En toutes choses

 « The price of anything is the amount of life you exchange for it. »

« Le prix de chaque chose est proportionnel à la portion de vie pour laquelle on l’échange »

Henry Thoreau

Plusieurs semaines se sont écoulées depuis le changement. Celui où je me suis retrouvée face à la nécessité de m’arrêter, de prendre un temps pour le faire. Prendre le temps d’être chez moi, posée, pour de vrai. Je n’en n’ai pas l’habitude. Il m’est souvent venu à l’idée que j’aurais besoin de deux ou trois journées par vingt-quatre heures pour être en mesure de réaliser tout ce qui me passe par la tête. Le monde évolue à une rythme époustouflant. Peu importe la façon dont j’y réfléchis et dont je les perçois, ces journées continuent de passer. Et ici, juste ici, quelque chose semble avoir ralenti.

Tout d’un coup, les projets que j’aimerais construire et mener à terme, l’idée de pouvoir parler avec tous les gens que j’aimerais apprendre à connaître,  de recréer un temps pour voir grandir mes enfants et le million de tâches domestiques qui sont en suspend semblent occuper un espace au calendrier. Tous ces items ne revêtent pas encore un aspect concret, mais j’ai la ferme impression de voir, doucement, s’ancrer les racines de ceux qui comptent. Qui sont garants de la suite, pour moi, pour ma famille, pour les autres, peut-être. Le sommeil ne s’avère pas tout à fait réparateur, mais il peut s’inviter plus facilement ou du moins, avoir une latitude que je ne lui accordait pas auparavant. Je crois encore que le temps passe trop vite pour lui abandonner des heures à son profit, mais je sais bien que le corps en bénéficie. Alors je cède. Avec un peu moins de résistance…

Les enfants considèrent que les journées n’ont rien de bien palpitant. Surtout en comparaison de ces semaines, de ces mois et de ces années où l’on se bousculaient les uns les autres, d’heure en heure, de jour en jour, courant après les minutes. Le quotidien, aujourd’hui, paraît quelque peu abstrait. Et si c’était, au contraire, plutôt le signe que l’on s’approche de ce qui aurait avantage à être? De ce qu’on veut vraiment? De ce rythme qui est le nôtre et qui peut donner naissance à de réelles opportunités? Des occasions de grandir, en conscience, avec toute la passion et tout l’amour qui nous habitent pour nous mener exactement sur la bonne piste?

De jour en jour, les réactions varient. Surcharges, besoin d’air, ennui et anxiété font parfois partie du tableau. On fait du camping dans la maisonnette, on regarde le ciel comme si c’était l’écran géant le plus magique qui soit. Et pour cause: la nature, les montagnes, les cours d’eau et la faune y évoluant demeurent. Ils n’auront de cesse de respirer. On peut les altérer. On peut continuer de nuire. Et inversement. C’est ce que je choisis de retenir. Parce qu’il y a une énorme force, une résilience hors du commun et un souffle qui nous donne, à nous, la vie, au coeur même de cette nature.

Il arrive aussi que j’aie la sensation que mon cerveau bouillonne. Que l’information à gérer, l’ensemble de ce qui devrait être mieux organisé ou préparé aient un goût étrange. J’emprunte alors à la respiration son passage pour m’aider à lâcher prise. J’envisage la routine, l’entraînement, la vie familiale, les horizons professionnels autrement. Même si j’ai de bonnes habitudes, même si je prends soin d’accorder, chaque jour, du temps à ce qui me nourrit, à ce que je veux faire fleurir, il m’apparaît clair que j’ai encore beaucoup de chemin à faire. Que le temps est peut-être venu de prendre le doute par la main pour avancer avec lui au lieu de lui confier la mission de passer au-devant.

À la vie comme à la course, je continue donc d’y aller un pas à la fois. Parfois le rythme est lent. Parfois il devient rapide. Courte ou longue distance, intervalles, de notions en sensations, d’expérience en expérience. Et je fais le parallèle avec ces instants d’hier et de demain, alors que je me retrouve dehors, quand je cours, lorsque j’aurai à poser le pied sur une ligne de
départ (officielle ou officieuse) et que je ferai face à ce qui m’effraie. Là, il se produira quelque chose: je nourrirai des éléments qui possèdent, en ce qui me concerne, un caractère fondamental : un besoin de connexion, une faim de nature, d’aventure. Ils alimentent un plaisir certain à respirer, simplement, un instant à la fois. C’est ce qui me permettra encore de continuer d’avancer et de ressentir la gratitude que j’ai pour ce que je considère être un immense cadeau.

Dans l’hier et pour demain, je garderai en mémoire ces pas qui me rappellent que mes enfants, à l’instar de tous ceux qui suivront, créeront un chemin, le leur, et que c’est ce qui nous rendra aussi semblables que distincts. Qu’il y a autant de possibles que de coeurs qui battent et qu’il me fera toujours grand bien de permettre au mien d’y participer, à cette foule de rythmes, avec confiance. J’aimerais que tous sachent que, quoi qu’on vive, on peut le traverser. Qu’il y a toujours une façon d’y faire face, d’aller de l’avant, d’y trouver une forme de victoire. Pour soi. Qu’on fait parfois des trucs un peu fous ou carrément insensés, qu’il arrive qu’on se sente fatigués, épuisés, à bout, peut-être, mais que cela fait partie du jeu.

L’aventure, c’est la vie.

Remplie d’imprévus, remplie de surprises, de défis.

On peut se sentir plus ou moins à l’aise avec ceux-ci, mais chaque fois qu’on en rencontre, chaque fois qu’on s’investi, qu’on se
dépasse, chacun à sa mesure, l’incroyable prend forme. Souvent bien au-delà de ce qu’on avait pu concevoir, ouvrant la porte à de nouvelles possibilités, de nouvelles opportunités, à ces champs qu’on n’avait peut-être pas encore envisagés.

Quelques soient nos intérêts et nos passions, on fera, en cours de route, la connaissance de ce curieux et de ce savant mélange qui est le nôtre et que personne d’autre ne pourra déterminer pour nous. C’est un secret qui se révèle, un pas, un mot, une image à la fois…ou autrement.

Et cela demeure infiniment précieux.

Vrai. Intemporel.

Particulièrement maintenant.

Pour hier et pour demain.

Toujours

 

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