
A sparkles wakes up, sometimes, when we’ve got the sensation of not knowing. And here is a possibility: in the flow, we might know, after all…
This week, I drove to Downtown Montreal to attend to a very special event, gathering inspiring women, each one one them speaking of adventure in her very own way.  I felt my heart loosen up as they were sharing about their experience.  Something was going on.  While paying attention to those echoing words, I enjoyed a mega size safety climbing mattress, nice space to land as I my spirit would make signs, trying  to understand what was moving in. On my birthday’s Eve by then, close to a new moon, I considered the eventuality that these facts would rather be a part of the explanation.  Talks were unfolding, perfectly synchronized.  They were bringing smiles to people, heads wobbling, laughter, lit up thoughts, attentive eyes called by existing interests and passions.
Fast enough, time to leave came around.  As walking to the parking lot, I was discussing with my friend Chantale about the talks. I could picture meaningful words and images along the way.  As I was bringing up some of the ideas shared earlier, I could envision the path leading to more impressions and feelings.  Then, in the middle of a crowded downtown, I could see, passing trough, something huge (so big that I couldn’t see my car…just joking)!  I’d just been reborn to a special and valuable moment.  This one bringing me back to Fall Season, in October, as I kind of woke up, sitting on my own, on an hotel room’s huge terrace, right next door to the room I had been given for few days, in China.  You’ve maybe read – or not – already, what I previously wrote about that experience, but what really matter is that I had the opportunity to be there, far way, for a couple of days or just the time to take the start and run a long race.  So, sitting in my chair, on this terrace, in an hotel close to Jiangshang Station, in a countryside South China, surrounded by mountains, last October, I felt in a meditative space.  Preceded by about twelve hours on a plane, eight hours in a car, half of a day of time lag, weeks to get ready, unbelievable greetings and a before race land discovery, this space had a very special consistence.  Out of children, so no need-alert on the spot.  Only me, there, in between two days.  Landscape and the view were gorgeous.  Birds too.  For a tiny moment, I felt sort of empty.  Then, as a huge tide coming right to  and through me, I felt like my heart could explode.  As if a breach, a gap just opened and brought me back a pretty considerable part of me: the globe-trotting Isabelle, the one I thought I had put asleep for so long.  The one I had let down, along the way, between Outaouais and British Columbia.  Or maybe in the North, in Abitibi, with the snowy owl.  It was so important to me that when I came back to Canada, being asked what was the hardest part for me, I spontaneously answered “being back here”.  Not the race, not the hundred and twelve km, the moments where I got lost, the jungle I was moving in as a newby and not the langage, which I was trying to understand observing non verbal key signs.  No.  Being back.  Only.
Routine would appear to me as paradoxal as I felt a very deep willingness to be part of the World, to dive in its cultures, to witness, way more, all that made it breath.  To be able to put my feet on various grounds, here as elsewhere.  I felt and infinite gratitude for the experience, pour the adventure, for waking up and for meeting back up with my kids, friends and supporters.  But I also knew that my heart would keep talking to me and that I might not be able to make it silent anymore.
And with this energy, tired, I came around the corner, this week, happy for the fact that I’d made it to an event, accompanied by my friend, in the heart of Montreal. The adventure, the center piece, what speaks to souls, feeds bodies,  what inspires us and makes us go for more. It is partly what I think was perceptible in every women’s talk that night.  Profound, being part of all that matters, really, of connexion.  What some call “ground”, “roots”, love for Life, spirituality or else.  As a weaving web, patterns connected one to another.  Something being Whole.  A complete piece.
As I came back to my hometown, I went asleep with all that.  Orford offering me its mountain and its peace, I explored, noting that here, snow was not about to disappear.  It was magnificent.  Thus, being my Birthday.I confess that I could feel a little lack of sleep as I was running in the trails, morning time, but I choose to go with it.  I had already the feeling of receiving gifts from everywhere: my two kids’s smile, the beauty of the forest, the wind, the snow, tossed like a dike refusing to fall down, a meet up at a friend’s place for a consultation, a great latte, a purring cat and, promptly showing up on my phone, hiding in my pocket, Birthday wishes.  As I am writing this, I haven’t read all of them; evening kids routine went by with a hearty meal and, close to the fire pit, I’m writing.
All those notifications, showing up on my phone screen’s, moved me.  Confidence: I’ve been virtually writing and communicating for a while, pressing on “send” or “share” buttons, but I never really know if what I let go makes a short, medium, long or absolutely no way on the web. In fact, as I was recently telling someone, I often have no idea of the designed pathway of my ideas and thoughts after I sent them.  I’m writing and sharing because I feel it, because I need to do so, because it makes noise and seems to ask me to do so, light a lighting candle or flame.  When I chose to use a web platform to write, I told myself that words carried there would make their way as images would.  As what we create, in all sorts of ways, as my shoes, which has traveled quite a lot.  That, potentially, it could inspire someone, somewhere.  That it might possibly annoy someone or make people indifferent, not caring at all.   Or else, that someone could judge me.  A sentence I heard, in about every women’s mouth, talking about their project and their pathway, in Montreal, sitting on a mat in Arc’teryx boutique’s space.  A sentence followed, in all cases, by “…and so what?  Nobody really cares about it anyway”.  A valuable motivation to do it, for oneself.  Because everything starts from that point.
On this Birthday day, Spring’s New moon’s Eve, the Glowing Snow Moon, as Anishnabe Nation calls it, I felt surrounded.  Grateful.  Hours went bym falling asleep one after another, in a calm and relative solely atmosphere, however, I felt whole.  I had physically been talking with few people, but Nature, thoughts, smiles seem to appear and wave to me all around.  And there came an answer:  I saw, passing through, solely vibes, heart, openings.  It was like I could hear Solitude telling me that Heart was her great friend and Opening, its partner in crime.  That their secret was really, laying in the willingness to open our very own heart to the World.  That the same Solitude was, always, whole in itself…as was the Heart… and the World.  There, right there, I told myself that opening could be harmful.  It is an eventuality.  It happens, sometimes.
At the same time, Instinct is madly waving its hand.  It’s been an habit for quite a while.  This Instinct makes me feel that opening my heart to the World could also been considered as a gift.  A blessing.  And, in most cases, I believe that it can present itself as a great opportunity.  And Maybe could it be surprising.
…Because  a sparkles wakes up, sometimes, when we’ve got the sensation of not knowing. And here is a possibility: in the flow, we might know, after all…
There also goes adventure.
Thanks to all those beautiful Women, all those amazing Men, all those magic kids inspire all over the place.
Thanks for your Birthday wishes, for your readings, for your sharing.
Thaks to The Lady Alliance, Women Who Explore, Caroline Côté and her acolytes for taking place in a space like the Women Empowering Tour, Actually Yes, I can.

Thanks to Arc’teryx people for welcoming us.

Let’s get back to our running shoes – and our skis, for some little more – now.  A pathway is awaiting for us.

P.S.: Preparation on the way for the longuest running project of the season, the Diagonale des Fous, on Réunion Island. To follow me and help me realize this dream ( it is, really), go to the link below: https://www.patreon.com/Isabellebernierdehors