La lumière et l’hécatombe

Une ligne de départ toute simple, en bordure de la Zec des Martres, au point d’entrée d’un territoire sauvage. La direction : montagnes à répétition, falaises et forêt boréale aux airs de fin d’été, un territoire où la chasse semble reprendre ses droits, avec septembre. Une fine bruine déposée sur nos joues, rapidement évaporée par des éclaircies presque rythmées, apaise les présences. Les sourires se font légion. Une fébrilité papillonne bien dans l’air et aujourd’hui, je me sens calme, même sereine. L’angoisse du départ ne fait pas partie du tableau. J’ai réussi à dormir, à méditer et je me demande si c’est normal…La normalité, dans le monde de l’ultra tout existe-elle? N’est-elle pas plutôt relative?

Plan d’alimentation à la dérive

À midi quinze, j’ouvre une canette de Red Bull. Stephan, un collègue du Saguenay, me demande si j’en ai l’habitude. En rigolant, je lui réponds que c’est un premier essai et que je fondrai sur les cabinets de toilette (ou en forêt) dans l’éventualité où ça n’irait pas. Quelques minutes se passent et nos pas martèlent le sol. Le peloton s’étire un peu. J’observe chacun dans son élan, puis j’entends une personne qui s’écroule sur le bas côté, suivie de l’intervention de coureuses se trouvant, quelques secondes auparavant, au-devant le peloton. Ressentir une vague d’émotion à couper le souffle, fouler le sol à nouveau en tentant d’analyser l’événement et tenter de poursuivre ma route se bousculent en quelques secondes, lesquelles deviennent des minutes, puis éventuellement des heures.

La nausée qui s’est manifestée peu de temps après mon départ s’est faite intermittente, puis ponctuelle et enfin assidue. Je ne saurai pas si le Red Bull, le contact de l’anxiété, la fatigue ou encore toutes ces réponses ont contribué à l’alimenter, mais son aspect plus que tangible en a fait une donnée surprise à laquelle je n’avais prêté aucune attention pendant la phase de planification de la course. Au terme d’un parcours que je réaliserai en vingt-deux heures plutôt que les dix-huit estimées, je n’aurai pu avaler que quelques gorgées de bouillon, une barre Naak, une poignée ou deux de noix, quelques pastilles de sel, quatre tranches d’orange et trois mini boules de riz, à vingt kilomètres de l’arrivée. L’hydratation aura été privilégiée pour tenter de poursuivre debout, avec de l’eau, un quart de tasse de café et environ une tasse de Coca Cola (alliée aux boules de riz, pour faire passer le tout). Bref, prendre conscience de cet aspect me rappelle à quel point il est important et que peu importe nos objectifs, il demeure que le « carburant » joue un rôle assez primordial. 

Connexion nature

Gravir la première section, dans le secteur du Lac à l’Empêche, présente la richesse du territoire et nous permet déjà d’observer pour voir au loin. Les yeux grands ouverts par l’émerveillement et la poitrine compressée par une envie de vomir, donc, je contemple l’univers de contradictions qui s’offre à moi.

Peu avant le premier point de ravitaillement, je croise une collègue mal en point. Ce nombre s’en va croissant avec les kilomètres, comme s’il se produisait quelque chose d’inexplicable. Les abandons se multiplient alors que les sentiers s’ouvrent à nous, offrant pourtant une perspective assez unique : parfois touffue et dense en aval et ensuite presque désertique, bordée de lichen blanc, de rêves de bleuets (plants sans fruits), de thé du Labrador en amont, la nature impressionne. 

L’énergie alterne avec la nausée et ces moments où je peux me laisser aller à danser (courir avec élan) dans les sentiersme paraissent d’autant plus précieux. Je saisis chacun d’entre eux. Ils m’enivrent et me permettent de croire en ma capacité de continuer. Momentanément plongée dans cet élan, je bifurque vers un chemin forestier qui, je l’apprendrai un ou deux kilomètres plus tard, ne fait pas partie du sentier. J’aurai fini par m’en rendre compte en réalisant qu’il n’y avait plus d’empreinte au sol, que les rubans roses n’existaient plus et que la carte d’Ondago indiquait mon point bleu (ma position) sur une courbe de niveau (indice topographique) qui ne correspondait pas du tout à celles qui se trouvaient le long du tracé enregistré. En faisant demi-tour, je me sentais un peu exaspérée, mais aussi reconnaissante d’avoir eu en main le nécessaire pour retracer mon chemin.

Ondago

La montée des Morios, l’un des joyaux situés sur notre trajectoire, se fait efficacement. Les conversations des coureurs qui m’entourent tournent autour du mal de cuisses et de l’effort que représente une telle ascension. Nous en avons encore quelques-unes à prévoir et bien que le soleil, avec un bon gros ruban de vent, nous gratifie de sa présence au sommet des Morios, il me parait fort probable que la nuit risque de paraître longue pour plusieurs. Atteindre le ravitaillement de la Marmotte est un plaisir et bien que je ne sache pas trop quoi manger, j’apprécie le fait de croiser plusieurs visages connus, dont Cécile, Marline et Tania. 

Sensations sans invitation

Poursuivre le chemin, avec la fin du jour, amène son lot de sensations parmi lesquelles la nausée reprend ses droits plus rapidement que je ne l’aurais voulu. La montée de la noyée, éventuellement la Chouette, où Béatrice nous attend avec un carré de chocolat, puis les Hautes-Gorges se font dans l’obscurité. La nature respire la vie et je croise successivement, comme pour adoucir l’envie de vomir, un énorme porc épic, un renard, un lapin, deux perdrix, un crapaud et bien sûr, quelques coureurs. L’esprit de l’abandon se fait de plus en plus sentir. J’y réfléchis en alternant course et marche, en ratant encore quelques embranchements vers lesquels je me réoriente, heureusement, plus rapidement qu’en pleine journée. Voir des gens que j’aime et que j’admire décider de se retirer me fait réfléchir. Ces cent vingt-cinq kilomètres constituent un trajet stimulant et bien que la nature me paraisse parfois hostile ici, la vie qui l’habite me fait bien réaliser que sa beauté nous dépasse. De loin. Est-ce suffisant pour continuer d’avancer? La question me semble plus que pertinente, comme il ne s’agit pas de la première fois que surviennent des difficultés en course. Y pallier signifie continuer d’avancer. Mais des questions me taraudent : est-ce que je ne devrais pas tout simplement arrêter de courir? Pourquoi vivre du stress? Est-il sain d’avoir mal et de continuer en ayant conscience de la douleur et des conséquences qui pourraient en découler? Ne devrais-je pas plutôt prêter l’oreille à cette voix qui me parle de repos, de plus en plus fort, depuis des mois, voire des années?

Réflexions, rencontres au pas de course, de marche, puis en station immobile alimentent mes pensées. Parmi les rochers d’un formidable sentier en single track, l’équilibre me fait soudainement défaut et j’ai la sensation de perdre le contrôle de mon corps. À droite, en angle vers les rochers, puis à gauche, sans parvenir à vraiment réajuster la courbure. M’asseoir devient un impératif. Tenter de croquer quelques noix, souffler quelques mots au passage de Marie-Ève, penser à mes collègues, Anne et Martin, que j’aimerais bien voir me dépasser, histoire de me rassurer un peu font partie des préoccupations. Et puis le motto se lève : je veux finir cette course « agréablement » et recevoir mon Opinel. Le temps n’existe plus; la montre devient invisible, la respiration prenante et je compte les kilomètres comme s’il s’agissait de fèves magiques me permettant de retrouver le bon chemin.

Le ravitaillement du Coyote est synonyme d’abandon, encore une fois, alors j’y passe rapidement en ayant toujours en tête l’idée de ne pas oublier le repos. Quatre-vingt-trois kilomètres (environ quatre-vingt-sept avec les détours) sur cent vingt-deux; plus qu’un marathon à parcourir. Gestion de la frustration de ne pas parvenir à me sentir efficace, nausée et soubresauts d’équilibre fragile me traversent tour à tour. Le jour qui pointe son nez et le soleil me font penser à tous ceux et celles qui se sentiront peut-être soulagés de les voir s’installer. Nos lampes frontales s’éteignent, mais pas nos pas. Et je me répète que je veux finir la course « agréablement », juste pour déjouer l’attention vers quelque chose de plus léger, quitte à m’allonger à l’arrivée. À la dernière croisée, Sarah ainsi que plusieurs autres bénévoles encouragent à grands renfort de sourire, comme tous ceux et celles dont j’ai vu le visage pendant la course.

L’arche 

Les derniers kilomètres de route de terre et de vallons sur terrain ouvert me demandent une volonté particulière. Contrairement à de nombreuses sections franchies sur le parcours, ils n’ont rien de bien technique. Mon corps est suspendu aux grammes de sucre que le Coca Cola me permet de laisser couler, subrepticement, dans ma gorge. Et je trottine vers l’arrivée avec émotion. La lumière et l’hécatombe se font miroir ; parler me fait du bien. Allongée au sol, dans le gravier, je me promets de faire du repos mon allié, mon partenaire. Quinze heures de sommeil se passent et je reprends la route en compagnie d’Anne, la Valkyrie. Nous nous ancrons à l’une des poignées du quai de St-Siméon, histoire d’assurer un retour prochain dans cette région, pour l’UTHC. Parce qu’il est hors de question que je n’y retourne pas.Pour l’absence de dérive, pour une meilleure connexion et pour que les sensations s’invitent autrement. C’est probablement ce qu’on appelle « Find beauty into brokeneness* ».

Au final, le nombre de kilomètres que l’on parcoure ne témoigne peut-être pas nécessairement de la valeur ou de l’importance d’un défi. Ce qui reste pourrait encore et plutôt s’inscrire dans le sens de ce qu’on en retire au bout du compte, de ce que nous en ferons.

Pour ici, pour plus tard, pour toutes les prochaines étapes et pour toutes ces fois qui suivront, à la course comme à la vie.

Merci à l’organisation, à tous les bénévoles, à l’équipe aux communications, à l’équipe médicale, aux amis.es, à Anne, Josée, Sophie, René, Michel, Vanessa et Cyane, Martin et bien d’autres. 🙏

Merci à toutes les coureuses et tous les coureurs qui ont fréquenté, plus ou moins longuement les parcours, et qui nous inspirent. Merci pour votre ouverture et vos belles présences💐

St-Siméon et sa poignée

*Rich Roll

À tout bientôt🦋

Un Relais Memphrémagog 2020 entre course et Bike Packing

«Chaque personne a le pouvoir de faire une différence, d’influencer un certain nombre d’individus, d’être porteur d’espoir, de se repenser et d’être le maillon de quelque chose de beaucoup plus grand. Rien n’est plus fort que la somme des individus qui veulent la même chose. Soyons unis, soyons un mouvement, soyons une force de changement pour l’avenir de nos enfants».

J.Vigneux

Bike packer et courir un trajet de 103 kilomètres. Tracer son chemin sur un parcours tantôt asphalté, tantôt caillouteux pour avancer avec la cause. Utiliser les heures de sa journée en ne pensant qu’à courir, pédaler, boire et grignoter. Parler un peu, dans la distance, histoire de se changer les idées, de ressentir le poids de cette démarche solidaire. Garder le focus, au-devant, avec le sourire. Une autre année pour le quatorzième Relais Memphrémagog…autrement.

Il était à prévoir que l’événement serait, en soi, sans précédent. Alors tant qu’à baigner dans une atmosphère particulière, aussi bien en faire l’occasion d’allier le défi, la cause à l’aventure. Les quelque cent trente deux équipes ayant pris le départ sous un soleil frisquet, le 19 septembre, avaient tout de l’unité motivée à participer jusqu’au bout. Difficile de voir les sourires à moins d’être en train de manger ou de boire, mais on pouvait lire, dans les yeux de plusieurs d’entre nous, le plaisir et la fébrilité de se retrouver sur place.

Cette année, entre le départ et l’arrivée, douze stations s’échelonnaient sur un trajet valonneux. Initiatrice et capitaine, Lyne avait préparé deux vélos afin que notre trio-Sarah, Lyne et moi- puisse se relayer de façon autonome. La durée du périple avait été évaluée à huit heures. Celles qui roulaient transportaient un sac à dos contenant vêtements de rechange, bouteilles d’eau, ravitaillement, kit de mécano, troisième casque de vélo, masques supplémentaires et liquide aseptisant. La coureuse pouvait se concentrer sur son relais, plein soleil, et voir se dérouler le trajet comme une fenêtre au grand panorama alors que les deux cyclistes se relayaient jusqu’au point de contrôle suivant afin de préparer la rotation. Un plaisir et un défi empreint d’un air nouveau.

Photo: Brigitte Fortin

Au fil des stations, nous avons eu l’opportunité de croiser des coureurs motivés, déterminés, accompagnés de voitures tantôt colorées, tantôt hurlantes (lire: chants du klaxon). Il était impressionnant et touchant à la fois de constater que chacun et chacune tenait à faire de son mieux.  Nous n’avions pas le loisir de nous perdre en palabres, le temps filant assez vite. Le fait d’enfourcher un vélo pour progresser, puis d’alterner avec la course offrait son lot de sensations. J’ai compris que la culture du ravitaillement, à vélo, avait son importance et qu’il était fondamental d’être à l’écoute aussi. Les creux, comme les abrupts, nous offraient un parcours campagnard, avec ses portions de route, différent de ce qui se vit en sentier, mais tout aussi charmant. L’oeil filtrait la lumière comme une source qui fait du bien.

J’ai admiré les bénévoles pour leur patience et leur présence d’esprit. Le vent ne les a pas épargnés et je sais, de source sûre, que la journée a été bien remplie. J’ai vu un homme nous faire cadeau de pansements; merci! J’ai vu des collègues et des amis travailler fort. J’ai vu ma fille cadette donner de son temps au sein d’une équipe positionnée en pleine zone fermière. J’ai vu, enfin, des animateurs, des organisateurs et la tête et le coeur dirigeants de la Fondation, Christian, être fidèles au poste avec une passion et un entrain redoutables. Je lève mon chapeau à tous et à toutes. Vous avez fait la différence.

J’ose espérer qu’avec chacun de nos dons, qu’avec chacun de nos pas, nous puissions aussi, collectivement, en faire une pour les jeunes, encore cette année.

Enfin, au fil d’arrivée de ces 103 kilomètres bien pesés, je me suis sentie heureuse d’avoir pu y être, d’avoir eu l’opportunité de partager ces huit heures avec mes coéquipières, d’avoir pu plonger à même l’aventure. Entreprendre un parcours autrement pour grandir encore. C’est ce que je souhaite aussi à tous ceux et celles qui en ont besoin.

Merci, de tout coeur, à chacune des personnes ayant contribué en don, en temps, en présence.

P.S.:

Il est toujours temps de donner. Équipe Lyne Bessette, numéro 78! Suivre le lien: https://relaisdulacmemphremagog.com/liste-des-equipes/

 

Une SolidariCourse sous la lune en Estrie

Depuis le mois d’avril, j’ai été témoin de nombreux élans de solidarité. J’écris ces lignes au moment où le relais a pris son envol au Saguenay, quelques heures après la transition avec la région où je me trouve actuellement, soit l’Estrie. Le Québec est grand et pourtant, il me fait encore l’effet d’un village lorsque je vois tous ces gens qui répondent à l’appel et qui s’impliquent au coeur de nombreuses initiatives. La SolidariCourse est l’une d’entre elles.C’est beau et touchant à la fois

Il y a dix ans, je m’étais promis de contribuer à mon tour chaque fois que l’occasion se présenterait. J’habitais alors Wakefield, en Outaouais, avec mes deux filles, notre maman chat et ses chatons dans le haut d’une grange où se dessinait un appartement une pièce. Vivre avec peu, respirer et prendre le temps de se reconstruire étaient prioritaires. Notre appartement se trouvait meublé d’un petit frigo de camping, d’une cuisinière, de quelques tablettes ainsi que de trois matelas. Notre voiture, Bernadette (une Hyundai Excel 1983) avait rendu l’âme et le moyen de transport préconisé, dans cette belle campagne, s’avérait être la marche ou la course. J’installais alors les enfants dans leur Chariot, l’unique bien de valeur que nous ayons, pour parcourir « le monde ».

Le jour où j’ai saisi le téléphone pour appeler l’aide alimentaire, je m’en suis voulu. Reconnaître qu’on peut avoir besoin d’aide et accepter d’en recevoir se présentent comme des étapes plutôt ardues. Le chemin qui permet de grandir à travers tout ça l’est souvent aussi. Il parle, entre autres, d’estime de soi, de confiance, d’acceptation, de résilience, de patience, de lâcher prise quand il le faut et de persévérance. Dans bien des cas, le dépannage servira à remplir les armoires et les frigidaires, mais il touche aussi des aspects de la vie que plusieurs hésitent à mettre en lumière. Ces passages offrent un autre regard sur celle-ci, quant aux défis, aux rêves que l’on souhaite porter à bout de bras. Ils font des gens qui les traversent des guerriers du quotidien. J’en suis convaincue.

Peu d’entre eux oseront en parler et ce, pour différentes raisons. Les événements des derniers mois et de la semaine qui vient de s’écouler me portent d’autant plus à croire que le fait de prendre la parole est un acte fondamental. Que le choix de le faire et de porter un flambeau, ne serait-ce qu’un instant, font de ces gestes des trésors. Les actions que l’on pose ont, bien souvent, un impact qui nous dépasse.

Relais de nuit

En prenant le relais de la SolidariCourse le 31 mai dernier, au nom de L’Estrie, après avoir soutenu et suivi celui des gens des régions précédant la nôtre, j’avais l’intention d’alimenter cet esprit d’équipe, ce soutien collectif que l’on peut s’offrir les uns aux autres et de donner une autre occasion aux gens de se sentir connectés ensemble. Plusieurs initiatives avaient et ont encore court ici. Autrefois, j’ai entendu Christian Vachon (de la Fondation Christian Vachon, une institution ici) dire : « la pauvreté, c’est difficile à vendre ». Il en va probablement de même pour les enjeux de santé mentale, des besoins de base tels que ceux reliés à l’alimentation ou à la sécurité. Et pourtant, de semaine en semaine, des volontaires et des contributeurs se sont manifestés. Curieusement, peu d’entre eux ont refusé de s’impliquer parce qu’ils participaient déjà à un autre défi ou qu’ils contribuaient à une autre cause. J’ai vu plusieurs personnes revêtir plus d’un dossard, tout comme moi, en hommage et en soutien à ces causes. J’en ai été touchée.

La semaine qui s’est achevée m’a permis de constater, encore une fois, que le fait de communiquer peut, définitivement, changer quelque chose. Que de s’exprimer franchement, en toute simplicité, a son importance. Et que ceux et celles qui prennent part à ce formidable élan de solidarité contribuent, à leur façon, à construire le monde dans lequel on souhaite continuer de vivre, mais aussi celui que nous laisserons à nos enfants. Celui que nous empruntons à la Terre. Celui qui habite bien plus et bien plus grand que nous. Au-delà des peurs, des inquiétudes et des jugements, une solidarité est une empreinte qui permet d’alimenter le coeur comme les esprits. Et c’est en partie ce qui nous relie. Parce que chacun de ces gestes solidaires tend la main vers un aujourd’hui et un lendemain qui pourront être peuplés de réels échanges.

La Solidaricourse, 24h sur 24, sept jours sur sept, m’a aidée à croire que nous sommes capables de mieux, que nous pouvons être, tout simplement, complètement. Que la solidarité continue de se présenter comme une perle que l’on gagne à cultiver et à partager. Au terme de cette semaine, j’aurai couru et marché, chaque nuit, pendant quelque 27 heures, bien souvent seule (mais pas seule) parfois avec mes enfants et d’autres fois en relais virtuel avec des collègues situés aux quatre coins du Québec. Au lever du soleil, puis au fil de la journée, j’aurai pris le pouls de chacun des participants et échangé des encouragements avec tous ceux qui se sont affairés à maintenir la communication. Un trésor

J’en retiens qu’au final, même lorsqu’on peut avoir l’impression d’être seul(e), il est important de se rappeler que, d’une façon ou d’une autre, nous sommes accompagnés. Que la solidarité est un choix. Et que ce choix nous permet d’avancer.

Parce que nous sommes humains et que l’humanité grandit en interrelation. Elle grandit quand on s’engage. Quand on y croit.

Remerciements : À ceux et celles qui, de près ou de loin, ont répondu à l’appel; à mes proches, à mes enfants, à mes collègues et amis, à toute l’équipe de la SolidariCourse, à Patrick Trudeau (Reflet du Lac), à Jean-Guy Rancourt (La Tribune) ainsi qu’à Nicolas Fréret et Vincent Champagne, de Distances +. 

Reprise: 

« On ne peut pas répondre à de l’indifférence par de l’indifférence.
Il faut répondre à la colère par de l’écoute.
Il faut répondre à l’indifférence par de la compassion.
Il faut répondre à la haine par d’irrésistibles gestes d’amour.
Et il faut encore et toujours rêver d’un monde où nous sommes tous et toutes blancs ou noirs, jeunes ou vieux, hommes ou femmes, croyants ou non, influents ou non, libres parce que capables d’aimer les autres plus qu’on s’aime soi-même.
C’est ça que j’entends mon père me dire depuis quelques jours, dans ma tête. Dans mon coeur. “Because that is how we love and how we win, son.” »

Grégory Charles

Dernier relais/David Bombardier, virtuellement accompagné

#SolidariCourse

#Solidarité

#LaCliniqueduCoureur

#HealthyRebelTribe

 

L’esprit du trail et la solidarité

Photo: SolidariCourse

L’esprit du trail, c’est comme une histoire qu’on ouvre et qu’on ne finit plus de lire…jusqu’à la vivre. On plonge dans ses images, on galope, on contemple et on s’y retrouve, parfois, à bout de souffle, mais repus. L’incursion peut durer quelques minutes, quelques heures, voire quelques jours. Et quand on en ressort, on se dit, bien souvent, qu’on y reviendra. Peut-être pas tout de suite, mais bien assez vite pour respirer encore un peu ou beaucoup chacun de ses passages. Il s’étend jusqu’à la route et teinte nos regards avec sa lentille sous un angle unique. L’esprit du trail ne s’essoufle pas, lui, et il semble nous unir les uns aux autres, aujourd’hui, alors que la montagne se fait lointaine et que les sentiers appellent les empreintes.

Physiquement parlant, en ce moment, il me manque. Après avoir récolté des bribes d’histoires, ici et là, je me suis replongée dans son étendue. Dans la couleur de ses expériences, au coeur de l’importance qu’elles revêtent dans nos vies. On décrit souvent la course comme une discipline individuelle. Elle l’est, de bien des façons. Mais elle évoque aussi une formidable toile de connexions qui se tissent au-delà des frontières, des barrières et des préjugés. Nous sommes reliés par nos passions, par nos intérêts, nos valeurs. Nous nous retrouvons sur les sentiers, au bas ou au sommet des montagnes, bien simplement vêtus, avec cet élan qui nous caractérise et qui forge celui ou celle que nous sommes. Je crois que la course et la course en sentier transforment. On peut certainement en dire autant de ce qui nous interpelle et nous fait grandir dans chacune des sphères de nos vies.  Empreint de ce qui reste. Comme une histoire qu’on ouvre et qu’on commence à lire…

Photo: Nico et Geneviève

Coureurs et randonneurs, Nico et Geneviève m’en ont longuement parlé. Actuellement logés dans les environs de Mirabel, ils sont sur les pistes depuis peu et ils s’investissent avec curiosité, engagés à aider. Ils ont rencontré Olivier Le Méner, de l’Ultra Trail Académie, il y a déjà un moment pour participer à ses ateliers, puis venir en aide en termes de préparation des lieux et des trajets de course. Pour eux, le trail est synomyme de voyage, d’opportunité de se connaître, de méditer, d’aller explorer ses limites et de travailler ensemble, en collectivité. Ils s’offrent volontiers pour contribuer, voir s’étendre les effets directs et colatéraux positifs d’une telle pratique. Humbles et enthousiastes, ils continuent d’explorer le monde de la course le coeur grand ouvert. Nico m’a exprimé y avoir retrouvé son chemin. Geneviève y dessine, pas à pas, le sien. J’ai l’impression que c’est une caractéristique commune des passionnés. On croise, ici et là, des personnes qui nous ressemblent et l’on reconnaît cette lumière dans les yeux de l’un et de l’autre. En toute simplicité. Prendre le temps de choisir les parcours qui nous animent, qui nous allument pour apprendre davantage, pour goûter les sentiers, pour y être, complètement. Comme une histoire qu’on ne veut pas terminer…

Photo: Ultra Trail Académie

Renée Hamel, coureuse d’aventure, m’a décrit cet esprit du trail comme un élément fondamental, lequel relie les gens. Qu’on se trouve dans son propre coin de pays ou que l’on atterrisse à l’Étranger, peut-être en terrain inconnu, le langage de la course et l’amour de l’aventure nous permettent, ponctuellement, de communiquer avec ceux et celles qui entreprennent ou qui souhaitent entreprendre ce à quoi nous aspirons. Qu’on parle d’une sortie de courte ou encore de longue durée, cet esprit appelle l’authenticité, la présence, le bonheur de bouger et de pouvoir être contagieux au-delà des frontières. Des moments qui se dessinent commes étant, à prime abord, des rêves devenus objectifs prennent l’aspect de souvenirs marquants et de perles que le temps n’effacera pas. Ils nous permettent de devenir, chaque jour, davantage celui ou celle qui rayonne par le simple fait de se permettre d’y être, pleinement. Je crois que ce sont aussi ces moments qui génèrent de nouveaux projets, lesquels seront tributaires de nouvelles rencontres, de nouveaux apprentissages et de surprises. À l’image de celles qui surgissent  lorsqu’on tourne la page d’une histoire.

Photo: courtoisie

À bien y penser, au fil du temps et des entrevues que je mène avec des coureurs de tous acabits, je réalise que cet esprit bien unique se porte toujours présent, d’une façon ou d’une autre. Que l’on s’affiche comme compétitif, participatif ou coopératif, on peut percevoir ce quelque chose, ce qui nous accroche, ce qui fait qu’on reconnait les visages d’un lieu à un autre, d’un moment au suivant. On peut en quelque sorte faire le pont entre ce qu’on vit au quotidien et ce qu’une expérience en course nous offre. L’un se transpose à l’autre. En continu. Enfin, je crois que c’est ce qui se produit lorsqu’on y accorde de l’importance. Lorsqu’on y retourne. La performance tout comme l’expérience suscitent un affect bien particulier. C’est ce qui rend riche et vivant cet esprit. Comme une histoire qui prend vie…

Récemment, l’opportunité de contribuer à une énorme vague humaine s’est présentée. On parlait de virtualité, de relais, de course, de marche, de sourires, de partage, de contribution, d’aide et d’implication. On parlait d’une équipe. Et surtout, de solidarité. J’ai été saisie par la force qu’un mot, suivi de mille et une actions, en concertation, pouvait avoir. Encore. La communication, comme la course, ont pris une place proéminente. Jour et nuit, d’heure en heure, pour avancer.

Simplement

Ensemble

En solidarité

Cet ensemble qui, me semblait-il, me manquait parfois; le solo devenu solidarité. Comme le loup et les oiseaux, les uns se relaient aux autres afin d’aller plus loin, de parcourir la distance et le temps qui font de nous des êtres humains. Des êtres reliés.

Autrement, pour un moment, avec tout un lot d’énergie et de soutien

Assise à la grande table de la maisonnée, alors que j’écris ces lignes, je viens de lire que nos parcs et nos aires en nature seraient bientôt à nouveau accessibles. Que je pourrai, par conséquent, embrasser la montagne avec autant de foulées que d’éclats de rire. Peut-être quelques larmes aussi. Et je pense, en même temps, à tous ces messages que l’on se partage, en ligne ou par la poste – j’ai repris goût à l’envoi d’une lettre avec un timbre, geste qui me paraissait presque archaïque il y a quelques mois. Il y a, dans ces élans de communication, dans cette vague humaine et humanitaire qui se lève, une formidable transformation. Pas à pas. Un sourire, une salutation, un aurevoir après l’autre.

Ma nature sauvage veut se fondre dans la forêt. En même temps, ici et maintenant, je ne peux qu’honorer la grandeur de ce que j’observe, par-delà les claviers.

Vivement les accolades

Remplies

Repues

Prêtes pour une nouvelle histoire

Photo: Tour du Lac Memphrémagog

#Solidarité

#SolidariCourse

#Jesuisloup

#Ultralife

#LaCliniqueduCoureur